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Les origines de King Kong
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SKULL.ISLAND
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MessagePosté le: 30/04/2013, 22:40    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant

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Remarqué pour ses courts métrages préhistoriques, Willis O’Brien fut embauché pour s’occuper des effets spéciaux de la version hollywoodienne du roman de Sir Arthur Conan Doyle, Le Monde perdu (The Lost World). Cette première version, réalisée en 1925 par Charles Hoyt, raconte l’expédition du professeur Challenger sur un haut plateau d’Amazonie où vivent encore des animaux préhistoriques. Chargé de la conception de la faune et de la flore du plateau amazonien, O’Brien apporta une vision inspirée de ce monde oublié, qui n’est pas sans rappeler dans sa conception Skull Island, située dans les eaux inexplorées des mers du Sud. Non seulement les deux films sont identiques de par la topographie des lieux et ceux qui y habitent - hommes primitifs et dinosaures vivant à proximité - mais l’existence de ce milieux mutant peut être expliquée par les (fausses) théories scientifiques élaborées dans le roman de Conan Doyle.

L’auteur y fait valoir la possibilité d'une terre étrange sur laquelle les processus darwiniens ont été tellement secoués que l'évolution suivit son cours pour certaines espèces alors qu’elle s’arrêtât brutalement pour d’autres. Là, des créatures de différentes évolutions génétiques et de diverses périodes de la vie de notre planète coexistent dans un environnement sauvage et hostile, y compris les soi-disant disparu dinosaures qui côtoient "hommes singes" et tribus indiennes primitives. La survie de l'espèce étant la question centrale de l'existence, le livre relate des épisodes en rapport avec cet état de fait, se produisant sous de nombreuses formes à chaque instant d’une journée sans répit. Le monde perdu de Conan Doyle est une terre en plein bouleversement, un strident et hurlant bain de sang en réponse à la notion romantique qui prévaudrait qu'un tel secret caché puisse éternellement vivre tranquillement quelque part dans la nature (de même, la tumultueuse Skull Island montre l’envers d'une « terre d'âge d'or »).







Pour illustrer ces combats de dinosaures dans la jungle, O’Brien pris ses repères visuels à partir des descriptions détaillées et lucides de Conan Doyle. Les séquences finales du film, dans lesquelles Challenger est de retour à Londres, permirent au technicien de développer la situation au-delà des brefs paragraphes qui stoppaient brutalement le livre. Là où Doyle avait imaginé un bébé ptérodactyle survolant Londres avant de se diriger instinctivement vers l'Amérique du Sud, son habitat naturel, O'Brien apporta sa touche personnelle avec sa création animée la plus phénoménale pour l’époque : un brontosaure de 35 mètres. Echappé dans les rues de la capitale, l’animal créé des ravages parmi la population et provoque l’écroulement du London Bridge avant de nager jusqu'à la Tamise et de disparaître dans la mer.





A bien des égards, Le Monde Perdu constitue un brouillon de ce que deviendra King Kong : non seulement Willis O’Brien supervisera les effets spéciaux des deux films mais ils sont aussi très proches dans leurs scénarios, à tel point que King Kong est souvent vu par les historiens comme un remake non autorisé du Monde Perdu. On peut déjà y voir poindre certains thèmes, ou du moins certaines idées qui seront par la suite exploitées dans King Kong : après un bref prologue dans une grande ville occidentale (Londres pour le Monde Perdu, New York pour King Kong), l’action se déplace rapidement pour une destination lointaine, vers un lieu baigné de mystère et oublié du temps, difficilement accessible (un haut plateau d’Amazonie / une île isolée du Pacifique Sud). Vient ensuite la découverte de ce monde perdu par des explorateurs, un lieu inhospitalier peuplé d'animaux antédiluviens où chaque instant constitue une lutte âpre et sans merci pour la survie. Le combat opposant un Tyrannosaure à un triceratops, notamment, sera réutilisé dans le film de Schoedsack et Cooper, avec un gorille en lieu et place du monstre à trois cornes. L'épisode du tronc d'arbre en travers d'un précipice était déjà présent dans l’adaptation cinématographique du Monde Perdu et sera réintroduit avec beaucoup plus de suspens lorsque Kong en barre l’accès aux marins.





Un lien encore plus fort unis Le Monde Perdu à King Kong : l’homme singe qui prend en chasse les Londoniens dans la jungle amazonienne. Interprété par un acteur maquillé et revêtu d’une fourrure, ce personnage est au centre d'un épisode si proche de King Kong qu'il ne peut y avoir aucune confusion quant à la source. La scène où Driscoll et Ann tentent de fuir le repaire de Kong en descendant le long d’une corde avant de se jeter dans les eaux bordant la Montagne du Crâne, fait écho à une scène similaire du Monde Perdu. Pour fuir le plateau, les explorateurs utilisent une corde afin de se laisser glisser le long de la paroi rocheuse mais l’homme singe s’en saisi pour essayer de les remonter avant d’être abattu par Roxton. Dans les deux scènes, la tension vient du fait que le primate s'empare de la corde et la tire en arrière pour hisser les infortunés protagonistes vers le haut du ravin. Au dernier moment, les héros se balancent sur la corde puis relâchent leur prise pour se laisser tomber plus bas, évitant d'être malmenés par le monstre.





Enfin, tout comme Challenger rapporte un brontosaure à Londres, Carl Denham ramènera Kong à New York avec pour effet, dans les deux cas, d'occasionner de gros dégâts et de provoquer la panique. Le mastodonte des temps perdu, trébuchant à travers les rues de Londres et déclenchant la destruction à chaque pas, rappelle la fureur de Kong à New York. Lors d’une scène, le brontosaure passe même sa tête à travers une fenêtre du troisième étage d’un immeuble, une action répétée dans King Kong, quand le gorille géant est à la recherche d'Ann Darrow dans les étages supérieurs de l'hôtel. Dans le scénario original de King Kong, une scène coupée ou non tournée devait le montrer perturber une partie de poker. Cette scène provient directement du Monde Perdu puisque le brontosaure qui passe sa tête par la fenêtre vient justement semer l’effroi au beau milieu d'une partie de poker. Et je ne parle pas de la chute du brontosaure, provoquée par l’effondrement du London Bridge, site public le plus emblématique de la ville.



Non... ce n'est pas un symbole phallique !!!



Sur l'affiche du film, le brontosaure qui dévaste une partie de Londres a été remplacé par un tyrannosaure - monstre plus effrayant encore - qui écrase de son énorme patte un tramway. Cette illustration a-t-elle inspiré Merian C. Cooper et Willis O'Brien pour la scène où Kong s'en prend au métro aérien à New York ?





Et là, il n'y a pas comme une légère ressemblance ?


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MessagePosté le: 05/05/2013, 17:56    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant




La même année que Le Monde Perdu, Universal sort une production réalisée par Carl Krusada qui conte les mésaventures d’une jeune sauvageonne et d’un gorille : Lorraine of the Lions.

John Livingston, contre la volonté de son père, épouse une artiste de cirque mais se voit aussitôt renié par son richissime géniteur. Quelques années plus tard, ce dernier lui propose néanmoins de s’occuper de sa jeune fille, Lorraine (Patsy Ruth Miller). En compagnie de ses parents et de toute l’équipe du cirque qui vient de terminer une tournée en Australie, la fillette embarque pour les Etats-Unis mais lors de la traversée, une violente tempête coule le navire. Lorraine se retrouve sur une île déserte où elle grandi en compagnie de lions et d’un gorille, seuls survivants du naufrage. Don Mackay, un voyant, est finalement contacté par le grand père de Lorraine et réussit à la localiser. Livingstone monte une expédition pour retrouver sa petite fille et la ramène à la civilisation avec Bimi le gorille, devenu son animal de compagnie.



Lorraine of the Lions (1925)



Lors d’un dîner cérémonieux et très à cheval sur les convenances, Lorraine, qui ne peut réprimer ses habitudes de sauvageonne, se sent mal à l’aise. Bimi, solidaire de sa maîtresse, se comporte mal également au point qu’on l’enferme dans une cage. Cette nuit là, un orage effraie l’animal qui s’échappe de sa prison et emporte Lorraine. Don Mackay se porte au secours de la jeune femme mais Bimi se jette sur lui, avant d’être abattu, laissant Lorraine inconsolable. Alors que Don se prépare à partir, Lorraine, qui en est tombé amoureuse, annonce à son grand père qu’elle a l’intention de le suivre…










Après Le Monde Perdu, qui constitue certainement à ce jour la plus grande influence de King Kong, une œuvre beaucoup plus obscure mais néanmoins fort troublante sortait sur les écrans deux ans plus tard. Presque totalement oubliée pendant près de 85 ans, la chose en question amène un éclairage tout a fait nouveau sur les possibles influences ayant menées à la création de la Huitième Merveille du Monde. Comme indiqué précédemment, Merian C. Cooper a revendiqué la conception de King Kong sur le tournage des Quatre Plumes Blanches, qui s'est déroulé en 1927. C’est précisément cette année là qu’allait apparaître un sérieux challenger à toutes les œuvres citées dans ce dossier : Isle of Sunken Gold.

Isle of Sunken Gold est un serial de Mascot Pictures, réalisé en 1927 par Harry S. Webb. Longtemps considéré comme perdu, le serial fait à nouveau parler de lui en 2011 avec la découverte des chapitres 4, 5 et 6, et de la première bobine du chapitre 7. Retrouvées dans les archives du Collectie Filmcollectief en Hollande, ces bobines en version néerlandaise ont été restaurées et retraduites en anglais.

L’histoire est celle d’un capitaine de navire, Tod Lorre (Bruce Gordon), qui obtient la moitié d’une carte devant le mener à un trésor enterré sur une île des Mers du Sud. Kala (Anita Stewart), une belle princesse d’origine européenne qui dirige cette île lointaine, détient l’autre moitié de la carte. Le capitaine et la princesse devront joindre leurs forces pour repousser une bande de pirates et un groupe d’indigènes qui ne veulent pas les voir mettre la main sur le trésor…

Ce qui est remarquable dans ce serial, c’est qu’il contient de fortes similitudes avec King Kong. Les scènes retrouvées, en tout cas, laissent planer le doute quant à l’idée originale de Cooper. Mais jugez plutôt : victimes d’un naufrage en arrivant aux abords de l’île, le capitaine et ses hommes réussissent à gagner la plage et se retrouvent face à des indigènes hostiles qui vénèrent un mystérieux gorille appelé… Kong ! La bête, muni de crocs proéminents, a son repaire dans une grotte situé près du cratère d’un volcan. Le lieu, traversé par la lave en fusion, est très proche visuellement de Skull Mountain. D’ailleurs, dans le film de 1933, on peut apercevoir dans la grotte de Kong une mare remplie d’un liquide bouillonnant. Inutile de spéculer sur le contenu de cette mare, à moins qu’il ne s’agisse du fameux pétrole que Fred Wilson viendra chercher dans la version de 1976. Lors d’une scène, les pirates jettent en pâture la princesse Kala au gorille. Alors qu’elle est évanouie, Kong vient la chercher et l’emporte dans sa grotte. Là, la belle à ses pieds, il examine les parures qu’elle porte. Voilà qui est fort troublant. Et ne parlons pas du héros, un marin intrépide et dur à cuir, tout de blanc vêtu, qui se démène comme un beau diable pour protéger sa bien aimée des indigènes et des griffes de Kong. Jack Driscoll n’est pas loin, qu’on se le dise…







Cette portion du sérial a été éditée en DVD sous le titre Isle of Sunken Gold Vol 2. Les chapitres 4, 5 et 6 y sont présentés dans leurs versions restaurées et traduites en anglais, avec l’ajout d’effets sonores et de tambours tribaux. En comparaison, la première bobine du chapitre 7 est livrée dans son état d’origine, en néerlandais et en version totalement muette, telle qu’elle a été découverte.

Il n’y aura probablement jamais de volumes 1 et 3 mais au moins, il est enfin possible de visionner cette portion centrale qui est actuellement le seul exemple existant d’un serial muet de Mascot Pictures. Isle of Sunken Gold peut sans peine être affilié au genre jungle quest. Malgré son budget très serré, il a été tourné en décors naturels et les indigènes semblent authentiques, loin des maquillages outranciers d’Hollywood. De plus, le costume du gorille n’est pas si mal fichu pour une petite production de l’ère du cinéma muet, moins en tout cas que ce que l’on aurait pu craindre. L’animal y est aussi appelé The Devil Ape et les titres des derniers chapitres font regretter qu’ils n’aient pas été découverts également. Quelles croustillantes révélations pouvaient-ils bien apporter ? Tout cela risque fort de rester un mystère pendant encore bien longtemps…





Titres des chapitres :

1. Isle of Sunken Gold
2. Trapped in Mid-Air
3. Engulfed by the Sea
4. The Volcano's Pit
5. The Hulk of Death
6. The Prey of Sharks
7. Fire of Revenge
8. The Battle of Canoes
9. Trapped by the Ape
10. The Devil Ape's Secret





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MessagePosté le: 23/05/2013, 22:34    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant




Stark Mad, réalisé par Lloyd Bacon en 1929, était distribué en version parlante ou muette selon les cas. Quatre ans avant King Kong, ce film réputé pour être totalement perdu présentait déjà un singe d'une taille inhabituelle. A la recherche de son fils Bob, disparu en compagnie de son guide Simpson, James Rutherford (Claude Gillingwater) organise une expédition dans les jungles d’Amérique Centrale. Accompagné d’Irene (Jacqueline Logan), la fiancée de Bob, et du capitaine Rhodes (Henry B. Walthall), Rutherford est rejoint sur place par le professeur Dangerfield (H. B. Warner) qui ramène avec lui Simpson (André Beranger), que son séjour dans la jungle a rendu à moitié fou.

Une nuit, alors que la troupe établit son campement dans un temple maya, des bruits étranges alertent les limiers qui se mettent aussitôt en quête d’une proie invisible. Partis à la recherche des chiens, Rutherford, Irene et Dangerfield arrivent devant une immense porte en train de se refermer. Appuyant de tout leur poids, ils arrivent à laisser un passage juste assez grand pour qu’Irene puisse s’y glisser mais celle-ci disparaît avec un grand cri. Forçant la porte, les hommes découvrent un énorme singe enchaîné au milieu du sol. Rejoint par le reste de la troupe, ils explorent les différentes salles du grand temple quand Rhodes est emporté par un étrange monstre munis de serres poilues. Au court de la nuit, d’inquiétants messages les enjoignant à quitter les lieux sont découverts un peu partout avant qu’un des membres soit tué par une flèche. Pour tous, il devient vite évident que le gorille peut défaire ou remettre ses chaînes quand il le souhaite.





Au cours des évènements qui suivent, Irene est secouru et le capitaine Rhodes fait sa réapparition mais entraîne bientôt la suspicion des autres quand ils découvrent que son bras soit disant paralysé est tout à fait mobile. S’échappant à travers la salle, Rhodes barricade la porte de l’extérieur et actionne un mécanisme qui provoque l’écroulement du sol à partir du centre de la pièce. Alors que le trou s’agrandit et que les dalles vont s’écraser au fond d’un profond marais, forçant les membres de l’expédition à se coller à la paroi, une petite fenêtre haut placé sur l’un des murs se trouve être la seule chance de salut. Dangerfield réussit à hisser Irene jusqu’à l’ouverture mais le singe apparaît et l’agrippe. Simpson, que les autres avaient laissé sur le bateau, vient les secourir in extremis après avoir peu à peu retrouvé la raison. Rutherford apprend du guide que l’ermite dément qui habitait les ruines du temple avait tué Bob quelques mois plus tôt avant d’être tué à son tour par Simpson, victime lui aussi des « horreurs de la jungle »…





Son statut de film perdu et les maigres informations le concernant font de Stark Mad une oeuvre intrigante à plus d’un titre. Le pitch ne permet pas de savoir ce qu’il advient du Capitaine Rhodes ni ce qui justifie ses actions. La présence du singe n’est pas expliquée non plus, pas plus que celle du monstre aux serres poilues, ni comment Rhodes réussit à lui échapper. Une ombre plane également sur le mystérieux ermite et son implication dans la mort de Bob. Le scénario, qui provient du propre matériel de presse de la Warner, peut seulement laisser supposer la teneur du film et n’a pas nécessairement été filmé tel quel. Affilié au genre jungle quest, Stark Mad peut aussi être rattaché à un autre genre très en vogue à la fin des années 20 : les films ayant des intrigues se passant dans de vieilles et inquiétantes demeures remplies de passages secrets, de trappes et autres mécanismes et pièges mortels, ici transposées dans un temple Maya.

Une jungle mystérieuse, des ruines anciennes, un gorille derrière une grande porte, et qui plus est n’est pas insensible au charme féminin : il n’en faut pas plus pour ranger Stark Mad dans la catégorie des précurseurs.






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MessagePosté le: 25/05/2013, 21:57    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant

The King of the Kongo, un serial de 1929 réalisé par Richard Thorpe, sorti dans la foulé de Stark Mad, entretien quelques similitudes avec ce dernier. Larry Trent (Walter Miller), un agent des Services Secrets, parcours la jungle à la recherche de son frère, agent également et disparu en mission. Il rencontre Diana Martin (Jacqueline Logan) une jeune femme qui fait route vers le temple en ruine de Nuhalla dans l'espoir de retrouver son père dont elle est sans nouvelles depuis longtemps. Le temple, gardé par un énorme gorille, est également le repaire d'une bande de trafiquants d'ivoire qui convoitent un trésor caché dans ses murs. Dirigés par Scarface Macklin (Boris Karloff), les contrebandiers gardent un prisonnier qui connait le secret des mystérieuses disparitions ainsi que l'emplacement du trésor. Dans le chapitre final, on apprend que Scarface Macklin n'est autre que le père disparu de Diana. Après avoir promené son air le plus sinistre dans "l'authentique temple d'Angkor au Cambodge" (c'est le générique qui le dit) il y est abattu à coups de revolver par le faux gorille, un imposteur qui se fait appeler le Roi du Kongo.





Dans de nombreux épisodes, on peut voir pendant une dizaine de secondes un slurpasaur (reptile grossit à l'écran pour figurer un dinosaure) apparaitre à l'écran. Ces quelques scènes surprenantes, apparemment sans trop de liens avec l'histoire, avaient pour but de maintenir le public en haleine dès que l'action ralentissait.

The King of the Kongo fut le tout premier serial doté d'effets sonores et de quelques parties dialoguées, avant que cette pratique ne devienne la norme et s'étende à la durée totale d'un film. Comme pour Stark Mad, ce serial de Mascot Pictures fut présenté sous deux formes, une version semi-parlante et une autre muette pour les cinémas qui n'étaient pas encore équipés. La bande sonore, présumé perdue depuis longtemps, a en partie été retrouvée récemment sous la forme de sept disques originaux édités par Vitaphone (dont cinq sont fêlés) et concerne les chapitres 4, 5, 7, 8, 9 et 10. En 2011, le collectionneur et historien Eric Grayson, propriétaire d'une copie muette datant des années 50, procéda à la restauration de certaines scènes pour en tirer une nouvelle copie sonore en 16 mm. Une partie du résultat a été posté sur Youtube.

L'acteur incarnant le gorille se nomme Joe Bonomo. Avec un nom pareil, et à une lettre près, pas étonnant qu'il soit prédestiné à faire le singe.






Encore plus intrigant est The Devil Bear, une obscure production canadienne datant de 1929 et présumée perdue elle aussi. Dans ce film muet de Louis Chaudet, alors que l'équipage d'un bateau longeant la cote ouest du Canada se mutine pendant une tempête, le capitaine Epsom reçoit un coup sur la tête qui lui fait perdre la mémoire. Son animal de compagnie, un gorille appelé Borno, s'extirpe de sa cage et le sauve en nageant jusqu'au rivage où il le cache dans une grotte. Là, des indiens hostiles tentent de tuer Epsom mais ils sont mis en déroute par le primate, ce qui lui vaut le surnom de Devil Bear. Son maitre étant en proie au délire et se croyant toujours sur le bateau, le gorille finit par s'enfoncer dans la forêt sauvage. Il déjoue ensuite les plans d'un groupe d'hommes qui veulent mettre la main sur la mine prospère de Jack Crawford (Mitchell Lewis), un ingénieur. Plus tard, Devil Bear s'illustre une nouvelle fois en portant secours à Grace Wilmot (Sylvia Picker), la fille d'un missionnaire. Celle-ci tombe amoureuse de Crawford avant d'assener un coup sur la tête d'Epsom, qui retrouve la mémoire...







The Devil Bear (1929)




Traité sur un ton plus humoristique, Pure and Simple, un court-métrage de 20 mn réalisé en 1930 par Lewis R. Foster, narre l’histoire d’une troupe de spectacle naufragée sur une île déserte. L’acteur George Chandler, qui incarne le seul élément masculin de la troupe – un accessoiriste complètement idiot - est vite l’objet principal de l’attention d’une douzaine de ravissantes créatures mais n’a d’yeux que pour le personnage interprété par Louise Fazenda (qui faisait déjà partie du cast de Stark Mad). Leur campement est bientôt dévasté par un énorme gorille…Lors de la scène finale, Louise choisie de rester sur l’île avec l’animal pendant que les autres sont enfin secourus.



Pure and Simple (1930).



Danger Island, considéré perdu lui aussi, est un serial en 12 épisodes réalisé par Ray Taylor et produit par Universal en 1931. Un couple convoite un important gisement de radium situé sur une île de la cote africaine. Le pitch disponible ne fait pas mention d’un gorille, pas plus que le matériel promotionnel où même les titres des chapitres mais des photos attestent pourtant de la présence d’un grand primate aux cotés de l’actrice principale, Lucile Browne.





Lucile Browne dans Danger Island (1931)


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MessagePosté le: 27/05/2013, 22:07    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant

Le 21 juin 1930, Universal Pictures annonçait une vingtaine de films à venir dans sa revue spécialisé Universal Weekly, parmi lesquels un modeste jungle thriller nommé Ourang. Si l'on en croit la campagne publicitaire, Ourang aurait devancé King Kong de part son thème mêlant sexualité et bestialité lors d'une histoire où une jeune femme est enlevé par des orangs-outans dans les jungles de Bornéo.

« A startling dramatic romance filmed in the unexplored wilds of Borneo. Unique with almost unbelievable thrills and overflowing with virgin jungle color. The picture tells an absorbing tale of love and sacrifice in which a white derelict and a native girl find the only road to happiness stemming the stampede of the fierce ourangutans. Filmed by an expedition headed by Harry Garson. »

Un encart publicitaire paru dans Variety montrait une séduisante femme se débattant dans les bras d'un imposant primate, trois ans avant que Ann Darrow ne subisse le même sort. Pour des raisons qui restent inconnues, Ourang ne fut jamais terminé mais Garson réutilisa la plupart des scènes tournées pour son film suivant, The beast of Borneo, produit par une compagnie indépendante en 1934. Entre-temps, Universal, quant à elle, avait déjà recyclée ces même scènes dans une autre production de 1931 : East of Borneo, un petit budget tourné en quatre semaines par George Melford.





Le cycle allait culminer en 1931 avec la sortie de Trader Horn, très gros succès au box office américain. Réalisé par W. S. Van Dyke - qui dès l'année suivante signera le premier Tarzan avec Johnny Weismuller - le film est tourné en Afrique et nécessite pas moins de 92 tonnes de matériel pour sa production. Les moyens considérables mis en œuvre pour ce film vont donner lieu à d'autres productions plus ambitieuses et ouvrir la voie à King Kong. Mais c'est le célèbre incident causé par la sortie d'Ingagi, film précédé d'une réputation sulfureuse, qui va servir de catalyseur à la RKO.

Prétendu documentaire sur les voyages d’un lord anglais au Congo, Ingagi était produit par Congo Pictures Ltd., une compagnie spécialement créée pour le film. Toute la publicité stipulait que ce documentaire relatait une authentique expédition scientifique de deux ans dans le Congo Belge, financée par Sir Hubert Winstead de la Royal Geological Society, qui apparaît dans le film aux coté du capitaine Daniel Swayne, un chasseur américain et sportif émérite. Le 15 mars 1930, seulement en mesure de fournir une unique copie, Congo Pictures diffusa le film dans un cinéma de San Diego durant deux semaines où il déplaça plus de 40,000 spectateurs. Mais les efforts des producteurs pour intéresser les distributeurs basés à New york restèrent vain et Ingagi du gagner sa notoriété salle par salle. A Chicago, Congo Pictures loua le Garrick Theatre et présenta le film comme "un authentique et incontestable document filmé montrant le sacrifice d'une femme vivante à de gigantesques gorilles! ". Pour attirer les foules au Garrick, les journaux locaux spécialisés publièrent des images scabreuses montrant un gorille enlaçant une indigène à demi nue.





En effet, Ingagi était un film d'exploitation fort culotté (si j'ose dire), nullement intimidé par le code éthique créé par la MPPDA, un consortium des principaux studios cinématographiques, plus communément appelé le Hays Office, chargé de veiller à la bonne moralité et à l'intégrité de l'industrie du cinéma. Une semaine seulement après les début du film à Chicago, le code Hays était modifié pour imposer que "toute perversion sexuelle ou sous-entendue soit interdite" et que "la nudité totale n'y soit permise en aucun cas".

Une véritable aubaine pour Ingagi. Le cinéma d'exploitation, pendant "l'age d'or d'Hollywood", frayait délibérément avec des sujets prohibés par le Hays Ofice, attirant ainsi les gens à voir un "spectacle interdit"... et Ingagi en regorgeait. Le film suivait les aventures de deux chasseurs blancs, Winstead et Swayne, accompagnés de cameramen et de porteurs indigènes, dans la jungle du Congo Belge, à la recherche d'une tribu qui pratique des sacrifices humains à une horde de gorilles. Durant leur périple, ils rencontrent un python de vingt mètres, tirent sur un bébé rhinocéros et observent des animaux s'abreuvant à un point d'eau. L'expédition découvre également une nouvelle espèce animale, le tortadillo. Un des cameramen est tué par un lion blessé puis, sur le point d'entrer dans le territoire des gorilles, les chasseurs tombent nez à nez avec une tribu de pygmées. On aperçoit brièvement des femmes nues fouiller dans des buissons puis les porteurs capturent un gorille qui réussit finalement à leur échapper. Le film s'achève par une scène où les chasseurs observent une femme aux seins nus enlevée par un gorille avant que Swayne ne la sauve en tirant sur la bête.







Le film poursuivit son chemin jusqu'à San Francisco où il fut proposé à tous les cinémas de Market Street qui le présentèrent comme un faux... à une exception près ! Le cinéma Orpheum ne se contenta pas de projeter le film mais lui offrit une promotion conséquente. La campagne publicitaire reste frappante pour son innovation - et son succès. Les prospectus donnaient un aperçu hyperbolique du scénario, les encarts publicitaires insistaient sur les aspects lubriques, suggérant l'évidence du chaînon manquant entre l'homme et le singe, et posaient la question cruciale "Darwin avait-il raison ?" L'affiche n'était pas en reste, montrant une femme africaine tous attribues dehors, enlacée par un gorille. Un journal rempli de photos du film fût même distribué à chaque porte dans le quartier et le hall du cinéma fut transformé en décor de jungle. Des canevas peints illustrant des scènes africaines, des zèbres, hyènes et même un lion grandeur nature attaquant une gazelle y étaient disposés. Des hauts parleurs diffusaient des enregistrements de bruits de jungle, attirants les passants en nombre. Le guichet devint une hutte en paille et les ouvreuses étaient vêtus de bandes molletières et de casques coloniaux. L'Orpheum récolta pas moins de 4 000 $ pour le premier jour d'exploitation (5 avril 1930), somme s'élevant à 23 000 $ à la fin de la semaine. Devant cette manne financière inespérée, le studio RKO, propriétaire de l'Orpheum, proposa de prendre en charge la distribution pour tirer de nouvelles copies du film et organiser une sortie nationale. Ingagi devint vite un sujet de conversation dans les grandes villes américaines et finira même dans le peloton de tête des productions les plus rentables de 1931.

Mais qu'en est-il du film ? Nanti d’un budget minuscule, Ingagi est un pur film d’exploitation qui ne doit son succès qu’à l’importante publicité qui lui a été accordé, clamant qu’il s’agissait d’une histoire vraie en plein Congo. Dans un prologue, l’anglais Sir Hubert Winstead assure au public que tout ce qu’il va voir est authentique. Sensé décrire les péripéties d'une expédition britannique dans les coins les plus reculés de l'Afrique, le film montre des explorateurs ayant maille à partir avec des animaux sauvages et s'achève par la découverte d'une tribu primitive vouant un culte aux gorilles. Les producteurs firent monter la sauce en prétendant que non seulement les sauvages qu'ils avaient filmés vénéraient les gorilles et leurs offraient leurs femmes en sacrifice, mais que certaines choisissaient délibérément de s'accoupler avec les primates pour procréer. Ces propos infamants, présentés comme un récit authentique sur la culture africaine, ne tardèrent pas à soulever une vague de protestation de la part de certains qui pointaient du doigt certaines anomalies plutôt gênantes.

En effet, la voix off accompagnant le film est sensé être celle de Winstead mais le narrateur à un accent américain immédiatement identifiable. De plus, les "explorateurs" furent reconnus par certains comme étant de vrais acteurs, de même que les femmes sacrifiées. Rien de tout ceci ne choqua le public, pas plus le fait que les 3/4 du film était constitué de stock shots fatigués montrant des hordes d'éléphants, des hippopotames et divers animaux détalant dans la jungle. Une plus grande attention fut accordée aux dix dernières minutes du film, dans lesquelles on peut voir une tribu africaine de "femmes-singes" complètement nues (dont les atouts sont cachés par des fourrés judicieusement placés), offrant une des leurs en sacrifice à un gorille. Toute la publicité d'Ingagi reposait sur cette scène finale, exploitant de façon éhontée l'aspect érotique du sacrifice, laissant sous-entendre l'union perverse d'une femme et d'une bête sauvage. Les dernières images montrent une femme nue émergeant d'un buisson pour venir pleurer son bestial amant. Mais la séquence la plus choquante était montrée sous la forme d'un enfant couvert de poils, censé être le résultat de cet accouplement, décrit comme "un étrange enfant, plus près du singe que de l'homme".





La médiatisation du film et son aspect douteux aboutirent sans tarder à une enquête des membres du Bureau Hays. En tant que production indépendante non affiliée au Hays Office, Ingagi était libre d'être diffusé partout où il recevait l'approbation du bureau de censure de l'Etat concerné ou d'une province canadienne. Selon des documents du Hays Office, le censeur de l'Ohio insista pour que les scènes de danses rapprochées entre les indigènes mâles et femelles soient retirées, pour que toute nudité soit supprimé, que toute narration et intertitre faisant mention d'une femme sacrifié à un gorille soit éliminé et que toute référence et images des enfants sauvages résultant d'unions contre nature soient coupées.

Le 21 mai, alors qu'Ingagi était diffusé dans 14 grandes villes et totalisait déjà plus de 600,000 $ de bénéfices, le Bureau Hays ordonna à ses membres de cesser toute distribution ou projection du film. Pas en raison d'insinuations de relations entre femmes indigènes et gorilles, mais parce que Congo Pictures avait présenté le film comme étant authentique, ce qu'il n'était pas. Le rapport du Bureau Hays révéla qu'Ingagi était truffé de stock shots provenant d'autres films, une large portion étant attribué au documentaire de Lady McKenzie "Heart of Africa" (1915). Il conclu également que la production n'avait jamais quitté la cote Est des Etats-Unis et que les scènes entre femmes et gorilles avaient été mises en boite dans le zoo Selig en Californie, un lieu spécialement créée pour les tournages de films de jungles. Sir Hubert Winstead (en fait joué par l'acteur Louis Nizor) et le capitaine Daniel Swayne étaient des personnages totalement fictifs et un expert nota que le tortadillo, présenté comme une nouvelle découverte de la science, était une vulgaire tortue léopard, affublée d'ailes, d'écailles et d'une longue queue collée à sa carapace.



Le tortadillo.



Le Los Angeles Examiner fit remarquer, dans des termes un peu borderline, que "des nègres de Central Avenue" avaient été recrutés pour jouer les indigènes et que les pygmées étaient "des enfants nègres d'une communauté de Los Angeles". Il fut aussi révélé que Jackie, le lion emblématique de la MGM, était présent sur le tournage avec son dompteur Mel Koontz pour la scène où un lion attaque un des cameramen. Le fruit de l'union d'Ingagi avec une femme n'était autre qu'un enfant noir à qui l'on avait collé des touffes de poils sur le corps. Le titre même du film, sensé être un terme indigène pour désigner les gorilles, est totalement inventé. Charles Gemora, spécialiste des rôles de gorilles au cinéma, fut suspecté d’incarner Ingagi mais nia publiquement toute implication dans le film. Ce n’est qu’après une convocation au Bureau Hays pour y être interrogé qu’il se rétracta, de peur d’être « black listé ».

Il apparu assez vite que Nat Spitzer, le président de Congo Pictures, était le vrai producteur d'Ingagi ainsi que le narrateur du film. Il soutint que 85% du film était authentique et que les scènes restantes furent dirigées par William S. Campbell au zoo Selig afin d'obtenir des transitions en conformité avec les autres scènes. Interrogé sur la véracité des scènes entre un gorille et une femme indigène, il répondit avec aplomb qu'elles étaient "absolument authentiques".





La décision de bannir Ingagi conduit la RKO à retirer le film de ses salles mais Congo Pictures fit une opération encore plus lucrative avec les cinémas indépendants, qui marchaient à plein. La notoriété du film attira littéralement les foules, atteignant des records au box office, de Kansas City à Baltimore en passant par le Dakota, provoquant des réactions aussi diverses que l'hilarité ou le dégoût. Même avec ses irrégularités rendues publiques, la diffusion d'Ingagi fut approuvée en Illinois et au Massachusetts, pas vraiment réputés pour leur ouverture d'esprit. Encore plus surprenant fût le revirement des censeurs de l'Ohio, qui approuvèrent le film sous sa forme complète, stipulant simplement que les publicités devaient préciser que le film n'était pas authentique.

Le 22 juin, un nouveau code fut adopté par le Bureau Hays, en réponse au scandale provoqué par Ingagi. Mais le Congré commença à tenir compte des nombreuses protestations des producteurs indépendants et des propriétaires de salles qui se plaignaient d'êtres victimes d'injustice de la part du Bureau Hays. Réalisant qu'une interdiction officielle serait sujette à de nouvelles charges contre ses pratiques, le Bureau fit marche arrière et déclara que la diffusion d'Ingagi relevait d'une décision personnelle de la part de ses membres.

Congo Pictures fit paraître toute une série d'encarts publicitaires dans les journaux du pays pour défendre son cas devant le public. Au bout de 13 semaines d'exploitation dans 29 villes, Ingagi avait déjà engrangé plus d'un million de dollars. Mais la bataille ne faisait que commencer. Fin juin, Byron McKenzie, chasseur de safari et fils de "Lady" McKenzie (dont le titre s'avéra être en fait illégitime), poursuivit Congo Pictures en justice pour l'utilisation non autorisé de scènes tirées de "Heart of Africa". Trois mois plus tard, la cours plaida en faveur de McKenzie qui réclamait 150,000 $ contre la compagnie. La Humane Society attrapa le train en marche et menaça d'établir un boycott, avec l’appuie de divers clubs féminins, contre tout film qui ne serait pas approuvé par leur organisation. Ingagi fût cité parmi les pires offenses jamais commises pour cruauté envers les animaux, alors qu'ironiquement les scènes concernées étaient issues de films antérieurs.

L'interdiction totale de diffuser Ingagi fut finalement prise en 1933, alors que le film avait amassé 4 millions de dollars. Comme beaucoup d'autres productions indépendantes de cette époque, Ingagi a quasiment disparu. Peu de copies furent tirées et celles-ci ne firent pas l'objet d'une préservation adaptée. Néanmoins, le succès fut tel qu'un peu partout, des producteurs se mirent en quêtes de documentaires muets ayant pour sujet la jungle, afin de les ressortir dans des versions doublées et sonores. Mais les déboires du film incitèrent les cinéastes à se diriger vers d'autres directions. Seule la RKO garda en tête les potentiels profits résultant de la combinaison gorilles + femmes érotisées + sacrifice rituel. En 1931, Willis O'Brien, Ernest Schoedsack, Merian Cooper et Edgar Wallace étaient tous employés à la RKO. L'actrice principale des Quatre Plumes Blanches, Fay Wray, allait les rejoindre en 1932, ainsi que la scénariste Ruth Rose. King Kong n'était plus très loin…


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MessagePosté le: 06/01/2014, 01:09    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant


Affiche de Lorenzo Chiavini réalisée en 2011 pour le projet "Invisibles".



Création : l’ébauche inachevée de King-Kong

Au cours des années qui suivent la sortie du Monde Perdu, Willis O’Brien a toutes les peines du monde à profiter du succès du film pour lancer de nouveaux projets. Le premier d’entre eux porte sur l’Atlantide mais, après avoir passé des mois sur ses créatures, O’Brien se trouve dans une impasse. Il s’associe ensuite avec Harry Hoyt, le réalisateur du Monde Perdu, pour proposer une suite au roman de Conan Doyle mais des changements au sein de la direction de First National Pictures entraînent l’annulation du projet. Un autre rêve est de porter à l’écran Frankenstein mais la sortie du film de James Whale en 1931 ruine tous ses espoirs. Son envie d’adapter un roman de H. G. Wells, Food of the Gods (Soudain, les Monstres) ne sera pas réalisée, pas plus que Valley of the Mist, un projet mêlant western et dinosaures, avant qu’il ne soit repris par son élève Ray Harryhausen et sorte en 1969 sous le titre de Gwangi.

En fait, dès 1926, l’industrie du cinéma ne parle plus…que de l’arrivée du cinéma parlant ! En 1927, la Warner distribue Le chanteur de Jazz et la révolution technique en marche éclipse les dinosaures animés d’O’Brien, les reléguant au rang de curiosités un peu dépassées. Mais O’Brien n’a pas dit son dernier mot. Il développe une histoire intitulée Création, au cours de laquelle un bateau pris dans un typhon s’échoue sur un promontoire rocheux surgi des eaux. Les passagers se réfugient dans les chaloupes de sauvetage et découvrent un rivage lointain, puis un passage qui mène à l’intérieur du gigantesque cratère d’un volcan éteint. Une jungle isolée du monde depuis des millions d’années se cache entre ces parois abruptes. Et les créatures que l’on y trouve sont – O’Brien oblige – des dinosaures !





L'histoire :Steve, jeune intellectuel sans argent est amoureux d'une jeune femme très enfant gâtée, Elaine Armitage. Pour pouvoir être auprès d'elle, il se fait engager comme précepteur de son jeune frère Billy, ce qui lui permet de participer à l'expédition que Thorton Armitage, père d’Elaine et magnat américain, organise en yacht et qui se dirige vers l'Amérique du Sud. Participent en outre à cette expédition : Mrs Martin, tante d'Elaine ; Ned Hallett, un propre à rien qui soupire pour Elaine ; un serviteur sympathique : Bennie, et l'équipage.

Elaine flirte avec Steve qui se met en fureur quand il découvre qu'elle ne lui porte qu'un intérêt frivole pendant que Hallett tente de le déconsidérer par jalousie. L'atmosphère atteint un point de tension critique au moment même où approche un sous-marin chilien. Le capitaine donne alors l'ordre à tous d'embarquer à bord du sous-marin sans attendre, car un typhon se dirige vers eux et met le yacht en danger. Tous s'entassent alors dans le sous-marin qui plonge. A ce moment précis, et simultanément, une lame énorme projette au loin le yacht et un tremblement de terre effroyable fait jaillir des fonds marins un gigantesque promontoire. Pris dans ce tourbillon infernal, le sous-marin est aspiré avec des millions de tonnes d'eau tandis que le yacht se brise en mille morceaux sur l'ile qui vient de naitre.

Au matin, les passagers hébétés se réveillent et se retrouvent à naviguer doucement dans une longue caverne. A travers un hublot, ils aperçoivent de l'eau verte et des monstres étranges. Le sous-marin butte contre une esplanade rocheuse et les cloisons intérieures éclatent sous le poids des trombes d'eau. Embarqués sur une chaloupe de sauvetage, les occupants se retrouvent dans un lac tropical et finissent par débarquer sur les rives d'une jungle enfermée dans le cirque d'un cratère volcanique aux parois escarpées. Sur le lac et sur ses rives, le groupe rencontre plusieurs brontosaures. Il assiste aussi au combat que se livrent deux tricératops. Ils découvrent ensuite une sente étroite qui les mène sur une sorte de corniche dominant les arbres. Ils y établissent leur campement et Steve, accompagné du capitaine et des sous-mariniers, part dans la forêt en reconnaissance. En chemin ils sont attaqués par un arsinoitherium, mammifère proche du rhinocéros. La bête tue deux des hommes et des ptérodactyles s'abattent sur les victimes, tels des vautours. Seul Steve parvient à trouver un refuge sûr, tandis que le monstre pourchasse les autres vers un cours d'eau impétueux qui les charrie vers un gouffre béant et un sort funeste. Lorsque Steve revient sur la corniche, il est contraint d'affronter Hallett. Plus tard, après que Steve ait été blessé dans un combat avec un jaguar, Elaine se rend compte qu'elle l'aime.







Un mois passe sans qu'aucune issue ne se présente. Les survivants se sont construit une cabane sur la corniche. Sans raisons, Ned Hallett tire sur un brontosaure qui passait et celui-ci, de colère, détruit leur cabane et les menace tous. Elaine les sauve en lançant une torche enflammée dans la gueule du monstre qui s'enfuit. Steve devient le leader du groupe et Hallett, furieux, quitte le campement. Il s'éloigne dans la jungle où il passe sa frustration en tirant sur un bébé tricératops, ce qui lui vaut d'être poursuivi puis encorné par la mère (cette scène est tout ce qu'il reste de Creation). Steve et Elaine sauvent la radio du sous-marin englouti et partent ensuite, en compagnie de Billy et Bennie, à la recherche du matériel nécessaire à la construction d'une bouteille de Leyde qui leur est indispensable. Arrivés à l'autre extrémité du lac, ils découvrent les ruines d'un temple pré-Incas. Pendant son exploration, Elaine est enlevé par un ptéranodon mais Steve la sauve de ses griffes. Ils découvrent également des pierres précieuses et un type de métal propre à rafistoler la radio. Pris en chasse par un stégosaure, le groupe s'enfuit et se réfugie dans le temple, mais c'est pour se retrouver face à un tyrannosaure. Ils tentent de se dissimuler dans une niche funéraire et voient alors plusieurs paires d'yeux fantomatiques briller dans les ténèbres. Le tyrannosaure attaque le stégosaure et les reptiles se battent jusqu'à ce que le stégosaure soit blessé à mort. Dans les affres de son agonie, la créature cuirassée perce un trou dans la muraille, ce qui permet aux explorateurs de s'échapper. En se retournant ils aperçoivent une multitudes de jeunes lézards tyrans sauter des niches funéraires pour se joindre au festin.

On découvre ensuite que le lac commence à bouillonner et Steve révèle que le volcan va sans doute se réveiller. D'énormes monstres émergent des eaux et se ruent dans la jungle en débandade. Steve parvient à faire fonctionner la radio et à émettre un appel, quelques instants avant qu'un monstre en fuite ne projette l'appareil par-dessus la falaise. La forêt s'embrase et les falaises commencent à s'effriter, à crouler. La mort parait inéluctable quand tout à coup le salut arrive sous la forme d'un hydravion chilien alerté par le SOS qui redécolle avec les survivants dont les poches sont remplies de pierres précieuses. Le groupe est sauvé et mis en lieu sûr avant que le volcan n'explose et ne détruise la jungle perdue.




En avril 1930, sur une proposition de Willis O'Brien et Harry Hoyt (tous deux responsables du Monde Perdu de 1925), la RKO enregistre Creation sous la production # 359, basé sur un traitement de 76 pages dû à Hoyt et d'une projection du Monde Perdu. Création fut conçue comme un spectacle épique empruntant des éléments de The Lost World et de The Admirable Crichton (une pièce à succès où des aristocrates anglais font naufrage sur une ile déserte). A l'époque, la RKO pensait pouvoir boucler le film en vingt semaines pour un budget de 650 000 $. Dès Juillet, O'Brien se mit au travail et fut autorisé à constituer sa propre équipe de production au sein du studio pour la création des accessoires. Outre Marcel Delgado, qui s'était déjà occupé de la construction des dinosaures sur Le Monde Perdu, Mario Larrinaga et Byron L. Crabbe furent engagés pour s'occuper des dessins préparatoires et des peintures sur verre.





Images du story board de Mario Larrinaga et Byron Crabbe.



Creation fut l'un des projets dont les préparatifs furent les plus méticuleusement étudiés à l'époque. L'éclairage et l'action, indispensables à l'intensité dramatique de la prise de vue, étaient fixés dans les moindres détails, et c'est après seulement que l'on envisageait les moyens techniques permettant d'obtenir l'effet désiré. O'Brien fit de nombreuses maquettes des passages clé du scénario d'après lesquelles furent exécutées des illustrations de grand format. Les maquettes du scénario étaient ensuite séparées par séquences et servaient de lien entre les croquis plus grands. Ainsi, toutes les scènes du script étaient représentées. L'éclairage, l'angle des caméras, les décors et les accessoires, l'action prévue et tous les éléments y figuraient à leur échelle.
L'animation était plus difficile qu'au temps de The Lost World car elle devait être réalisée pour la projection à 24 images / seconde, vitesse standard des films sonores, tandis que le film précédent était tourné à 16 images / seconde. C'est pourquoi O'Brien dut ajouter à l'animation 8 images supplémentaires par seconde de projection à l'écran, réduisant ainsi d'un tiers le métrage du film pouvant être réalisé dans un temps donné. 7,50 mètres de film exposé (d'une durée de moins de 20 secondes) équivalait à une bonne journée de travail.

Les scènes du naufrage et de l'ile émergeant des fonds marins furent montées dans un réservoir de verre fortement consolidé. Un soir, on remplit le réservoir afin de pouvoir tourner dès le lendemain matin mais le verre se brisa pendant la nuit. Il n'était pas assez solide pour résister à la pression de l'eau. Un nouveau verre plus épais céda également sous le poid de l'eau. On eût alors recours à un troisième réservoir beaucoup plus résistant qui parvint à maintenir l'eau, mais les cameramen se plaignirent de l'épaisseur du verre. Des problèmes d'éclairage et de distorsion se posaient. Les premières prises de vues du promontoire qui s'élevait ne rendirent pas l'effet grandiose attendu. Finalement on résolut le problème en mettant de la gélatine translucide pour épaissir l'eau.

Delgado fut l'auteur de divers effets, réunissant des monstres, des animaux vivants et des acteurs, qui étaient d'un réalisme renversant et que l'on aurait jamais osé envisager au temps de The Lost World. A l'exception des cameramen, de Delgado et des décorateurs sur verre, les hommes qui collaborèrent avec O'Brien dans la réalisation de ces effets spéciaux étaient tous des artisans, des accessoiristes ou des maquettistes. C'est au prix de gros efforts et de grossières erreurs que ces machinistes, ces artisans et ces techniciens apprirent les astuces des techniques longues et compliquées d'O'Brien.







Ned Hallett poursuivi par la mère tricératops.



Delgado, O'brien et Hoyt travaillèrent sur Creation de 1930 à 1931, pendant un an 1/2 . Le tournage des séquences impliquant des effets spéciaux commença en novembre 1930. L'équipe avait de quoi être fière : ses modèles réduits étaient plus convaincant que jamais, leur animation d'une fluidité inégalé pour l'époque et leur combinaisons par rétro-projection avec les acteurs très synchrone. Mais au fur et à mesure que les jours passaient, les chefs du studio se désespéraient. La RKO, sévèrement touchée par la crise, était au bord de la faillite et assistait à un bouleversement dans son organisation. Le bureau de New York exerçait une pression intolérable sur William Le Baron, vice-président responsable de la production. A la fin de l'été 1931, Le Baron quitta le studio pour prendre un poste à la Paramount, tandis que les frais de Creation excédaient de 100.000 $ le budget prévu. Aussi ridicule que cette somme puisse paraitre de nos jours avec l'inflation, elle représentait alors une dépense considérable. A l'époque, on aurait pu, pour cette même somme, réaliser cinq courts-métrages, et pour un budget de 200.000 $, un film de catégorie A.

Le successeur de Le Baron, qui arriva en septembre 1931, était l'ancien enfant prodige de la Paramount, David O'Selznick. Ce nouveau patron fut chargé d'effectuer tous les changements nécessaires à la remise sur pieds de la société, et il était évident qu'un traitement de choc s'imposait. On amputa les salaires, on arrêta toutes les productions pour procéder à une nouvelle estimation : certaines durent être stoppées (une victime d'importance fut l'ambitieux Babes in Toyland, de Luther Reed), d'autres réétudiées avec de nouvelles séquences, et d'autres entièrement refaites. Un certain nombre de réalisateurs furent remplacés en cours de tournage, tandis que l'on plaça auprès des autres, des metteurs en scène qui devaient, par leur collaboration, rehausser la qualité du dialogue. Des scriptologues virent au secours des scénarios boiteux. Les budgets, élastiques jusqu'alors, furent fixés d'avance pour chaque production à venir. Ils étaient de 200.000 $ pour les films de catégorie A.

Selznick compris très vite qu'il lui faudrait un assistant débrouillard pour l'aider à faire le tri dans un amoncèlement inextricable de films inachevés, de scripts et d'accessoires. Il fit un choix judicieux. Appelé par Selznick, Merian C. Cooper arriva de New York et accepta le job. Parmi les films inachevés se trouvait le Creation d'O'Brien. Cooper fut fasciné par le coté technique de cette production, mais il se rendit compte qu'au bout de presque un an, le projet ne menait à rien. Selznick était du même avis et Creation fut rayé du programme. On estime que le film terminé aurait nécessité plus d'un million de dollars, somme presque impossible à rentabiliser en pleine dépression. Après 18 mois de préparation, seules vingt minutes ont alors été tournées (la fuite éperdue des dinosaures, l'attaque de l'arsinoitherium, l'attaque du ptéranodon, l'affrontement entre le tyrannosaure et le stégosaure et l'éruption volcanique) selon certaines sources. En fait, mis à part la séquence du naufrage et une bobine qui a été retrouvée dans les affaires de Willis O'Brien, on ne sait pas exactement quelles parties de Creation ont été filmées effectivement.
La bobine retrouvée (d'une durée de cinq minutes) comporte une séquence remarquable qui s'ouvre sur la vision d'une mère tricératops broutant dans la jungle avec ses deux bébés. Un chimpanzé fait tomber une branche sur un des bébés qui part alors à l'aventure et, mû par la curiosité, se met à suivre une cigogne. L'oiseau est attrapé par un jaguar. Le petit dinosaure regarde ensuite un lémure ramper vers l'entrée d'une grotte. Il rencontre ensuite Hallett (Ralf Harolde) qui lui tire une balle dans l’œil. La mère tricératops, alertée par les cris de son petit, se jette à la poursuite de Hallett. Il manque la fin de cette séquence où le dinosaure abat un arbre sur Hallett et le tue à coups de corne. Elle a été emprunté pour servir à la première ébauche de King Kong.



La mère tricératops et ses petits.



Bien que Cooper estimât que Creation n'avait aucune chance d'être commercialisé (ce n'était pour lui qu'un tas d'animaux qui se baladent), il voyait en O'Brien un moyen de réaliser son épopée de gorille géant, techniquement, sans avoir à quitter le studio. Il reçut l'autorisation de Selznick de tourner une bobine d'essai qui serait soumise à la direction. On lui accorda de garder O'Brien et son équipe jusqu'à ce que l'on sache si le film pouvait vraiment être réalisé. Le film fut inscrit sur le planning sous le nom de Production 601.

Creation n'a jamais été projeté en public mais ce film a son importance car c'est pour lui que O'Brien a mis au point les décors polyplans et les impressions combinées qui font l'intérêt de King Kong. Grâce à ce film, il a fourni une première expérimentation et mis sur pied une équipe technique entrainée. Creation a servi aussi en partie à constituer certains des accessoires qui ont rendu possible le tournage de King Kong. La plupart des dinosaures qui peuplent Skull Island ont été construits pour Creation. Certains décors miniatures représentant la jungle furent réutilisés pour le tournage de King Kong et même certaines situations et évènements du film de Cooper trouvent leur inspiration dans le scénario de Creation.

C'est ainsi que l'équipe d'artistes et de techniciens assemblée derrière Willis O'Brien devint celle responsable non seulement de King Kong, mais aussi Son of Kong, Les Chasses du Conte Zaroff, The Monkey's Paw, She et Les Derniers Jours de Pompei.





Deux exemples de peintures sur verre combinés à des décors miniatures dans lesquels évolue le bébé tricératops.
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MessagePosté le: 17/01/2014, 18:16    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant

Nan mais... Des fois je me demande ce que j'ai dans les yeux... 


Pas loin d'un an que ce dossier de FOU FURIEUX est là, et je viens seulement de le voir... C'te honte...


Bon, c'est tellement énorme que je ne vais pas le lire maintenant, surtout que j'ai encore pas mal de boulot à abattre ce soir, mais je me le garde au chaud pour ce weekend ! Y'a de quoi faire !



Et c'est qui l'plus fort ?
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MessagePosté le: 19/01/2014, 22:09    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant

En débarquant à la RKO pour faire le tri dans les projets en cours, Cooper avait déjà en tête son projet de film sur un singe géant mais il savait que celui-ci nécessiterait un budget conséquent. Or, il avait été embauché pour décider quels films pouvaient être maintenus et surtout lesquels devaient passer à la trappe, pas pour lancer la mise en chantier de nouveaux projets. Il fallait donc jouer serré. Si les compétences de Willis O'Brien et son équipe lui permettait de réaliser techniquement son rêve, les coûts de production devaient être amoindri d'une manière où d'une autre. Le pragmatisme de Cooper lui avait déjà fait envisager, dès 1931, de partir en Afrique pour y tourner simultanément son film de gorille géant et une aventure de Tarzan mais il ne put jamais acquérir les droits du personnage créé par Edgar Rice Burroughs. Cela faisait maintenant quatre ans que l'ébauche de King Kong mûrissait dans sa tête mais ce rêve semblait devenir de plus en plus inaccessible au fur et à mesure que le temps passait. Ses récentes activités florissantes dans l'industrie aérienne l'avaient trop longtemps tenu éloigné des studios et ce retour inespéré à Hollywood était peut être sa dernière chance de porter l'histoire de King Kong à l'écran.





Parmi tous les projets de la RKO qu'il avait à gérer, un retint particulièrement son attention. Il vit immédiatement dans Les Chasses du Comte Zaroff (The Most Dangerous Game) une opportunité à ne pas louper. Non seulement celui-ci avait le potentiel pour tester la viabilité d'une aventure se déroulant dans la jungle mais il offrait également la possibilité de construire des décors qui pourraient être réutilisés pour son propre projet. Il décida alors de faire rentrer en production Les Chasses du Comte Zaroff, un thriller adapté d'une courte nouvelle de Richard Connell écrite en 1924 dans laquelle un aristocrate dément chasse les humains pour le sport. Trop occupé à travailler sur King Kong en compagnie de Willis O'Brien et son équipe, il décida de confier la réalisation du film à son vieux compère Ernest Schoedsack. Ce dernier, alors employé chez Paramount, connaissait des difficultés pour mener à bien son propre projet : Histoire d'un Lancier du Bengale. Exaspéré par le retard que prenait la production et par le fait que le studio était incapable de prendre des décisions concernant le choix des scénaristes et des acteurs, Schoedsack renonça à son engagement à la Paramount et rejoignit Cooper à la RKO, avec laquelle il signa un contrat de producteur-réalisateur.

En mai 1932, Cooper et Schoedsack commencèrent la préparation de la réalisation des Chasses du Comte Zaroff. Une large part des 200 000 dollars servant au financement du film fut engloutie dans l'élaboration d'un décor perfectionné : marécage mystérieux, falaises artificielles, torrent et gouffre au dessus duquel passait un tronc d'arbre servant de pont, agrémentés de plantes et de broussailles tropicales. Ces éléments avaient été conçus de telle façon qu'en les déplaçant, de nouveaux décors pouvaient être créées à l'infini. A joutez à cela les plaques de verre peintes de Larrinaga et de Crabbe et les effets atmosphériques : le décor tout entier se transformait en une vaste jungle pour la caméra. C'était exactement ce que Cooper avait imaginé pour King Kong : l'habitat du roi de Skull Island exécuté sur sa demande.







Joel McCrea et Fay Wray dans les marais, qui servirent à la fois de terrain de chasse pour Zaroff et pour le brontosaure de King Kong quand celui-ci s'élance à la poursuite des marins.



C'est sous la direction de Schoedsack, assisté du dialoguiste Irving Pichel, que débuta la Production 602 : Les Chasses du Comte Zaroff, début juin. L’histoire raconte comment, après le naufrage de son yacht, le célèbre chasseur de fauves Rainsford échoue sur l’île du comte Zaroff où il rencontre une jeune fille, Eve, et son frère Martin. Zaroff propose à ses hôtes un bien macabre marché : s’ils acceptent d’être les gibiers de sa partie de chasse nocturne et s’ils parviennent à rester vivants jusqu’à l’aube, ils auront la vie sauve… Faisaient partie de la distribution Leslie Banks, Joel McCrea, Noble Johnson, Fay Wray et Robert Armstrong. Ces trois derniers avaient également été choisi par Cooper pour figurer au générique de son film de singe géant, ce qui occasionna quelques tracas. Sur le plateau 11 de la RKO, lieu de tournage de Zaroff, l'omniprésence de l'équipe qui tournait la production 601, rebaptisée Kong, et qui ne tenait pas en place, agaçait prodigieusement Schoedsack. Cooper rôdait alentour avec ses acteurs et son équipe, prêt à bondir sur le plateau dès qu'une prise de vue du film de Schoedsack était terminée. Pour ne pas arranger les choses, il fallut absolument qu'on lui prêtât Armstrong et Miss Wray des heures durant, alors que Schoedsack s'énervait dans son coin. La jungle de Zaroff et de Kong était le théâtre journalier de disputes entre les deux réalisateurs, véritables frères ennemis, qui grommelaient en mâchouillant leur pipe.

La situation éclata le jour où Cooper tournait certaines scènes de trucage difficiles au cours desquelles Fay Wray se trouvait coincée sous un tronc d'arbre, alors que Kong affrontait un tyrannosaure. Ces plans demandaient une préparation extrêmement méticuleuse, car ils regroupaient des accessoires de taille normale, l'actrice, une plaque de verre peinte pour le premier plan, et une animation pré-filmée. La mise en scène et le montage de ces divers éléments n'étaient pas une mince affaire. Alors que Cooper réajustait la perruque de l'actrice pour la énième fois (elle était brune dans Zaroff, blonde dans Kong), Schoedsack s'insurgea. "La caméra est tellement loin qu'il y aurait un accessoiriste caché sous cette perruque, personne ne s'en apercevrait". Cooper arrangea les choses en donnant à l'actrice tantôt un membre de l'équipe, tantôt une silhouette découpée, comme doublure entre les prises de vues. Afin que Schoedsack puisse avoir terminé le tournage dans les temps imposé par Selznick, Cooper fut contraint d'en réaliser une grande partie la nuit.





Sur les deux séries de photos ci-dessus, à gauche : Zaroff, à droite : Kong.



C'est également pendant le tournage de Zaroff qu'un fait inopiné fournit un élément utilisable dans le scénario de King Kong. Esteban Clemente (Steve Clemento), indien Yaqui célèbre dans le vaudeville comme le plus grand lanceur de couteaux du monde, jouait le rôle du serviteur tartare de Zaroff. Derrière un visage d'une incroyable malveillance se cachait un petit homme sympathique au tempérament doux et qui devint ami avec Cooper et les Schoedsack. Un jour il leur fit part de la difficulté qu'il avait à trouver une jolie fille qui serait sa cible à l'écran. Ayant été rejeté par tous les impresarii, il se mit à arpenter les rues à la recherche d'une personne agréable à regarder et suffisamment courageuse pour ce genre de travail. Au bout d'un certain temps, il aperçu une fille, un peu miteuse mais très jolie, arrêtée devant un snack qui regardait à l'intérieur d'un air émerveillé comme un enfant devant une vitrine de jouets. Clemente lui proposa de l'inviter à dîner. Effrayée mais trop affamée pour refuser, elle accepta. Après que Clemente eût réussi, non sans peine, à lui expliquer pourquoi il s'intéressait à elle, elle accepta le travail. Certains trouverons peut être une étrange similitude entre cette anecdote et la rencontre de Carl Denham et Ann Darrow dans la première séquence de King Kong.



La rencontre de Carl Denham et Ann Darrow dans King Kong.



Les chasses du Comte Zaroff sorti en septembre 1932, soit trois mois à peine après le début de sa réalisation, alors que King Kong, entamé depuis janvier, était encore en plein tournage...
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MessagePosté le: 23/01/2014, 14:31    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant

Alors que King Kong est en pleine fabrication dans les studios RKO, l’année 1932 voit débouler sur les écrans un autre grand classique du cinéma : Tarzan l'Homme Singe (Tarzan the Ape Man), réalisé par W.S. Van Dyke. Ce premier film d’une longue série avec Johnny Weissmuller dans le rôle titre, par bien des aspects, est annonciateur d'un certain gorille géant.





Le film commence alors que Jane Parker rejoint son père en Afrique, où, associé à l'aventurier Harry Holt, il a pris la tête d'une expédition à la recherche du fameux cimetière des éléphants. Ce lieu mythique serait, dit-on, situé au delà de la barrière du Mutia, un massif montagneux, tabous pour de nombreuses tribus. Arrivé en vue des Montagnes Escarpées, le safari tombe sur l’inquiétante tribu des Ubangis, dont le sorcier sacrifie quiconque ose porter le regard sur ce lieu sacré. Après une ascension périlleuse, le groupe découvre une vaste jungle et entend à plusieurs reprises un cri étrange qui sème l’inquiétude parmi les porteurs indigènes. Ce cri est celui de Tarzan, un sauvage blanc élevé par des singes qui se déplace de liane en liane et règne en maître sur les animaux.
Intrigué par Jane, première femme qu'il voit de sa vie, Tarzan l’enlève et l'entraîne dans la jungle. D’abord terrifié, la jeune femme se laisse peu à peu séduire par son étrange ravisseur. L’homme sauvage et la citadine vont ainsi « s’apprivoiser » mutuellement avant que Jane ne décide de retrouver son père et le reste de l’expédition. Mais peu après, le safari est capturé par une féroce tribu de nains, qui les emmènent dans leur village pour les sacrifier à un gorille géant. Alerté par Cheeta, Tarzan arrive à la rescousse, suivi de ses amis les éléphants qui piétinent le village indigène pendant que l’homme singe sauve le trio de blancs. Parker, mortellement blessé par le gorille, exprime un dernier désir : suivre un éléphant agonisant qui les guidera vers son cimetière…





Le parlant, l’incrustation de fonds et la mobilité accrue des caméras permettent des prouesses susceptibles d’offrir un spectacle inédit aux spectateurs de l’époque. Ainsi, le montage alterne des scènes plus classiques tournées en studio et de grands panoramas sur les contrées sauvages qui proviennent de plans inutilisés pour Trader Horn, précédent film de W.S. Van Dyke, tourné sur les bords du lac Victoria en Zambie. Ces scènes-là flirtent clairement avec une approche nettement plus documentaire, rappelant ainsi les prémices du jungle quest dont ce Tarzan constitue l’un des fleurons. Après un premier quart d'heure truffé de stock shots hasardeux et de transparences qui ne trompent personne, le fantastique prend largement le pas sur le réalisme lorsque l’expédition s'enfonce dans la jungle. Le film situe le domaine de Tarzan au sommet d'une montagne sacrée, aux falaises escarpées, dont l'unique voie d'accès est un passage très étroit à flanc de montagne, gardé par une tribu indigène. Ceci rappelle Skull Island et ses falaises infranchissables où la seule entrée possible se trouve sur la plage que jouxte le village insulaire, séparé du reste de l'île par un mur imposant.





Face aux montagnes escarpées qui se dressent, Parker s'exclame, lyrique "Pour avoir bâti une telle muraille, notre mère la nature devait avoir un grand secret à garder". Ceci rappelle les mots que prononce Carl Denham dans King Kong « Je vous dis qu'il y a quelque chose derrière ce mur que l'homme blanc n'a jamais vu… » Ce lieu interdit, totalement tabou, est farouchement protégé par la redoutable tribu des Ubangis dont les faciès percés de multiples ornements et les corps peints de motifs tribaux sont propres à susciter l'effroi. Les inoubliables Montagnes Escarpées, terrifiantes bien qu'en carton, d'une disposition cubique parfois quasi-architecturale et onirique, donnent lieu bien entendu à chaque fois à la chute horrible d'un ou deux porteurs indigènes (des scènes similaires reviendront, tel un gimmick, dans les films suivant, car seuls des indigènes se cassent la gueule en escaladant les Montagnes Escarpées, c'est un principe).





Le film n’est pas exempt d’une certaine sauvagerie qu’on prête assez facilement à une Afrique encore partiellement inexplorée par l’homme blanc, jusqu’à ce climax hallucinant au cours duquel Parker père et fille, Holt, et les boys qui sont encore en vie, se retrouvent dans une hutte géante où les nains, en transe, les jettent dans une fosse où se trouve un gorille monstrueux qui leur brise tour à tour les reins ou les fracasse contre la paroi. Si l'intervention de Tarzan sauve les blancs (pour les Noirs, il était trop tard...), c'est l'arrivée d'un troupeau d'éléphants appelés par l’homme singe, dévastant le village et piétinant les pygmées, qui leur permettra à tous d'échapper à un destin funeste et scellera définitivement l'union de Tarzan et de Jane.









Le gorille est incarné par Ray Corrigan, qui jouera d'autres rôles de grands singes, notamment dans Nabonga (1944) et Killer Ape (1953). Les nains, quant à eux, sont des acteurs blancs recouverts de peinture noire. Grandiose, impressionnant, le spectacle annonce de nombreux motifs visuels de King Kong et s'achève dans le mythique cimetière des éléphants dont les mate paintings évoquent irrémédiablement Skull Mountain et le repaire de Kong.



Deux exemples de mate painting : à gauche, la jungle de Tarzan ; à droire, le cimetière des éléphants.



Si aucun des autres films tournés par la suite ne propose de telles références à King Kong (hormis peut être l'escapade sur les toits de la ville dans Tarzan à New York et la scène de l'araignée géante dans Le Mystère de Tarzan, suivi d'un combat de reptiles géants sensés figurer des dinosaures), la série des Tarzan offre quand même quelques constantes qui peuvent s'appliquer au roi de Skull Island. Tarzan et King Kong n'incarnent pas-t-ils tout deux le gardien de la foret, mystérieux et redoutable, craint par tous, hommes et bêtes ? Voilà ce qu'écrit Charles Tesson dans Tarzan !, un livre-catalogue sorti à l'occasion d'une exposition sur l'homme singe au musée du Quai Branly :

"Le curieux chant de Tarzan, entendu pour la première fois en 1932 dans Tarzan, l'homme singe (Tarzan, the Ape Man) de W.S. Van Dyke, est l'antidote à venir du tout aussi célèbre cri de King Kong, proféré l'année suivante, en 1933, avec ses hurlements puissants et terrifiants, accompagnés du tambourinement sur sa poitrine. Dans King Kong, le singe géant est le maître de la jungle, qui affiche sa supériorité sur le monde animal (les monstres préhistoriques, qu'il affronte et anéantit), tout en étant craint par la population indigène de l'île ayant pour habitude, afin de l'apaiser, de lui offrir en sacrifice une femme noire du village. Dans les deux cas, pour différentes raisons, ils finissent à New York, l'un, Kong, en haut de l'Empire State Building avant sa chute mortelle, et Tarzan, en 1942, dans Tarzan à New York (Tarzan's New York Adventure), qui clôt la série des six films des studios de la Metro Goldwyn Mayer avec Weissmuller. Si Kong écrase de sa force le monde animal, les animaux obéissent à Tarzan, le maître de la jungle (les éléphants, les hippopotames, les chimpanzés) sauf ceux qu'il se doit d'affronter pour imposer sa suprématie (les fauves sur terre, les crocodiles dans l'eau), tel un gladiateur égaré dans la jungle. Dans les deux cas, ils aiment une femme blanche, l'une venue sur les terres de Kong avec une expédition, en tant qu'actrice dans un film de cinéastes explorateurs, et l'autre arrivé sur le territoire de Tarzan pour accompagner son père, James Parker, puis décidée à y rester après sa mort. Autant King Kong, parmi de multiples aspects, est un film sur la phobie du mariage mixte, du métissage (un singe géant, maître d'une île où vivent uniquement des Noirs, tombe amoureux d'une femme blonde, que ses amis américains veulent extraire de ses griffes), autant Tarzan, avec Jane, puis Boy, leur fils adoptif, prônent un mode de vie autre, loin de la civilisation urbaine qu'ils refusent, dont ils sont revenus, sans pour autant se comporter comme des sauvages. »

Ci-dessous : quelques exemples de peintures sur verre issues des Tarzan ultérieurs et qui permettent de mieux apprécier les décors gigantesques des Montagnes Escarpées et du domaine de l'homme singe.










L’Ile du Docteur Moreau (Island of Lost Souls), de Erle C. Kenton, vient clore en beauté l’année 1932. Considéré comme la première adaptation cinématographique du roman d’H.G. Wells, le film fut en fait précédé d’une version muette allemande retrouvée en 2012 à Hambourg. L’information est resté confidentielle, la copie étant actuellement en cours de restauration. Le magazine Métaluna voulait se réserver l’info et m’avait demandé de ne pas ébruiter la nouvelle mais, étant donné l’inélégance affichée d’une partie de sa rédaction et le fait que je n’en fasse plus parti, je me permet de vous faire partager l’information, en espérant que nous pourrons bientôt découvrir cette rareté. Mais revenons au film de 1932. Victime d'un naufrage en plein Océan Indien et recueilli par un cargo qui transporte une cargaison de fauves, Edward Parker se retrouve sur une petite île qui n’est mentionnée par aucune carte et s’avère peuplée d'êtres étranges mi-hommes, mi-bêtes. Le domaine appartient au docteur Moreau qui poursuit des expériences sur les animaux afin de les transformer en humains par greffes successives. Son "chef-d'œuvre", Lota, est une ancienne panthère qui a maintenant toutes les apparences d'une femme...







L’île du Docteur Moreau est un miroir déformant du roman originel qui revêt des allures horrifiques et convoque l’essentiel du terrifiant bestiaire de l’époque (hommes bêtes, dont un homme-singe, savant fou…). On retrouve avec joie l’ambiance des films de cette période, Tarzan et King Kong en tête. Nantie d’un noir & blanc granuleux, l’œuvre baigne dans une atmosphère exotique revue et corrigée par Hollywood, mais expose aussi un sous texte malsain à l’érotisme trouble et perturbant. Graphiquement parlant, le film s’avère superbe et aligne des scènes qui ne sont pas sans rappeler le périple vers Skull Island : un navire qui vogue dans le brouillard, une île tropicale joliment rendue, une jungle réaliste calquées sur un style expressionniste où des ombres dantesques côtoient une lumière blanche presque brillante. Au cotés de Charles Laughton, qui passe le plus clair de son temps un fouet à la main et qui compose un Dr Moreau mielleux et sadique à souhait, on retrouve dans le bestiaire quelques habitués du maquillage comme Bella Lugosi (le diseur de la loi), Joe Bonomo (qui jouait le gorille dans The King of the Kongo) et Charles Gemora (qui a passé sa vie à incarner des gorilles et qui joue ici… un homme singe), mais aussi, et c’est plus surprenant, les présumés mais non crédité Buster Crabbe (Tarzan, Flash Gordon), Alan Ladd ou encore Randolph Scott qui feront tous de belles carrières hollywoodiennes.



L'étonnant bestiaire du film.




Jugé trop dérangeant, le film fut interdit sur le sol britannique pendant un quart de siècle ainsi que dans plusieurs pays d’Europe et diverses régions des Etats-Unis. Il fut également très critiqué par H.G. Wells lui-même qui le trouvait trop sanglant et vulgaire. Il n’en reste pas moins qu’il est aujourd’hui considéré par beaucoup comme l’un des fleurons du fantastique des années 30 et Michael Weldon, auteur de The Psychotronic Encyclopedia of Films, n’hésite pas à le qualifier de meilleur film d’horreur de tous les temps.



Un bateau dans la brume : on est pas loin du Venture s'approchant de Skull Island


Ann Darrow et Jack Driscoll menacés par l'ombre de King Kong ? Pas tout a fait, mais quel cliché prémonitoire !


Dernière édition par SKULL.ISLAND le 05/03/2014, 15:28; édité 1 fois
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MessagePosté le: 14/02/2014, 20:04    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant

Il est temps à présent de délaisser le genre jungle quest et d'opérer un petit retour en arrière dans l'histoire du cinéma pour traiter des films affilé à d’autres genres, souvent moins spectaculaires mais tout aussi digne d'intérêt. Nul besoin en effet de s'aventurer dans des jungles sauvages ou des mondes perdus pour dénicher des gorilles amateurs de jeunes femmes, nos villes en regorgent.

Les premiers films sur les singes s'attachaient à décrire leur esprit malfaisant. Deux courts métrages ont été réalisés sur ce thème en 1908 en France : dans le premier, The Doctor's Experiment (aka Doctor's Experiment: or Reversing Darwin's Theory), on injectait du sérum simien à des malades qui commençaient à pousser des cris rauques. Dans le second, l’Homme-Singe (The Monkey Man) de Georges Monca, un cerveau simien était transplanté dans un crâne humain. Dans les deux cas, l'homme devenait singe.





Savante mixture de ces deux films, Balaoo ou des Pas au Plafond (Balaoo the Demon Baboon), réalisé en 1913 par Victorin-Hippolyte Jasset, est également la première adaptation du roman de Gaston Leroux, sorti deux ans plus tôt. Dans ce court de 22 mn, le Professeur Coriolis, désireux de prouver le bien-fondé de la théorie de l’évolution, invente un sérum qu’il administre à un babouin pour le fait évoluer vers l’humanité. Il tente de lui inculquer des sentiments mais Balaoo – c’est le nom de la créature – provoque cependant des dégâts dans le voisinage. Sévèrement réprimandé par le professeur, il s’enfuit. Retrouvé dans une autre ville, il est traqué. Tombé dans un piège, il est sauvé par un braconnier, Hubert Wolf. Balaoo lui fait entendre qu’il sera désormais son serviteur. Mais Wolf n’est pas un individu à la morale irréprochable et il pousse Balaoo à tuer un homme avec qui le braconnier avait eu une altercation. Puis, Wolf, tombé amoureux de Madeleine, la fille de Corialis, demande à Balaoo de la kidnapper. Celui-ci s’exécute, mais comprend les intentions du braconnier. En tentant d’assommer son maître avec un tonneau, Balaoo sera mortellement blessé par balle. Dans le temps qui lui reste à vivre, il réussit à construire un piège pour Wolf, sauvera Madeleine et préviendra le professeur. Dans un dernier geste pour dénoncer Wolf, il décède.





Le film connu un certain succès, notamment grâce à ses effets spéciaux montrant un Balaoo acrobate, sautant, escaladant, marchant même, comme le dit le titre, au plafond. Le film connaîtra au moins deux remakes, un en 1927, The Wizard, et le second en 1942 (Le Secret du Dr Renault). Le premier, qui nous intéresse ici, est signé par Richard Rosson, qui s'éloigne un tant soit peu du roman. Dans ce film, le professeur Coriolos, un savant fou, cherche à se venger des personnes qui ont envoyé son fils sur la chaise électrique. Pour ce faire, il crée un homme singe (Balaoo) entièrement soumit à sa volonté, qu'il va employer à envoyer ad patres les juges et les membres du jury responsables de la mort de son fils… Comme bon nombre de productions des débuts du cinéma, The Wizard est réputé pour être totalement perdu. Le négatif a été détruit lors d’un incendie dans une cave en 1937 et aucune copie n’a refait surface depuis.





Le matériel publicitaire français semble indiquer que The Wizard est sorti chez nous sous le titre Balaoo.



The Perils of Pauline, serial de 1914 réalisé par Louis J. Gasnier et Donald MacKenzie, contient lui aussi son gorille kidnappeur de demoiselle en détresse. La jeune Pauline hérite d’une fortune colossale à la mort de son oncle. Le secrétaire de ce dernier, chargé de veiller sur elle jusqu’à qu’elle se marrie et puisse disposer officiellement de son héritage, veut s’approprier les biens destinés à Pauline. Dorénavant, ce ne seront que chausses trappes, poursuites, enlèvements et situations périlleuses pour la jeune femme. Dans le dix neuvième épisode, Pauline, en tentant d’échapper à ses poursuivants, se réfugie dans un wagon abandonné sur une voie. Mais c’était pour se précipiter vers un danger encore plus grand. L’endroit est occupé par un énorme gorille échappé d’un cirque, qui la saisie et l’emporte. Poursuivit par la police et acculé au bord d’un précipice, l’animal, mortellement blessé par plusieurs balles après une lutte féroce, chute au fond du ravin. Une scène fort classique de nos jours mais qui préfigure bien le final de King Kong, d’autant plus que l’actrice qui incarne Pauline se nomme Pearl Fay White.




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MessagePosté le: 22/02/2014, 00:12    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant

Go and Get it !, réalisé en 1920 par Marshall Neilan & Henry R. Symonds, raconte comment un savant fou transfère sur un gorille le cerveau d’un condamné qui vient d’être exécuté. La créature n’a plus qu’une idée en tête : se venger de ses accusateurs… Bull Montana, qui interprète l’homme singe avec une férocité saignante, reprendra un rôle similaire pour Le Monde Perdu en 1925. Face à lui, Agnes Ayres campe la patronne d’un journaliste intrépide lancé sur la piste sanglante du monstre.







Bull Montana : à gauche Go and Get It, à droite Le Monde Perdu.



Go and Get it ! fait malheureusement partie de la longue liste des films perdus, tout comme The Gorilla que réalise Alfred Santell en 1927, d'après une pièce de Ralph Spence. L'histoire tourne autour d'une série de meurtres commis par un homme déguisé en singe. Deux autres versions verront le jour en 1930 et 1939. Dans chacun des trois films, les éléments à suspens de la pièce sont délaissés au profit d'un relief comique dans la pure tradition du slapstick. Quand Cyrus Townsend est assassiné, sa fille Alice cherche à résoudre ce crime mystérieux mais les suspects abondent, à commencer par le propre frère de Cyrus. Il apparaît assez vite que le principal suspect est un gorille, à moins qu'il ne s'agisse d'un criminel déguisé en singe ou encore qu'il y ait deux gorilles, un vrai et un costumé... Alice Day (qui interprète Alice Townsend), arborant une tenue blanche et diaphane à la pureté virginale, finira par tomber dans les griffes du gorille (oui mais lequel ?)













The Monkey Talks, réalisé en 1927 par le prolifique Raoul Walsh, présentait un des premiers triangles amoureux incluant un chimpanzé, joué par un acteur français, qui succombait aux charmes d'une des filles du cirque et finissait par la sauver des assauts d'un grand singe. Pour sauver leur cirque de la banqueroute, Armand Durand et Faho, deux artistes, mettent au point en secret un numéro sensationnel destiné à stupéfier le tout Paris et son public blasé : un singe qui parle ! Grimé en Jocko le singe et revêtu d’un smoking, Faho assure le spectacle pendant que Armand joue son dresseur. Le numéro fait un triomphe mais les choses se compliquent avec l’arrivée d’Olivette, une ravissante funambule dont Armand et Faho vont tout les deux tomber amoureux…
Lors du climax, Olivette est attaquée par un vrai (faux) singe destiné à parfaire la supercherie. Faho, toujours grimé en Jocko, surprend la scène et accoure pour sauver sa bien aimée. S’ensuit un combat surréaliste où un faux singe (Faho/Jocko) engage la lutte avec un supposé vrai primate (mais qui est lui aussi interprété par un acteur), tous les deux en smoking !









Le film est l’adaptation d’une pièce française qui fit sensation à l’époque. Sa renommée internationale lui valu d’être jouée à Broadway où elle eu cependant moins de succès. Quelques réaménagements furent nécessaires pour le film. Hélas, la seule copie en activité est dans un triste état et ne permet malheureusement pas d’apprécier à sa juste valeur cette petite rareté de la fin du Muet. L’acteur Jacques Lerner, qui faisait une composition exceptionnelle sur les planches, y reprend son rôle de primate évolué. Le maquillage est l’œuvre du légendaire Jack Pierce, célèbre pour avoir créé, entre autre, ceux de la créature de Frankenstein, du loup-garou, de la momie où de l’homme invisible.







Olivette face (ou de dos, c'est selon) à une ombre menaçante.




Faho (Jacques Lerner) grimé en Jocko.


A propos de ce dernier, on peut noter une certaine similitude avec Solomon L'homme singe, présenté sur cette affiche de cirque datant de 1908.
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MessagePosté le: 23/02/2014, 21:44    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant

The Monkey Talk est vraiment excellent!
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MessagePosté le: 26/02/2014, 01:04    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant

La fin des années 20 marque une certaine recrudescence du genre. Il n’est pas rare, au détours de certaines scènes, de croiser des gorilles enveloppant de leurs bras velus d’innocentes jeunes femmes. Comme dans Circus Rookies (1928) d’Edward Sedgwick, où le propriétaire d’un cirque à toutes les peines du monde à trouver quelqu’un d’assez futé pour garder son gorille, un animal pas très commode répondant au nom de scène de Bimbo, le singe mangeur d’hommes. Fraîchement recruté pour le job, Oscar Thrust éprouve une forte antipathie pour Francis Byrd, un journaliste récemment licencié qui cherche à rejoindre la troupe pour être aux coté de La Belle, la jolie trapéziste qui est aussi la fille du patron. Toutes les tentatives de Byrd pour montrer ses aptitudes à rejoindre le cirque sont systématiquement ruinées par Thrust, laissant penser à La Belle que Byrd est un lâche. Alors que la troupe voyage en train vers sa prochaine destination, Thrust installe Bimbo dans la couchette de Byrd afin, une fois de plus, de le ridiculiser. Mais les choses tournent mal et Bimbo s’échappe en emportant La Belle sur le toit. Effrayé, le conducteur saute du train, laissant la machine s’emballer alors que le frein vient de lâcher. Finalement, Byrd parvient à redresser la situation, sauvant tout le monde d’une mort certaine.



Circus Rookies (1928)



Vient ensuite Why Gorillas Leave Home (1929) de Arvid Gillstrom, dont on ne sait pas grand chose sinon qu’il semble irrémédiablement perdu. Cette même année sort Seven Footprints to Satan, du danois Benjamin Christensen, d’après le roman d’Abraham Merritt. Alors qu’il projette une expédition en Afrique, un jeune playboy millionnaire se retrouve séquestré, en compagnie de sa fiancée, dans une inquiétante maison peuplée de créatures étranges qui pratiquent des rites sataniques. Un gorille déambule dans la demeure, parmi tous ces personnages singuliers. Lors d’une scène, une jeune femme nue qui tente de s’enfuir est attachée à un pilier et se débat pendant que le gorille vient lui saisir les chevilles. Seven Footprints to Satan fut distribué à la fois en version muette et partiellement sonore, ce qui en fait l’un des derniers (sinon le dernier) films d’horreur muets. L’unique copie encore en circulation est une version muette italienne.



Why Gorillas Leave Home (1929)




Seven Footprints to Satan (1929) et sa terrible ménagerie.


Seven Footprints to Satan et sa demeure remplie de freaks.


Lon Chaney lui-même va tâter du gorille dans deux films, d’abord en 1929, avec Loin vers l’Est (Where East is East), de Tod Browning, où l’acteur interprète un chasseur de fauves au Laos. Dans les dernières minutes, un gorille libéré de sa cage sème la mort sur son passage, dont celle de l’ex femme du chasseur. Ce film sera suivit l’année suivante par Le Club des Trois (The Unholy Three), réalisé par Jack Conway. Dans celui-ci, le ventriloque Echo, le colosse Hercule et le nain Tweedledee forment le 'Club des trois', une bande de voleurs de bijoux. Ils ont pour couverture une boutique de vente d'oiseaux, tenue par Echo (grimé en vieille dame). Tweedledee se fait lui passer pour un enfant. Rosie, la petite amie pickpocket d’Echo, se joint à la bande, emmenant avec elle son animal de compagnie : un gorille. Ce fut le dernier film de Lon Chaney et son seul film parlant. Quelques semaines après le tournage, l'acteur décédait d'une hémorragie à la gorge, suite à un cancer des bronches.



Loin vers l'Est (1929)




Le Club des Trois (1930)



Comme on l'a vu précédemment, au départ une simple pièce de théâtre jouée à Broadway, « The Gorilla » s’est avéré être une source d’inspiration pour Hollywood, qui adapta cette histoire pas moins de trois fois en douze ans ! D’abord en 1927 en version muette, puis en 1930 avec l’arrivée du cinéma parlant et enfin en 1939 avec Bela Lugosi dans le rôle principal... Traitée sur le ton d’une comédie assez noire, l'histoire se déroule dans une vieille maison sinistre où ont été commis des meurtres. Selon les versions, l’auteur des crimes est soit un gorille, soit un gangster déguisé en gorille ou même parfois les deux (!), ce qui occasionne de nombreux quiproquos. Bien qu’il ne soit pas crédité, des rumeurs insistantes laissent penser que l’acteur Charles Gemora incarne le gorille dans les deux premières versions, réputées hélas perdues. Cependant, deux clips de quelques secondes retrouvés récemment et qui correspondent à la version de 1930 réalisée par Brian Foy montrent de façon frappante des similitudes avec le Roi de Skull Island : c’est qu’on y voit un gorille déambuler au milieu d’une ville miniature, dominant de sa taille la plupart des buildings, et ce trois ans avant King Kong !

Comme on l'a vu, les films avec des gorilles n'étaient pas rares dans la décade qui a précédé King Kong mais un gorille géant, c'est une première !









Mark Cofell, qui gère le site Gorilla Men, a raconté comment il était tombé sur un bout de pellicule où un gorille géant évoluait parmi des buildings, la chose se trouvant dans un catalogue de clips de films détenu par Getty Images. Mark reconnu le costume de singe comme étant celui de Charles Gemora (un des plus célèbres interprètes de gorilles qui travailla pour l'industrie cinématographique des années 20 jusqu'à sa mort dans les années 50) mais fut incapable de déterminer de quel film il s'agissait. Ce costume avait été utilisé entre la fin des années 20 et le début des années 30 mais fut retiré de la circulation après la sortie de King Kong en 1933. Et en effet, les images sur la pellicule semblaient antérieurs au film de Schoedsack et Cooper. Les spéculations allaient bon train : s'agissait-il de bouts d'essais pour King Kong où bien d'un projet jamais réalisé ? En tout cas, la première hypothèse s'est transformé en affirmation lors d'un documentaire "Un film et son époque : il était une fois King Kong", réalisé par France 5 et diffusé en 2010.





C’est Bob Burns (un autre célèbre interprète de gorilles, archiviste et collectionneur d’accessoires de films d’horreur, fantastique et science fiction), qui clarifia le mystère. Présenté à Mark Cofell par un ami commun, Bob lui expliqua que ces quelques secondes de film correspondait à un trailer de la version de 1930 de The Gorilla, film où il était question d’un gorille meurtrier mais relativement petit. Ce trailer était sensé illustrer l’emprise de la terreur grandissante qu’inspirait la bête à la population urbaine. Rien de plus. Mais si ces images ne font pas partie du film lui-même, elles n’en sont pas moins troublantes et pourraient quelque peu malmener la version de Cooper quand à son idée originale.

Un blogueur américain a soulevé à ce propos une question intéressante. Selon l’histoire, Cooper eut l’idée d’un singe géant gravissant l’Empire State Building. Il lui fallut un certain temps avant de réaliser que sa vision correspondait à la fin du film. Il fallait donc expliquer les origines du singe pour aboutir au commencement. Fasciné par les histoires sur les varans de Komodo, il avait ensuite envisagé un tel endroit comme habitat du monstre. Ce que l’histoire ne dit pas, c’est d’où sort King Kong lui-même, apparemment déjà formé. Cooper n’était ni écrivain, ni même réalisateur de cinéma à cette époque là. Il était (entre autre) documentariste et producteur. Sans vouloir minimiser sa carrière ainsi qu’une vie extrêmement riche, son nom reste irrémédiablement associé à King Kong, la plus brillante idée qu’il ait jamais eu. Il est toujours difficile de remonter jusqu’à l’origine exacte d’une idée mais on peut vraisemblablement supposer que Cooper a vu ce teaser et se soit dit « quel dommage qu’il ne s’agisse que d’une métaphore, ce serait tellement plus excitant si sa se passait en vrai ! ». C’est en tous cas le cheminement de pensée qu’aurait certainement un producteur.

Cet avis n’engage bien sûr que son auteur, mais se pourrait-il qu’il ait raison ? Ça n’est après tout pas si absurde, et si l’on considère les évènements de Isle of Sunken Gold (qui représente selon moi la plus stupéfiante découverte de ces dernières années sur le sujet avec ce trailer de The Gorilla), ça commence à faire beaucoup de coïncidences.









Une photo de la version de 1939 avec Bela Lugosi.
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MessagePosté le: 26/02/2014, 20:51    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant

Comme toujours mon cher Skull (je ne le redirais jamais assez), c'est du lourd.
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MessagePosté le: 02/03/2014, 19:28    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant

Je profite de la date d'aujourd'hui (2 Mars) pour insérer ici une petite surprise que je n'ai toujours pas mentionné. Moi qui pensais naïvement pouvoir boucler ce dossier en quelques semaines, voici que je me retrouve, un an après, à trimmer comme un forcené pour en voir la fin (qui est cependant proche, rassurez-vous). Si ce dossier a été concocté pour les 80 ans de King Kong, c'est par contre aujourd'hui que nous fêtons son 81ème anniversaire. Il fallait donc quelque chose d'un peu spécial... et je vous l'ai trouvé !

Comme nous venons de le voir, finalement, The Gorilla ne sera pas le premier vrai singe géant avant King Kong mais le roi de Skull Island, on ne le sait pas, eu cependant un prédécesseur, bien qu’un peu plus modeste. En 1926, Howard Hawks réalise Sa Majesté la Femme (Fig Leaves), où un couple de citadins, Adam et Eve Smith, est perturbé par l’obsession de la jeune femme pour la mode et de son métier de mannequin. Lors d’un prologue préhistorique, Adam et Eve incarnent le premier couple de l’histoire de l’humanité. Parti chasser, Adam, grimé en homme préhistorique, tombe nez à nez avec un singe de trois mètres qui surgit de la forêt. Se sentant menacé, il frappe l’animal avec sa lance et se prend en retour une monumentale volé qui l’envoie valser quelques mètres plus loin avant que l’énorme primate ne reprenne tranquillement sa route. Cette courte séquence de quarante secondes qui ouvre le film marque sans doute la toute première apparition d’un singe géant au cinéma. Un véritable chimpanzé, inséré dans un décor de jungle miniature, a été utilisé pour tourner la scène. Les trucages fonctionnent parfaitement, rendant cette petite scénette assez succulente. Un peu tombé dans l’oubli, ce film n’est jamais mentionné dans les ouvrages consacrés à King Kong. Peut être est-ce dû à la brièveté de la scène mais personne se semble avoir remarqué ce précurseur. C’est une exclu Tonton Skull, bande de veinards…


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MessagePosté le: Aujourd’hui à 02:44    Sujet du message: Les origines de King Kong

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