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Les origines de King Kong
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SKULL.ISLAND
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MessagePosté le: 05/03/2014, 22:20    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant

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Nous voici donc de retour en 1932, année plutôt fournie en matière de singes et de jungles mystérieuses. Mis à part Les Chasses du Comte Zaroff, Tarzan l’Homme Singe et l’Ile du Docteur Moreau, déjà évoqués précédemment, l’année s’ouvre avec la sortie de The Monster Walks, réalisé par Frank R. Strayer. Hélas, malgré une affiche évocatrice, le film ne tient malheureusement pas ses promesses. Typique des hold dark house movies, genre auquel sont affilié nombres d’œuvres déjà citées dans ce dossier, le film se passe dans une vieille demeure mystérieuse où un savant vient de mourir, laissant un singe dont il se servait comme cobaye. Sa fille, venue recevoir son héritage, se retrouve régulièrement menacé par une main velue alors que les victimes s’amoncellent parmi les éventuels héritiers…

En guise de gorille meurtrier, nous avons droit à un chimpanzé des plus ordinaires, enfermé dans une cage au sous-sol. Pas d’acteur en costume donc, ce qui est bien dommage, car ce singe à peine plus grand que la Cheetah des Tarzans ne fait pas vraiment l’affaire.





La jaquette du DVD entretient le doute quant à la taille du singe.


Sur les lobby cards mexicaines (postérieures à la sortie de King Kong) on nage carrément en plein délire.



Beaucoup plus intéressant (et proche de King Kong) se trouve être la première adaptation cinématographique de la nouvelle d’Edgar Poe, Double Assassinat dans la Rue Morgue (Murders in the Rue Morgue), réalisée par Robert Florey. A la foire de Paris, en 1845, le Dr. Mirakle exhibe aux curieux Erik, un gorille dont il prétend pouvoir interpréter le langage. Loin d’être un simple charlatan de fête foraine, le Dr Mirakle est également un savant dont les théories fumeuses sur l’évolution lui valent le dédain de ses confrères. Son but inavoué est de mêler le sang d’Erik avec celui d'une jeune femme afin de démontrer le lien de parenté entre l’homme et le singe, chose qu’il met en pratique au sein de son laboratoire secret. Après plusieurs tentatives et autant d'échecs (et de meurtres de femmes), il jette son dévolu sur Camille, une spectatrice dont Erik semble être tombé amoureux. Parallèlement, Pierre Dupin, le fiancé de Camille, étudiant en médecine, fréquente la morgue et s'intéresse aux causes réelles des décès des femmes retrouvées dans la Seine...







Le scénario prend de conséquentes libertés avec la nouvelle originale, installant un personnage de savant fou, un cirque de démonstrations de numéros orientaux, un gorille apprivoisé, mais également une ville de Paris presque expressionniste, toute en clairs-obscurs, d'ombres projetées et d'immeubles de guingois. Cela dit, la fin présente de sérieuses similitudes avec des éléments de la nouvelle : les trois hommes ayant soi-disant entendu le meurtrier parler dans trois langues différentes, le cadavre de la femme enfoncée dans la cheminée...







Si la plupart du temps Erik est incarné par un acteur en costume (l’incontournable Charles Gemora), le montage alterne toutefois des images avec un vrai singe pour les gros plans, ce qui nuit forcément à l’ensemble, personne n’étant dupe de la supercherie. Derrière des cheveux bouclés et des sourcils broussailleux, Bela Lugosi incarne quand à lui le Dr Mirakle et tient sans doute là un de ses meilleurs rôles au cinéma. La scène d’introduction présente un bonimenteur devant une immense représentation d’Erik peinte sur un panneau. La taille de la bête évoque immédiatement celle d’un autre gigantesque primate qui va débouler sur les écrans dès l’année suivante. Sur l’estrade, l’homme enjoint les spectateurs à entrer dans la tente. Là aussi, son discours n’est pas sans rappeler celui de Denham présentant Kong au public de New York : « Derrière ce rideau se cache la créature la plus étrange qu’il vous sera jamais donné de voir. Erik, l’homme singe, le monstre qui se tient debout… le souverain de la jungle qui de ses mains peut déchiqueter un homme. Erik, l’homme singe, la bête dotée d’une âme humaine. Plus rusé qu’un homme et plus fort qu’un lion ! »







Si l’on ajoute à cela le fait qu’Erik ne semble pas insensible au charme de Camille et qu’à la fin du film, au terme d’une poursuite sur les toits de Paris, le héros tue le gorille et récupère sa bien-aimée, on s’amusera de constater que cette séquence finale préfigure celle de King Kong. On peut également noter que l’on retrouve dans le casting Noble Johnson, qui interprète le chef du village indigène dans le film de Ernest B. Schoedsack et Merian C. Cooper.





Dans Blonde Venus, de Joseph Von Sternberg, Helen (Marlène Dietrich), une ancienne danseuse de cabaret venue d'Allemagne est mariée à un chimiste américain, Edward Faraday, malheureusement gravement irradié par du radium. Pour gagner de l'argent dans le but de soigner son mari en Europe, Helen retourne sur scène, dans le rôle de « la Vénus blonde », et obtient chaque nuit un vif succès. Elle se sent aussi très attirée pas un fringant homme politique : Nick Townsend captivé par la Vénus blonde, qui va lui offrir un soutien financier...





Considéré de l’avis général comme le moins bon des cinq films que l’actrice tourna avec Sternberg, cette œuvre aux charmes surannés offre néanmoins quelques scènes assez mythiques, comme celle du cabaret avec le gorille. De l’avis de tous, un moment marquant du film. Marlène, cachée sous un costume de gorille, déambule au milieu des tables avant de monter sur la scène et d’entamer son numéro. Derrière elle, des figurants grimés en indigènes africains, coupes afro et boucliers tribaux de rigueur, se déhanchent dans un décor de jungle. Alors qu’elle chante "Hot Voodoo", elle surgit de manière saisissante de son costume, coiffée d'une perruque blonde et crépue, pour nous fait découvrir, cachée sous la bête, la quintessence de la féminité représentée par une Marlène au sommet de sa beauté, longue et souple, la peau douce et satinée, éclairée par un noir et blanc scintillant encerclant son visage radieux. Dans cette courte scène d’à peine trois minute trente, Marlène joue à la fois le gorille et la femme fatale, réussissant l’exploit d’incarner à elle seule la belle et la bête, quelques mois à peine avant l’arrivée de King Kong.





Cette mémorable année 1932 s’achève avec le gigantesque Le Signe de la Croix (The Sign of the Cross) du non moins gigantesque Cecil B. DeMille, réalisateur habitué des productions pharaoniques. Dans ce film extrêmement mordant (c’est le cas de le dire), alors que les Chrétiens sont la cible de la vindicte de Néron, Marcus Superbus, le préfet de Rome, tombe amoureux de l'une d'entre eux, Mercia. Poppée, femme de Néron et maîtresse de Marcus, fait arrêter la belle Chrétienne, qui est condamnée à être jetée aux lions...





Le réalisateur accumule dans Le Signe de la Croix un nombre impressionnant de scènes à caractère érotique, teintées d’un sadisme rare pour l’époque. A la lisière du film trash, DeMille insiste avec un certain voyeurisme sur les tortures subies par les Chrétiens. Ainsi, la dernière séquence des jeux du cirque (d’une durée exceptionnelle d’une trentaine de minutes) demeure le point culminant d’une œuvre hautement subversive, monument de sadisme absolument pas édulcoré. Il faut le voir pour le croire : enfants martyrisés, fouettés et brûlés, affrontements de gladiateurs bien hargneux et sanglants suivit de l'apparition des éléphants qui écrasent sous leurs pattes monumentales les victimes expiatoires, puis les tigres, les lions, les taureaux, les ours, les crocodiles à qui l’on donne en pâture des jeunes chrétiennes crucifiées nues sur les calvaires. Lors d'un affrontement entre des pygmées d'Afrique et de gigantesques amazones, celles ci les jettent dans les airs pour qu’ils s’empalent sur leurs lances devant un public hilare. Rien n’est épargné au spectateur dans ce festival de violences en tout genre, le tout sans aucune censure.
Au milieu de ce carnage, une jeune femme (Elissa Landi) est ligotée nue à une colonne, livrée à un gorille concupiscent. La dite scène, annonciatrice de celle du sacrifice dans King Kong, fut coupée quelques années plus tard à cause du code Hays quand celui-ci entra en vigueur. Elle a heureusement été retrouvée depuis et se trouve incluse dans le DVD réédité en zone 2 chez Wild Side.






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MessagePosté le: 08/03/2014, 19:03    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant

Nous voici donc quasiment arrivé au terme de ce dossier, riche (je l’espère) en surprises ébouriffantes, même pour les plus chevronnés sur la question. Si les œuvres citées ici ont pu participer de près ou de loin à l’élaboration du plus grand film de tous les temps, il convient néanmoins d’évoquer quelques derniers points sans lesquels le film de Schoedsack et Cooper aurait un aspect un peu différent.

Pour garder des coûts raisonnables apparaissant sur les livres de compte du studio, Merian C. Cooper a emprunté beaucoup de choses appartenant à d'autres productions RKO pour élaborer Skull Island. Comme on l’a déjà vu, la plupart des décors de l’ile de Kong proviennent directement des Chasses du Comte Zaroff. Ce que l’on sait moins c’est que la Grande Muraille qui sépare le village indigène de la nature sauvage de Skull Island est un rhabillée du temple de Jérusalem, construit en 1927 pour Le Roi des Rois de Cecil B. DeMille. La gigantesque porte est empruntée au segment babylonien du film Intolerance : Love's Struggle Through the Ages de D.W. Griffith (1916). Pour l’anecdote, sachez que cette fameuse porte réapparue dans le serial The Return of Chandu en1934, puis en 1935 pour une autre production de Cooper : She, d’après le roman de H. Rider Haggard, avant de partir en fumé pour les besoins d’Autant en Emporte le Vent en 1939 et sa fameuse scène de l’incendie d’Atlanta. En effet, le mur en feu qui s’écroule au passage du chariot conduit par Rhett (Clark Gable) n’est autre que la muraille de King Kong. Certaines huttes indigènes sont les restes de L’Oiseau de Paradis, un film de King Vidor sorti en septembre 1932, avec Joel McCrea, Dolores del Rio, Lon Chaney Jr. et un certain John Halliday (on voit où notre icône nationale a été chercher son pseudo). L’histoire se déroule sur une île d’Océanie où un occidental s’éprend de Luana, la fille du roi de l'île. Mais la belle indigène est promise par son père au prince d'une île voisine. De plus, lorsque le volcan local se réveille, la coutume veut qu'une jeune fille soit sacrifiée pour l'apaiser, Luana étant choisie… Déjà, quelques mois à peine avant King Kong, une histoire de sacrifice à une divinité (ici un volcan) sur une île exotique où débarque l’homme blanc…




Intolérance (1916). La porte ne figure pas sur cette photo mais ce cliché illustre parfaitement le gigantisme des décors, parmi les plus impressionnants jamais crées sur un plateau de cinéma.





Le Roi des Rois (1927). La construction du temple de Jérusalem et le mur (à droite) qui servira de grande muraille pour King Kong.





She (1935). La porte de King Kong ici réutilisée pour un autre grand classique du cinéma fantastique produit par Merian C. Cooper.





Autant en Emporte le Vent (1939). Cette affiche française reprend justement la fameuse scène de l'incendie d'Atlanta où le grand mur de Skull Island finit dévoré par les flammes.





Autant en Emporte le Vent. Bye bye la muraille !





L'Oiseau de Paradis (1932). L'équipe en plein tournage dans le village indigène dont les huttes serviront à nouveau pour King Kong.






Cette illustration pour l'Oiseau de Paradis (Bird of Paradise), issue de l'exhibitor book de la RKO pour l'année 1932, me fait furieusement penser à Jessica Lange dans le remake de King Kong en 1976.





Et bien sûr, comment ne pas citer l’Empire State Building, sans doute le gratte-ciel le plus célèbre de la planète, situé dans l'arrondissement de Manhattan, à New York. Inauguré le 1er mai 1931, l’édifice, qui mesure 381 mètres (443,2 m avec l’antenne) et compte 102 étages, était à l’époque le plus haut immeuble du monde, et ce jusqu’en 1967. Il garda néanmoins son titre du plus haut bâtiment de New York jusqu’en 1973, date de l’inauguration des tours jumelles du World Trade Center, devenues le nouveau symbole de la puissance américaine et nouvelles icônes de New York avec leurs 415 mètres chacune, ce qui leur vaudra d’être choisi pour remplacer l’Empire State Building dans le remake de King Kong en 1976.





C’est donc en 1933, dans King Kong, qu’apparaît pour la première fois au cinéma l’Empire State Building. C’est incontestablement l’apparition la plus célèbre de ce gratte-ciel sur le grand écran, étant donné qu’elle remonte quasiment à la construction du bâtiment, mais aussi parce que la fameuse scène où King Kong l’escalade a fait le tour du monde. En effet, l’Empire State Building était le seul véritable bâtiment de l’époque à la mesure de King Kong, ce qui explique le choix des scénaristes.





En 1983, pour le 50e anniversaire du film, un King Kong gonflable fut placé sur l’immeuble.





Peu s’en souviennent aujourd’hui mais, à l’origine, le mât de l’édifice devait servir de point d’amarrage à des ballons dirigeables, considérés à l’époque comme les transporteurs de luxe du futur. Un ascenseur avait ainsi été spécialement mis en place entre le 86e et le 102e étage, afin de transférer les passagers qui devaient embarquer. Cependant, le projet fut abandonné en raison de risques importants, notamment à cause de courants d’air ascendants, engendrés par la taille de l’immeuble. La première tentative d’amarrage avait pourtant été un succès, mais lors du second essai, le dirigeable qui devait s’arrimer ne fut pas loin de se renverser, et son ballast rempli d’eau se déversa sur des passants, pourtant situés plusieurs blocks plus loin.

Dans le film Capitaine Sky et le Monde de Demain (2004) on voit d’ailleurs le zeppelin Hindenburg III s’arrimer à la pointe de l’Empire State Building. Le film se déroule dans une réalité alternative, probablement en 1939, à la veille de l’Exposition "Le Monde de Demain", qui donne son nom au film, où figuraient de nombreuses nouvelles inventions, symboles d’une avancée technologique grandissante. Un autre indice sur la date nous est révélé lors d’une scène où deux protagonistes se donnent rendez-vous au Radio City Hall, cinéma mythique de New York d’une capacité de 5000 sièges où eu lieu l'avant première de King Kong en mars 1933. Le film projeté lors de cette rencontre n’est autre que Le Magicien d’Oz, sorti justement en 1939…




Une illustration et une photo montrant toutes deux l’amarrage des ballons dirigeables à l'Empire State Building.





Pour ceux qui pourraient penser que la taille du dirigeable est un peu disproportionnée par rapport à l'Empire State Building, voici un cliché du Hindenburg qui illustre à merveille les imposantes proportions de ce véritable géant des airs.







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MessagePosté le: 08/03/2014, 21:26    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant

Avant de clore ce dossier définitivement, j’aimerais vous conter une légende. C’est même par là que j’aurais dû commencer ce dossier mais je n’ai eu connaissance de la chose que tout récemment et, après tout, c’est tant mieux. Car en effet, la légende de la Cité Blanche, associé par certain à la Cité du Dieu Singe, n’est pas sans rapport avec notre sujet et permet de boucler la boucle en toute logique.

Xucutaco (en langue nahuatl) ou Hueytapalan (en maya), la "Cité Blanche", est une ville précolombienne mythique qui serait située dans les terres de la Côte des Mosquitos à l'est de l'actuel Honduras.

Cette cité est évoquée pour la première fois par le conquistador Hernan Cortes dans la cinquième lettre de sa correspondance à Charles Quint (datée de 1526) : "J'ai en effet des renseignements sur de grandes et riches contrées, gouvernées par de puissants seigneurs, avec grand état de cour et notamment le royaume de Eneitalapan, en autre langue, Xucutaco, dont on m'a parlé depuis six ans (...). D'après ce que l'on en dit, et quand on en retrancherait la moitié, ce royaume dépasserait celui de Mexico en richesse et l'égalerait pour la grandeur de ses villes, la multitude de ses habitants et l'ordre qui la gouverne". Cortes y précise également qu'il aurait entendu parler de Xucutaco dès les premiers temps de son arrivée dans l'empire Aztèque, en 1519.

La ville, située dans la jungle, aurait été abandonnée par ses habitants au milieu du XVIIe siècle. Les Espagnols partis à sa recherche n'en trouvèrent jamais la trace. Évêque du Honduras, Cristobal de Pedraza partit en 1544 à la recherche de la fameuse cité. Dans une lettre adressée à Charles Quint, il décrit son voyage à travers la jungle de la Côte des Mosquitos. Il y dit notamment avoir vu - depuis le sommet d'une montagne - une grande ville située dans une vallée. Selon ses guides, les nobles de cette cité mangeraient dans des assiettes d'or.

Suite à cela, la légende n'a cessé de se développer, se liant avec les mythologies locales. Ainsi, Xucutaco fut parfois créditée de lieu de naissance du dieu aztèque Quetzalcoatl. Il serait également question d'idoles d'or et de pierres blanches sculptées, donnant son surnom à la cité. Dans notre histoire moderne, la première mention de la Cité Blanche fut faite par l'aviateur Charles Lindbergh qui disait avoir observé les ruines d'une ancienne et extraordinaire métropole alors qu'il survolait le Honduras en 1927.




La statue du Dieu Singe, vue par un artiste d'après les descriptions des indiens Payas faites à Theodore Morde.



Tout cela est bien joli me direz vous, mais quel rapport avec King Kong ? J'y viens, j'y viens. Lors des différentes expéditions entreprises pour retrouver la cité, certains ont cru être arrivé à leurs fins. Lors d'une expédition menée en 1933 par le gouvernement du Honduras, les indiens locaux rapportèrent aux explorateurs des rumeurs concernant de vastes ruines entourées d'une jungle inextricable. Ils appelaient ce lieu la Cité du Dieu Singe. Les indigènes avaient peur de s'en approcher car ils croyaient à une malédiction selon laquelle quiconque pénétrerait en ces lieux succomberait à la morsure d'un serpent venimeux dans le mois qui suit. Lors d'une expédition ultérieure en 1939, l'explorateur Theodore Morde, après quatre mois de recherche, localisa dans une région quasiment inaccessible ce qu'il croyait être la Cité du Dieu Singe : la capitale du peuple Chorotega, une ancienne et mystérieuse civilisation qui aurait précédé les Mayas et les Aztèques.

De retour aux Etats Unis, Morde raconta, dans un article paru dans The American Weekly (un tabloïd du dimanche édité par l'auteur Abraham Merritt) comment il voyagea pendant des semaines à travers des marais, puis fut contraint de franchir des rivières et gravir des montagnes tout en devant affronter malaria, serpents mortels, insectes vicelards et bêtes sauvages avant d'arriver devant des ruines qu'il interpréta comme étant les restes d'un mur d'enceinte entourant une vaste cité. Ses guides (des indiens Payas) lui racontèrent qu'autrefois s'élevait à cet endroit un temple avec un large escalier menant à la statue du Dieu Singe. Morde n'hésite d'ailleurs pas à faire un parallèle entre cette divinité sud américaine et le dieu singe Hanuman de la tradition Hindoue. Les guides rapportèrent également que le temple était pavé d'une grande allée, bordée de statues de pierres à l'effigie de singes. Au cœur du temple se trouvait une imposante plateforme de pierre sur laquelle trônait la statue du Dieu Singe lui même. L'endroit était à l'origine un lieu de sacrifice. Les marches menant à la plateforme étaient flanquées d'immenses balustrades dont l'une commençais par l'imposante sculpture d'une grenouille et l'autre d'un crocodile. La cité aurait été habité par les Chorotegas, il y a de cela un millier d'années ou plus. Le temple ne fut jamais découvert mais, grâce à la tradition orale, les guides Payas tenaient des descriptions précises de leurs ancêtres qui l'avaient vu jadis.

Les légendes indiennes rapportées à Morde sont également très significatives. Le nom indigène pour singe est Urus, ce qui signifie "fils des hommes velus". Leurs géniteurs, ou ancêtres, sont les Ulaks, des êtres moitié hommes et esprits, qui vivent sur le sol, marchent en position verticale et ont l'apparence de grands hommes singes couverts de poils. Un jour, trois Ulaks pénétrèrent dans un village indien pour capturer trois jeunes filles parmi les plus belles de la tribu. Ils les emportèrent dans leurs grottes, situées aux sommets des montagnes afin qu'elles vivent avec eux et s'occupent de leurs progénitures. De cette union naquirent non pas des d'enfants humains, voir mi hommes mi singes, mais les petits Urus, de vulgaires singes. Voilà pourquoi on les appellent "fils des hommes velus". Les indiens Nahuat rapportèrent une histoire similaire aux anthropologues qu'ils rencontrèrent bien des années plus tard.

Morde, avec force détails, décrit également "la danse des singes morts", un rite perverti de cette ancienne forme d'adoration qui poussaient le peuple Chorotega à pratiquer des sacrifices humains au Dieu Singe, perpétré comme une forme de vengeance à la capture de leurs femmes par les hommes velus. Les guerrier de la tribu doivent tuer chacun trois singes - l'équivalent des trois Ulaks qui ravirent leurs ancêtres - puis les empalent sur de longues flèches qu'ils plantent à coté d'un feu. C'est alors que débute "la danse des singes morts". Alors que la chaleur des flammes commence à affecter muscles et tendons, les queues des primates se contractent, les bras et les jambes sont secoués de spasmes, les corps se tordent et tremblent pendant que les membres de la tribu poussent des cris de vengeance. Un spectacle pas du tout plaisant à regarder selon Morde, surtout si on considère la quarantaine ou plus de singes hurleurs utilisés pour cette macabre cérémonie nocturne en pleine jungle, éclairée par la seule lueur des feux de camp.




La danse des singes morts, rite macabre pratiqué par certains indiens du Honduras et décrit par Theodore Morde en 1940.



Si ces légendes ont un quelconque fondement, doit-on voir dans les Ulaks, ces grands hommes velus, une sorte d'équivalence sud américaine au bigfoot ou au yeti ? En tout cas, Morde, parti à leur recherche durant plusieurs jours dans les profondeurs de la jungle, n'en a jamais trouvé trace...

Pour rajouter au trouble de cette histoire édifiante, la personnalité de Theodore Morde, par certains aspects, n'est pas sans rappeler celle de Merian C. Cooper. Tour à tour commentateur radio, journaliste ayant couvert plusieurs guerres, aventurier, explorateur, diplomate, espion pour l'OSS et producteur de journeaux télévisés, il reste surtout connu pour avoir revendiqué la découverte de la Cité du Dieu Singe, tout comme Cooper, qui, avec un égal bonheur s'est essayé à toutes sortes d’activités mais reste avant tout dans les mémoires pour être le "papa" de King Kong. Ce n'est qu'après la mort de Morde (un présumé suicide), en 1954, que plusieurs auteurs ont associés la Cité du Dieu Singe à Xucutaco, la Cité Blanche. L'explorateur prévoyait d'organiser une seconde expédition en 1941 pour étendre ses recherches mais ne le fit jamais, de même qu'il ne révéla jamais l'emplacement exacte de sa découverte.

Depuis, et avec plus ou moins de bonheur, les expéditions se sont succédé jusqu'à nos jours. Des ruines situées dans le département de Gracias a Dios (plus précisément dans l'ancien département de la Mosquitia), au Honduras, correspondraient à la mythique Xucutaco. Un système de cartographie au laser appelé Lidar (mis au point par la NASA) a permis de mettre en évidence d'immenses structures ainsi que des routes, des réservoirs, des tombes et même des pyramides.

Après avoir passé en revue les innombrables références littéraires, artistiques et cinématographiques qui ont pu aboutir à la naissance de la Huitième Merveille du Monde, n'est-il pas surprenant de constater que bien avant tout ça, une ancienne et mystérieuse civilisation perdue au milieu de la jungle pratiquait des sacrifices humains à leur dieu, un singe représenté par une colossale statue de pierre ? Et ces grands hommes velus qui capturent des femmes pour les emporter dans leurs repaires situés aux sommets des montagnes, qu'en penser ? Nous ne saurons sans doute jamais quel crédit apporter à cette légende et aux dires des indiens Payas, mais voilà une histoire fort étonnante qui méritait bien que l'on s'y attarde un peu.

FIN
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Titou.65
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MessagePosté le: 09/03/2014, 23:44    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant

Je n’ai qu’une chose à dire :
« GRANDIOSE »
Une fois de plus tu nous offre de dossier à la mesure du roi Kong. Ce n’est pas faute d’acheter des livres en pagaille sur le sujet, mais je n’ai jamais vue autant d’infos et de précision que sur tes articles.
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MessagePosté le: 11/03/2014, 08:56    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant

Un dossier d'une incroyable richesse, sans doute mon favori sur tout le Forum.

Merci encore SKULL pour partager tes recherches avec nous, et long live the King.
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T-REX 95
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MessagePosté le: 11/03/2014, 15:58    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant

Vraiment impressionnant, l'un des meilleurs que tu ais fait dans tout ce forum
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Pijalk
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MessagePosté le: 11/03/2014, 18:51    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant

Quel dossier croustillant ! Je vais avoir de la lecture pendant un sacré moment !
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Q5
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MessagePosté le: 11/03/2014, 20:32    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant

J'attendais que tu ais fini ce dossier pour te féliciter pour ce dossier vraiment énorme et très bien fait, et te remercier pour les heures de lectures très instructives que tu m'as offerte Skull !! 

Ton dossier est probablement le plus complet jamais fait sur les origines du Roi de Skull Island ! En le lisant, on se rend compte qu'en fait King Kong 1933 n'a quasiment rien inventé : Ni le gorille géant, ni le gorille qui tombe amoureux, ni le gorille escalateur, ni le gorille géant qui dévaste une ville, ni l'île perdue remplie de dinosaures, ni même le gorille vénéré par les indigènes d'une île nommé "Kong" !

C'est dingue...
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Pijalk
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MessagePosté le: 11/03/2014, 21:56    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant

Q5 a écrit:
En le lisant, on se rend compte qu'en fait King Kong 1933 n'a quasiment rien inventé : Ni le gorille géant, ni le gorille qui tombe amoureux, ni le gorille escalateur, ni le gorille géant qui dévaste une ville, ni l'île perdue remplie de dinosaures, ni même le gorille vénéré par les indigènes d'une île nommé "Kong" !

C'est dingue...


Et pourtant... quel film révolutionnaire ! :haha:
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MessagePosté le: 12/03/2014, 22:00    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant

Un grand merci à tous.

Vos messages me font très plaisir mais ils sont surtout très encourageants et motivants. Au moins je sais que je n'ai pas fait tout ça pour rien. Dans ce genre de gros dossier, qui peuvent s'étendre sur un an ou plus, il y a toujours un moment où je sature au point de lâcher l'affaire pendant plusieurs mois. Oui, le croiriez-vous ? J'arrive à me dégouter tout seul ! Mais quand je vois le résultat final et vos messages, je sais que ça en valait la peine.

Si tout se déroule sans anicroche, le prochain gros dossier devrait porter sur les scènes coupées de King Kong, avec une très large place accordée à la mythique scènes des araignées. Depuis trois ans que je l'annonce régulièrement, il est vraiment temps que je m'en occupe sérieusement.

Merci encore pour l’intérêt que vous portez à mes "singeries" et désolé de ne pas être aussi interactif à tous vos posts. Certains d'entre vous font également un travail formidable et, si je ne le vous dit pas assez, je suis très fier de ce que ce forum est en train de devenir depuis un peu plus d'un an grâce à quelques membres très actifs.

Continuez comme ça les gars !
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Savin
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MessagePosté le: 12/03/2014, 23:11    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant

Malgré du retard, je me joins aux commentaires précédents pour te féliciter également de ton super dossier !
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T-REX 95
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MessagePosté le: 12/03/2014, 23:15    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant

Alors ça sera sur toutes des scènes coupé , avec se que tu nous a fournis ont sera se montré encore patients.
Je te remercies égalements KULL
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SUPERMEGALOSAURUS
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MessagePosté le: 24/04/2014, 19:22    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant

Encore de la bombe à chaque post Skil ; des fois je me dis qu'il est heureux que tu ne sois pas né il y a deux milles ans, tu aurais été capable de nous pondre un cinquième testament ou une annexe au Talmud de 6000 pages à toi tout seul. On est déjà assez emmerdés comme ça !


Mille bravos pour ce travail de titan, c'est un émerveillement sans cesse renouvelé que de te lire.
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MessagePosté le: 04/06/2014, 10:19    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant

Je me joins au cortège de louanges pour saluer un travail monumental, une iconographie riche et une mine d'informations. Superbe dossier, qui permet d'explorer un large pan du cinéma, finalement.
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MessagePosté le: 22/02/2017, 20:25    Sujet du message: Les origines de King Kong Répondre en citant

Toujours aussi admirable et enrichissant ce dossier. À lire et à relire, encore et encore.

Nous ne te remercierons jamais assez, Skull !

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