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LES BOBINES PERDUES DE KING KONG

 
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SKULL.ISLAND
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MessagePosté le: 27/01/2015, 16:18    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant

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Il y a 82 ans exactement, vers la fin janvier 1933, eu lieu à San Bernardino (Californie) une soirée très particulière où quelques rares personnes eurent la chance inestimable d’assister à une projection historique. Ils n’étaient qu’une poignée à l’époque et ne mesuraient certainement pas l’importance du moment qu’ils étaient en train de vivre. Ils sont aujourd’hui des milliers, que dis-je, des centaines de milliers à rêver que s’ils possédaient une machine à remonter le temps, c’est certainement là qu’ils se rendraient en premier, dans un petit cinéma de San Bernardino, pour s’émerveiller devant la projection du premier montage de King Kong avant la sortie officielle du film, qui eu lieu deux mois plus tard.

Mais ce King Kong était quelque peu différent du film que nous connaissons aujourd’hui : plus long, encore plus spectaculaire peut être, et certainement un peu plus effrayant aussi. C’est à l’issue de cette projection décisive que Merian C. Cooper décida d’effectuer de larges coupes dans son chef d’œuvre et de l’amputer de plusieurs scènes qui n’ont jamais refait surface depuis ce mois de janvier 1933, ce qui n’empêcha pourtant pas l’une d’elle de passer à la postérité. Je veux bien sûr parler de la fameuse scène dite « des araignées » (ou « Spider Pit Scene » comme l’appellent les américains) qui a fait couler beaucoup d’encre depuis que le regretté Forrest J. Ackerman en ai exhumé le souvenir dans sa célèbre revue Famous Monsters of Filmland dans les années 60.

La scène des araignées, si elle reste de loin la plus « connue », n’est pourtant pas la seule à avoir fait les frais de la rigueur de Cooper. C’est en fait trois bobines entières qui repassèrent sur la table de montage et furent expurgées du métrage après la séance test. Que contenaient ces bobines et qu’en est-il advenu ? C’est ce que propose de découvrir ce topic maintes fois annoncé et sans cesse repoussé qui prenait des allures d’Arlésienne.

Ce gros dossier, qui va certainement s’étaler sur plusieurs mois, commencera par la bobine d’essais réalisée avant le tournage proprement dit et qui contenait déjà la scène des araignées ainsi que quelques autres qui ont malheureusement disparues. Puis ce sera le tour des scènes supprimées du montage original, au bas mot une bonne vingtaine de minutes. Pour ceux qui s’inquiéteraient du développement succinct de la scène des araignées lors de cette partie, pas de panique. Ladite scène aura droit à une explication en profondeur peu après, avec la traduction intégrale d’un long et superbe article en trois parties qui lui a été consacré dans trois numéros successifs du magazine américain Filmfax en 2009.

Afin de préserver la fluidité du dossier, merci à tous de bien vouloir attendre la fin pour débattre, poser vos questions ou apporter un commentaire. Et si l’envie de vous saisir de votre clavier vous démange de trop, vous pouvez toujours envoyer un M.P.
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MessagePosté le: 27/01/2015, 17:05    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant

LES BOBINES PERDUES DE





ET LA SCENE DES ARAIGNEES








CHAPITRE I : LA BOBINE D'ESSAIS




Avant de parler de la bobine proprement dite il convient de situer le contexte dans lequel elle a été tournée. Nous sommes en septembre 1931. Cooper a déjà l’idée de King Kong dans la tête depuis quelques années mais n’a pas encore trouvé les moyens de la concrétiser. L’opportunité va lui en être donné grâce à David O’Selznick, fraîchement nommé à la tête du département production de la RKO, qui engage Cooper comme assistant pour l’aider à faire le tri dans les production en cours. En effet, la compagnie est touché de plein fouet par la crise et se trouve au bord de la faillite. Il faut effectuer des coupes sévères dans les budgets et supprimer les productions dont la rentabilité est trop incertaine.

Parmi ces projets hasardeux se trouve Creation, un film de monde perdu peuplé de dinosaures sur lequel travaille Willis O’Brien et son équipe depuis plus d’un an. Cooper ne voit pas le potentiel commercial dans ce projet et décide d’arrêter la production qui déjà englouti un budget conséquent alors que seulement vingt minutes de métrage ont été tournées. Cooper est en revanche fasciné par le coté technique de Creation et voit immédiatement dans le travail d’O’Brien le moyen de pouvoir porter à l’écran son projet de gorille géant.

Les dinosaures construits par Marcel Delgado pour Creation, ainsi qu’une partie des décors, vont être ainsi recyclés pour les besoins de ce qui va devenir King Kong. De plus, le très pragmatique Cooper autorise la mise en chantier d’un autre projet, l’adaptation des Chasses du Comte Zaroff, dont il compte utiliser les décors de jungle pour les intégrer à Kong.*

Mais, avant d’entamer le tournage d’un film dont l’idée pouvait paraître farfelue, il fallait persuader certains dirigeants réticents de la branche new yorkaise de la RKO de financer un tel projet. Cooper reçut l’autorisation de Selznick de tourner une bobine d’essai qui serait soumise à la direction. On lui accorda de garder O’Brien et son équipe jusqu’à ce que l’on sache si le film pouvait être vraiment être réalisé. Le film fut inscrit sur le planning sous le nom de Production 601.




Une scène de Creation.



Il s’agissait maintenant pour Cooper de savoir comment tourner, avec un budget pratiquement inexistant, une bobine de film suffisamment spectaculaire pour faire effet sur des administrateurs qui n’étaient d’accord sur rien si ce n’est sur le fait que chaque dollar devait être géré avec parcimonie. La façon dont il parvint au résultat souhaité illustre bien le génie d’organisation qu’on lui connaissait.

Après en avoir discuté avec O’brien, Cooper demanda à Delgado s’il serait possible de construire un gorille qui, à l’écran, paraîtrait aussi grand qu’un dinosaure. Delgado répondit affirmativement et on lui demanda de se mettre au travail. Une fois Cooper parti, O’Brien dit à Delgado de donner à ce singe une apparence presque humaine. Selon ces critères, Delgado dessina une chose monstrueuse qui alliait les traits de l’homme à ceux du singe.

« Je n’ai jamais rien vu d’aussi drôle ! », s’écria Cooper lorsqu’il vit l’œuvre achevée. « On dirait un croisement entre un singe et un homme à poil long. Bon sang mais c’est un gorille de race pure que je veux mettre à l’écran ! » Après y avoir encore longuement travaillé, Delgado créa un deuxième Kong plus vivant, mais qui conservait encore quelques caractéristiques humaines. Il ne fut encore pas du goût de Cooper.





« Je veux que Kong soit la créature la plus féroce, la plus brutale et la plus monstrueuse qu’on n’ait encore jamais vue » dit Cooper d’un ton péremptoire. O’Brien rétorqua que ce n’était pas avec un singe monstrueux dépourvu de toute caractéristique humaine que l’on pourrait émouvoir l’auditoire. Mais Cooper était intransigeant : « il fera crier les femmes et plus il sera brutal et plus elles crieront ». Cooper regagna son bureau et appela l’American Museum of Natural History de New York, pour demander les dimensions exactes d’un grand gorille mâle. Dans l’après-midi du 22 décembre 1931, il remit entre les mains d’O’Brien un télégramme du conservateur de Zoologie :

DIMENSIONS GRANDS GORILLES MALES HAUTEUR TETE AUX PIEDS UN METRE SOIXANTESEPT ET DEMI ENVERGURE BRAS ETENDUS DEUX METRES CINQUANTE CINQ TOUR DE POITRINE UN METRE CINQUANTE CIRCONFERENCE AUTOUR DU VENTRE UN METRE QUATRE VING - STOP - PHOTOGRAPHIES DE SQUELETTES HUMAINS ET DE GORILLES ADULTES VOIR HAECKEL VOLUME DEUX PAGE MILLE SEPT CENT QUATRE VINGT DIX HUIT POUR AUTRES RENSEIGNEMENTS VOIR YERKES MILLE NEUF CENT VINGT NEUF LES GRANDS SINGES ET DUCHAILLU MILLE NEUF CENT SOIXANTE DEUX AVENTURES EN AFRIQUE EQUATORIALE – STOP – HARRY C. RAVEN.

« Voilà ce que je veux ! », s’écria Cooper, après quoi O’Brien fit part de sa démission et se retira d’un pas hautain. Après avoir pris quelques verres au bar voisin, O’Brien retourna au travail. Cette scène devait se reproduire plusieurs fois dans l’année à venir. Cette fois-ci Delgado fit le gorille selon les directives de Cooper, trichant seulement sur les dimensions du ventre et de l’arrière train.





Kong faisait quarante cinq centimètres de haut. Le squelette était en duralumin trempé et on l’avait doté de muscles pour réagir, ce qui explique pourquoi Kong apparaît vivant et non figé. On le recouvrit de peau de lapin légèrement recoupée ce qui n’a jamais plu à Delgado car il savait que les empreintes des animateurs marqueraient dessus.







* Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur les détails de cette histoire, se reporter au dossier sur les origines de King Kong à cette page :

http://king-kong.fansforum.info/t560-Les-origines-de-King-Kong.htm?start=15
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MessagePosté le: 08/02/2015, 23:48    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant



Cette tête en plâtre, certainement réalisée par Marcel Delgado et retrouvée dans les affaires personnelles de Willis O'Brien après sa mort, est le tout premier prototype de Kong approuvé par Merian C. Cooper, à partir duquel ont été fait tous les modèles articulés utilisés sur le film.





Une tête d'une taille intermédiaire, sculptée par l'équipe de Willis O'Brien, sans doute pour affiner le design.







L'une des armatures originales, mises aux enchères chez Christies il y a quelques années.





Une armature similaire mais à qui il manque la main droite. Les photos datent des années 60/70.



Deux armatures différentes, nues et habillées :







Dernière édition par SKULL.ISLAND le 09/02/2015, 02:32; édité 2 fois
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MessagePosté le: 09/02/2015, 01:27    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant

En cette fin d’année 1931, le 5 décembre exactement, Edgar Wallace, le célèbre écrivain anglais, posait le pied à Hollywood car il venait d’être engagé par la RKO pour écrire des scénarios de films. King Kong, qui s’appelait alors The Beast, devait être le premier sur lequel il devait travailler. Le 12 décembre, soit dix jours avant que Cooper n’envoie à Willis O’Brien et son équipe le fameux télégramme précisant les dimensions d’un véritable gorille, Wallace visita l’atelier d’O’Brien et assista au tournage d’une prise d’essai dans laquelle des membres de l’équipe technique, improvisés acteurs pour l’occasion, jouaient devant un écran projetant un film test avec des dinosaures en pleine action. Un passage dans le journal de Wallace décrit cette visite dans une ancienne salle de projection reconvertie en atelier par l’équipe d’O’brien. Wallace y raconte avoir vu plusieurs modèles de gorilles dans des états plus ou moins avancés ainsi que des maquettes de dinosaures et plusieurs décors réduits.




Durant les premiers essais, le personnage féminin était remplacé par une figurine.




Mais, peu après son arrivé à Hollywood, Edgar Wallace décédait le 10 février d’une pneumonie, non sans avoir eu le temps toutefois d’écrire un traitement de 110 pages pour The Beast. Cette ébauche de scénario prenait en compte divers éléments de Creation qui devaient être réutilisés pour King Kong (décors, dinosaures) mais servit également à Willis O’Brien, Mario Larrinaga et Byron Crabbe pour réaliser tous les croquis et dessins de production dont ils auraient besoin dans la mise en image de la bobine d’essais. Pour palier au décès de Wallace, Ruth Rose (Madame Schoedsack à la ville) et James Creelman furent recrutés pour écrire le scénario.*

Vers la fin du mois de février 1932, Cooper et O’Brien commencèrent le tournage des scènes techniques d’essai sur le plateau 3 des studios de la RKO. Le titre provisoire du film était devenu The Eighth Wonder. Tandis qu’on renvoyait les visiteurs, les techniciens et les cameramen se mirent au travail en équipes séparées par de hautes tentures noires pour empêcher la lumière de passer d’une installation à l’autre. A ce moment là, le singe, haut de quarante cinq centimètres, et quelques uns des dinosaures en duralumin et caoutchouc, construits initialement pour Creation, étaient les seuls acteurs dont on avait besoin.





Le tyrannosaure et le styracosaure de Creation, prêts à l'emploi.






Une partie de l'équipe technique en compagnie des différents modèles de Kong durant la pré-production.



Par la suite, Marcel Delgado, en compagnie de son frère et d’une partie de l’équipe technique, conçu le bras grandeur nature et la main géante de Kong qui devait accueillir l’héroine. Fay Wray n’ayant pas encore été recrutée à ce stade de la production, C’est Zoe Porter, la secrétaire de Merian C. Cooper, qui accepta de servir de cobaye pour les essais comme le montre les photos ci-dessous.




Marcel Delgado et son frère en pleine fabrication de la main grandeur nature.





Zoe Porter dans la main de Kong à un stade plus avancé.




Alors que le scénario avançait petit à petit et que les premières scènes d’effets spéciaux étaient mises en boite, Fay Wray et Robert Armstrong furent engagés pour figurer au générique des Chasses du Comte Zaroff qui se tournait en parallèle dans les studios de la RKO. Le rôle principal, quand a lui, fut attribué à Joel McCrea. Les trois acteurs étaient pressentis pour jouer également dans King Kong mais on fit appel à Bruce Cabot pour tourner la scène où Kong secoue le tronc d’arbre sur lequel s’engagent les marins pour échapper à un dinosaure qui les poursuit.

Dans son rôle, Bruce Cabot devait descendre le long d’une liane partant du tronc d’arbre et sauter dans la grotte qui se trouvait sur le flanc du rocher. Le ravin était placé bien au dessus du plateau et les cascadeurs, qui devaient tomber du tronc d’arbre, atterrissaient dans un filet. Après quelques journées de ce genre, l’acteur, inexpérimenté, couvert de bleus et fourbu, commença à se poser de plus en plus de questions sur son rôle. Alors qu’il se reposait un jour avec les cascadeurs, l’un d’entre eux lui demanda :

Mais quel rôle jouez vous donc dans ce film de dingues ?

On m’a dit que j’étais le héros, dit Cabot.

C’est qu’on vous a menti, fit le cascadeur. Tout ce que vous faites c’est ce qu’il y a de plus dur à la place de Joel McCrea le temps qu’il termine son autre film. Les autres acquiescèrent.

Cabot essaya de se persuader que cette histoire n’était qu’une rumeur qui circulait dans le studio, mais lorsqu’il apprit que les cascadeurs gagnaient plus que ce que lui rapportait son modeste contrat, il fut convaincu que ce n’était pas seulement une rumeur. Cabot, furieux, alla voir Cooper et lui fit part de sa démission.

Mais alors, Kong ? demanda-t-il, créant ainsi involontairement une réplique pour son film.

Vous pouvez le fiche en l’air votre Kong ! s’écria l’acteur tout en quittant le plateau.

Cooper alla trouver Cabot avant qu’il n’ait le temps de quitter la ville et lui assura qu’il était vraiment la vedette de Kong. Il était vrai que le rôle avait été attribué à McCrea, le petit blond du studio à l’époque, mais le studio insista tellement pour qu’on lui donnât des appointements doubles pour certaines scènes éprouvantes que Cooper se mit en quête d’un acteur moins exigeant.

Restez dit Cooper d’un ton suppliant. Si vous partez on est fichu. Cabot accepta de revenir et c’est seulement plus tard qu’il réalisa qu’il aurait dû demander plus. Toujours est-il que son salaire fut réduit peu après dans le cadre des mesures économiques prises par Selznick.





Bruce Cabot durant le tournage de la scène du tronc d'arbre surplombant le ravin, en compagnie de deux personnes non identifiées, sûrement des exécutifs de la RKO.




Vers mai/juin 1932, Cooper commença à tourner les premières scènes live dans les décors de jungle construits pour Les Chasses du Comte Zaroff. Certaines de ces scènes furent incorporées dans la bobine test montrée plus tard aux exécutifs de la RKO. Le scénario était toujours en constante révision et une bonne partie des dialogues était improvisée. Les décors devaient être démontés dès la fin du tournage des Chasses du Comte Zaroff et Cooper filma toutes les scènes de jungle pendant cette période. La dernière scène tournée était celle où Driscoll et Ann s’enfuient à travers la jungle après s’être échappés du repaire de Kong.

C'est également au mois de mai 1932 qu'apparurent dans la presse spécialisée les premières annonces pour le film, alors rebaptisé Kong. Celles qui sont reproduites ci-dessous sont respectivement issues de Variety et de Motion Picture Herald :









* Pour plus de détail concernant le scénario original d'Edgar Wallace, consulter le topic correspondant à cette page :

http://king-kong.fansforum.info/t298-KONG-THE-BEAST.htm
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MessagePosté le: 10/02/2015, 16:01    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant

Au cours de l’été 1932, alors que Les Chasses du Comte Zaroff était déjà en boite, le secret qui entourait Kong n’empêchait pas que l’on ne parla que de lui dans les studios. Enfin terminée, la bobine d’essais, une dizaine de minutes de spectacle atroce mais captivant, était conçue de telle façon que le spectateur restât sur sa faim. Une douzaine de grands croquis détaillés illustraient de façon vivante les scènes principales prévues pour le film. Larrinaga et Crabbe les reproduisirent au fusain d’après les esquisses d’O’Brien représentant l’action.

















Ce n’est qu’au moment de projeter la bobine d’essais que Cooper dévoila les croquis. Bien qu’exécutés alors que le script n’était encore qu’un amas d’idées confuses, ces croquis dépeignaient une action qui, dans sa majeure partie, se trouve dans la production définitive. Certains d’entre eux, cependant, diffèrent du métrage ou montrent des scènes qui n’y figurent tout simplement pas. Ceci s’explique par le fait que ces croquis furent réalisés d’après le traitement original d’Edgar Wallace qui dépeignait des évènements abandonnés dans la nouvelle mouture du scénario concocté par Ruth Rose et James Creelman.

Le premier croquis, par exemple, montre bien un brontosaure qui attaque un groupe d’homme mais si on regarde bien, ceux-ci se trouvent dans une chaloupe et non sur un radeau comme dans le film. De plus on peut voir une femme qui les accompagne alors que, à ce moment précis, Ann est déjà sensée être prisonnière de Kong. En fait, ce groupe d’hommes n’est pas une partie de l’équipage du Venture mais une bande de condamnés dont le bateau prison a fait naufrage non loin des cotes de l’île de Kong (qui ne s’appelait pas encore Skull Island) et la jeune femme est leur otage. Sur un autre dessin, Kong lutte contre un groupe d’hommes armés de lances et de flèches. Dans le scénario de Wallace, cette scène intervenait un peu plus tard alors que les condamnés venaient d’établir un campement et que l’un d’eux, leur chef, s’apprêtait à violer leur otage. La jeune femme, prénommée Zeena ou Shirley, ne devait son salut qu’à l’apparition soudaine de Kong qui s’en prenait aux hommes et finissait par l’enlever. Enfin, un troisième dessin situé à New York montre qu’à l’origine Kong était exhibé dans un stade, enchaîné au sol, et non sur la scène d’une salle de théâtre comme dans le film.





Ce dernier croquis, qui correspond à la fois à la scène finale du film et à la toute première vision de Cooper quand il imagina King Kong, illustre bien le travail d'équipe de ses auteurs. Kong a été dessiné par Willis O'Brien, le ciel par Mario Larrinaga et les grattes ciel de New York par Byron Crabbe.



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MessagePosté le: 13/02/2015, 00:21    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant

Détail de la bobine d’essais




la bobine d'essais se composait de cent quarante sept scènes environ et s’ouvrait sur une prise de vues issue de Creation, au cours de laquelle un homme est poursuivi et tué par une mère tricératops dont il vient de tuer le bébé d’un coup de fusil. La bobine enchaînait ensuite avec une séquence où neuf des hommes du Venture, dont Denham et Driscoll, courent à bâtons rompus dans la jungle jusqu'au moment où ils arrivent à une gorge au dessus de laquelle un arbre déraciné forme un pont. Ils s'arrêtent lorsqu'ils voient Kong qui tient Ann, traverser sur le tronc d'arbre. Un Arsinoitherium épie les hommes et les charge.













Les hommes, Driscoll en tête, se précipitent vers le tronc d'arbre. Kong s'arrête dans une clairière, écoute autour de lui et dépose Ann sur le dessus d'un arbre mort, puis retourne hâtivement à la gorge. Les hommes sont encore au milieu de l'arbre lorsqu'ils voient Kong s'avancer. Driscoll descend le long d'une liane accrochée au bord du gouffre et saute dans une grotte quelques trois mètres plus bas. A l'autre extrémité du tronc d'arbre Denham s'éclipse en plongeant dans les broussailles. Les hommes restés sur le pont sont pris au piège entre Kong et l'Arsinoitherium. Kong soulève le tronc d'arbre et fait tomber deux hommes dans le gouffre. Ils atterrissent dans une boue épaisse. Un troisième homme tombe, puis deux autres et encore un autre jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un qui se cramponne au tronc d'arbre. Furieux, Kong soulève l'extrémité de l'arbre et le lâche dans la gorge.











Des lézards et des insectes monstrueux se précipitent sur les hommes qui se débattent pour les dévorer. Puis une araignée grimpe le long de la liane en direction de la grotte où se trouve Driscoll, qui coupe la liane avec son couteau de bord et fait culbuter l'araignée juste au moment où Kong passe le bras dans la grotte. Il échappe à l'énorme patte et lui assène des coups de couteau. Kong retire sa main, la lèche, et la repasse dans la grotte. Pendant ce temps, Ann revient à elle et aperçoit un serpent monstrueux au pied de l'arbre. Un tyrannosaure pénètre dans la clairière. Ann crie. Le dinosaure s'arrête et se gratte l'oreille. Kong tient presque Driscoll dans ses griffes lorsqu'il entend crier Ann. Il se précipite et lorsqu'il arrive le carnassier est sur le point de s'emparer de la jeune fille.











Les deux monstres s'engagent dans un combat titanesque au cours duquel l'infériorité de Kong au point de vue taille, par rapport au dinosaure, est compensée par sa tactique semi-humaine. Kong est projeté contre l'arbre qui tombe, et Ann se trouve coincée en dessous. Kong finit par tuer le tyrannosaure en forçant sa mâchoire. Il soulève le tronc d'arbre avec précaution et libère Ann qu'il emmène plus loin dans la jungle. Driscoll grimpe sur le rebord du gouffre et Denham l'appelle de l'autre rive. Dans l'impossibilité de franchir la gorge, Denham retourne chercher de l'aide tandis que Driscoll repart sur les traces de Kong. La séquence se termine lorsque Driscoll passe furtivement le long du corps sanglant du tyrannosaure qui respire encore, et fait s'envoler un immense vautour effrayé.











La bande d’essais fut assez bien accueillie dans l’ensemble bien que certains administrateurs hauts placés aient été hostiles au projet et aient tout fait pour empêcher sa réalisation. David Selznick lui apporta son plus grand soutien et, après avoir conseillé vivement à Merian C. Cooper de maintenir le budget dans les limites du raisonnable, on lui donna le feu vert pour la réalisation de son film en collaboration avec Ernest B. Schoedsack.
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