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LES BOBINES PERDUES DE KING KONG
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SKULL.ISLAND
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MessagePosté le: 27/01/2015, 16:18    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant

PublicitéSupprimer les publicités ?
Il y a 82 ans exactement, vers la fin janvier 1933, eu lieu à San Bernardino (Californie) une soirée très particulière où quelques rares personnes eurent la chance inestimable d’assister à une projection historique. Ils n’étaient qu’une poignée à l’époque et ne mesuraient certainement pas l’importance du moment qu’ils étaient en train de vivre. Ils sont aujourd’hui des milliers, que dis-je, des centaines de milliers à rêver que s’ils possédaient une machine à remonter le temps, c’est certainement là qu’ils se rendraient en premier, dans un petit cinéma de San Bernardino, pour s’émerveiller devant la projection du premier montage de King Kong avant la sortie officielle du film, qui eu lieu deux mois plus tard.

Mais ce King Kong était quelque peu différent du film que nous connaissons aujourd’hui : plus long, encore plus spectaculaire peut être, et certainement un peu plus effrayant aussi. C’est à l’issue de cette projection décisive que Merian C. Cooper décida d’effectuer de larges coupes dans son chef d’œuvre et de l’amputer de plusieurs scènes qui n’ont jamais refait surface depuis ce mois de janvier 1933, ce qui n’empêcha pourtant pas l’une d’elle de passer à la postérité. Je veux bien sûr parler de la fameuse scène dite « des araignées » (ou « Spider Pit Scene » comme l’appellent les américains) qui a fait couler beaucoup d’encre depuis que le regretté Forrest J. Ackerman en ai exhumé le souvenir dans sa célèbre revue Famous Monsters of Filmland dans les années 60.

La scène des araignées, si elle reste de loin la plus « connue », n’est pourtant pas la seule à avoir fait les frais de la rigueur de Cooper. C’est en fait trois bobines entières qui repassèrent sur la table de montage et furent expurgées du métrage après la séance test. Que contenaient ces bobines et qu’en est-il advenu ? C’est ce que propose de découvrir ce topic maintes fois annoncé et sans cesse repoussé qui prenait des allures d’Arlésienne.

Ce gros dossier, qui va certainement s’étaler sur plusieurs mois, commencera par la bobine d’essais réalisée avant le tournage proprement dit et qui contenait déjà la scène des araignées ainsi que quelques autres qui ont malheureusement disparues. Puis ce sera le tour des scènes supprimées du montage original, au bas mot une bonne vingtaine de minutes. Pour ceux qui s’inquiéteraient du développement succinct de la scène des araignées lors de cette partie, pas de panique. Ladite scène aura droit à une explication en profondeur peu après, avec la traduction intégrale d’un long et superbe article en trois parties qui lui a été consacré dans trois numéros successifs du magazine américain Filmfax en 2009.

Afin de préserver la fluidité du dossier, merci à tous de bien vouloir attendre la fin pour débattre, poser vos questions ou apporter un commentaire. Et si l’envie de vous saisir de votre clavier vous démange de trop, vous pouvez toujours envoyer un M.P.
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MessagePosté le: 27/01/2015, 17:05    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant

LES BOBINES PERDUES DE





ET LA SCENE DES ARAIGNEES








CHAPITRE I : LA BOBINE D'ESSAIS




Avant de parler de la bobine proprement dite il convient de situer le contexte dans lequel elle a été tournée. Nous sommes en septembre 1931. Cooper a déjà l’idée de King Kong dans la tête depuis quelques années mais n’a pas encore trouvé les moyens de la concrétiser. L’opportunité va lui en être donné grâce à David O’Selznick, fraîchement nommé à la tête du département production de la RKO, qui engage Cooper comme assistant pour l’aider à faire le tri dans les production en cours. En effet, la compagnie est touché de plein fouet par la crise et se trouve au bord de la faillite. Il faut effectuer des coupes sévères dans les budgets et supprimer les productions dont la rentabilité est trop incertaine.

Parmi ces projets hasardeux se trouve Creation, un film de monde perdu peuplé de dinosaures sur lequel travaille Willis O’Brien et son équipe depuis plus d’un an. Cooper ne voit pas le potentiel commercial dans ce projet et décide d’arrêter la production qui déjà englouti un budget conséquent alors que seulement vingt minutes de métrage ont été tournées. Cooper est en revanche fasciné par le coté technique de Creation et voit immédiatement dans le travail d’O’Brien le moyen de pouvoir porter à l’écran son projet de gorille géant.

Les dinosaures construits par Marcel Delgado pour Creation, ainsi qu’une partie des décors, vont être ainsi recyclés pour les besoins de ce qui va devenir King Kong. De plus, le très pragmatique Cooper autorise la mise en chantier d’un autre projet, l’adaptation des Chasses du Comte Zaroff, dont il compte utiliser les décors de jungle pour les intégrer à Kong.*

Mais, avant d’entamer le tournage d’un film dont l’idée pouvait paraître farfelue, il fallait persuader certains dirigeants réticents de la branche new yorkaise de la RKO de financer un tel projet. Cooper reçut l’autorisation de Selznick de tourner une bobine d’essai qui serait soumise à la direction. On lui accorda de garder O’Brien et son équipe jusqu’à ce que l’on sache si le film pouvait être vraiment être réalisé. Le film fut inscrit sur le planning sous le nom de Production 601.




Une scène de Creation.



Il s’agissait maintenant pour Cooper de savoir comment tourner, avec un budget pratiquement inexistant, une bobine de film suffisamment spectaculaire pour faire effet sur des administrateurs qui n’étaient d’accord sur rien si ce n’est sur le fait que chaque dollar devait être géré avec parcimonie. La façon dont il parvint au résultat souhaité illustre bien le génie d’organisation qu’on lui connaissait.

Après en avoir discuté avec O’brien, Cooper demanda à Delgado s’il serait possible de construire un gorille qui, à l’écran, paraîtrait aussi grand qu’un dinosaure. Delgado répondit affirmativement et on lui demanda de se mettre au travail. Une fois Cooper parti, O’Brien dit à Delgado de donner à ce singe une apparence presque humaine. Selon ces critères, Delgado dessina une chose monstrueuse qui alliait les traits de l’homme à ceux du singe.

« Je n’ai jamais rien vu d’aussi drôle ! », s’écria Cooper lorsqu’il vit l’œuvre achevée. « On dirait un croisement entre un singe et un homme à poil long. Bon sang mais c’est un gorille de race pure que je veux mettre à l’écran ! » Après y avoir encore longuement travaillé, Delgado créa un deuxième Kong plus vivant, mais qui conservait encore quelques caractéristiques humaines. Il ne fut encore pas du goût de Cooper.





« Je veux que Kong soit la créature la plus féroce, la plus brutale et la plus monstrueuse qu’on n’ait encore jamais vue » dit Cooper d’un ton péremptoire. O’Brien rétorqua que ce n’était pas avec un singe monstrueux dépourvu de toute caractéristique humaine que l’on pourrait émouvoir l’auditoire. Mais Cooper était intransigeant : « il fera crier les femmes et plus il sera brutal et plus elles crieront ». Cooper regagna son bureau et appela l’American Museum of Natural History de New York, pour demander les dimensions exactes d’un grand gorille mâle. Dans l’après-midi du 22 décembre 1931, il remit entre les mains d’O’Brien un télégramme du conservateur de Zoologie :

DIMENSIONS GRANDS GORILLES MALES HAUTEUR TETE AUX PIEDS UN METRE SOIXANTESEPT ET DEMI ENVERGURE BRAS ETENDUS DEUX METRES CINQUANTE CINQ TOUR DE POITRINE UN METRE CINQUANTE CIRCONFERENCE AUTOUR DU VENTRE UN METRE QUATRE VING - STOP - PHOTOGRAPHIES DE SQUELETTES HUMAINS ET DE GORILLES ADULTES VOIR HAECKEL VOLUME DEUX PAGE MILLE SEPT CENT QUATRE VINGT DIX HUIT POUR AUTRES RENSEIGNEMENTS VOIR YERKES MILLE NEUF CENT VINGT NEUF LES GRANDS SINGES ET DUCHAILLU MILLE NEUF CENT SOIXANTE DEUX AVENTURES EN AFRIQUE EQUATORIALE – STOP – HARRY C. RAVEN.

« Voilà ce que je veux ! », s’écria Cooper, après quoi O’Brien fit part de sa démission et se retira d’un pas hautain. Après avoir pris quelques verres au bar voisin, O’Brien retourna au travail. Cette scène devait se reproduire plusieurs fois dans l’année à venir. Cette fois-ci Delgado fit le gorille selon les directives de Cooper, trichant seulement sur les dimensions du ventre et de l’arrière train.





Kong faisait quarante cinq centimètres de haut. Le squelette était en duralumin trempé et on l’avait doté de muscles pour réagir, ce qui explique pourquoi Kong apparaît vivant et non figé. On le recouvrit de peau de lapin légèrement recoupée ce qui n’a jamais plu à Delgado car il savait que les empreintes des animateurs marqueraient dessus.







* Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur les détails de cette histoire, se reporter au dossier sur les origines de King Kong à cette page :

http://king-kong.fansforum.info/t560-Les-origines-de-King-Kong.htm?start=15
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MessagePosté le: 08/02/2015, 23:48    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant



Cette tête en plâtre, certainement réalisée par Marcel Delgado et retrouvée dans les affaires personnelles de Willis O'Brien après sa mort, est le tout premier prototype de Kong approuvé par Merian C. Cooper, à partir duquel ont été fait tous les modèles articulés utilisés sur le film.





Une tête d'une taille intermédiaire, sculptée par l'équipe de Willis O'Brien, sans doute pour affiner le design.







L'une des armatures originales, mises aux enchères chez Christies il y a quelques années.





Une armature similaire mais à qui il manque la main droite. Les photos datent des années 60/70.



Deux armatures différentes, nues et habillées :







Dernière édition par SKULL.ISLAND le 09/02/2015, 02:32; édité 2 fois
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MessagePosté le: 09/02/2015, 01:27    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant

En cette fin d’année 1931, le 5 décembre exactement, Edgar Wallace, le célèbre écrivain anglais, posait le pied à Hollywood car il venait d’être engagé par la RKO pour écrire des scénarios de films. King Kong, qui s’appelait alors The Beast, devait être le premier sur lequel il devait travailler. Le 12 décembre, soit dix jours avant que Cooper n’envoie à Willis O’Brien et son équipe le fameux télégramme précisant les dimensions d’un véritable gorille, Wallace visita l’atelier d’O’Brien et assista au tournage d’une prise d’essai dans laquelle des membres de l’équipe technique, improvisés acteurs pour l’occasion, jouaient devant un écran projetant un film test avec des dinosaures en pleine action. Un passage dans le journal de Wallace décrit cette visite dans une ancienne salle de projection reconvertie en atelier par l’équipe d’O’brien. Wallace y raconte avoir vu plusieurs modèles de gorilles dans des états plus ou moins avancés ainsi que des maquettes de dinosaures et plusieurs décors réduits.




Durant les premiers essais, le personnage féminin était remplacé par une figurine.




Mais, peu après son arrivé à Hollywood, Edgar Wallace décédait le 10 février d’une pneumonie, non sans avoir eu le temps toutefois d’écrire un traitement de 110 pages pour The Beast. Cette ébauche de scénario prenait en compte divers éléments de Creation qui devaient être réutilisés pour King Kong (décors, dinosaures) mais servit également à Willis O’Brien, Mario Larrinaga et Byron Crabbe pour réaliser tous les croquis et dessins de production dont ils auraient besoin dans la mise en image de la bobine d’essais. Pour palier au décès de Wallace, Ruth Rose (Madame Schoedsack à la ville) et James Creelman furent recrutés pour écrire le scénario.*

Vers la fin du mois de février 1932, Cooper et O’Brien commencèrent le tournage des scènes techniques d’essai sur le plateau 3 des studios de la RKO. Le titre provisoire du film était devenu The Eighth Wonder. Tandis qu’on renvoyait les visiteurs, les techniciens et les cameramen se mirent au travail en équipes séparées par de hautes tentures noires pour empêcher la lumière de passer d’une installation à l’autre. A ce moment là, le singe, haut de quarante cinq centimètres, et quelques uns des dinosaures en duralumin et caoutchouc, construits initialement pour Creation, étaient les seuls acteurs dont on avait besoin.





Le tyrannosaure et le styracosaure de Creation, prêts à l'emploi.






Une partie de l'équipe technique en compagnie des différents modèles de Kong durant la pré-production.



Par la suite, Marcel Delgado, en compagnie de son frère et d’une partie de l’équipe technique, conçu le bras grandeur nature et la main géante de Kong qui devait accueillir l’héroine. Fay Wray n’ayant pas encore été recrutée à ce stade de la production, C’est Zoe Porter, la secrétaire de Merian C. Cooper, qui accepta de servir de cobaye pour les essais comme le montre les photos ci-dessous.




Marcel Delgado et son frère en pleine fabrication de la main grandeur nature.





Zoe Porter dans la main de Kong à un stade plus avancé.




Alors que le scénario avançait petit à petit et que les premières scènes d’effets spéciaux étaient mises en boite, Fay Wray et Robert Armstrong furent engagés pour figurer au générique des Chasses du Comte Zaroff qui se tournait en parallèle dans les studios de la RKO. Le rôle principal, quand a lui, fut attribué à Joel McCrea. Les trois acteurs étaient pressentis pour jouer également dans King Kong mais on fit appel à Bruce Cabot pour tourner la scène où Kong secoue le tronc d’arbre sur lequel s’engagent les marins pour échapper à un dinosaure qui les poursuit.

Dans son rôle, Bruce Cabot devait descendre le long d’une liane partant du tronc d’arbre et sauter dans la grotte qui se trouvait sur le flanc du rocher. Le ravin était placé bien au dessus du plateau et les cascadeurs, qui devaient tomber du tronc d’arbre, atterrissaient dans un filet. Après quelques journées de ce genre, l’acteur, inexpérimenté, couvert de bleus et fourbu, commença à se poser de plus en plus de questions sur son rôle. Alors qu’il se reposait un jour avec les cascadeurs, l’un d’entre eux lui demanda :

Mais quel rôle jouez vous donc dans ce film de dingues ?

On m’a dit que j’étais le héros, dit Cabot.

C’est qu’on vous a menti, fit le cascadeur. Tout ce que vous faites c’est ce qu’il y a de plus dur à la place de Joel McCrea le temps qu’il termine son autre film. Les autres acquiescèrent.

Cabot essaya de se persuader que cette histoire n’était qu’une rumeur qui circulait dans le studio, mais lorsqu’il apprit que les cascadeurs gagnaient plus que ce que lui rapportait son modeste contrat, il fut convaincu que ce n’était pas seulement une rumeur. Cabot, furieux, alla voir Cooper et lui fit part de sa démission.

Mais alors, Kong ? demanda-t-il, créant ainsi involontairement une réplique pour son film.

Vous pouvez le fiche en l’air votre Kong ! s’écria l’acteur tout en quittant le plateau.

Cooper alla trouver Cabot avant qu’il n’ait le temps de quitter la ville et lui assura qu’il était vraiment la vedette de Kong. Il était vrai que le rôle avait été attribué à McCrea, le petit blond du studio à l’époque, mais le studio insista tellement pour qu’on lui donnât des appointements doubles pour certaines scènes éprouvantes que Cooper se mit en quête d’un acteur moins exigeant.

Restez dit Cooper d’un ton suppliant. Si vous partez on est fichu. Cabot accepta de revenir et c’est seulement plus tard qu’il réalisa qu’il aurait dû demander plus. Toujours est-il que son salaire fut réduit peu après dans le cadre des mesures économiques prises par Selznick.





Bruce Cabot durant le tournage de la scène du tronc d'arbre surplombant le ravin, en compagnie de deux personnes non identifiées, sûrement des exécutifs de la RKO.




Vers mai/juin 1932, Cooper commença à tourner les premières scènes live dans les décors de jungle construits pour Les Chasses du Comte Zaroff. Certaines de ces scènes furent incorporées dans la bobine test montrée plus tard aux exécutifs de la RKO. Le scénario était toujours en constante révision et une bonne partie des dialogues était improvisée. Les décors devaient être démontés dès la fin du tournage des Chasses du Comte Zaroff et Cooper filma toutes les scènes de jungle pendant cette période. La dernière scène tournée était celle où Driscoll et Ann s’enfuient à travers la jungle après s’être échappés du repaire de Kong.

C'est également au mois de mai 1932 qu'apparurent dans la presse spécialisée les premières annonces pour le film, alors rebaptisé Kong. Celles qui sont reproduites ci-dessous sont respectivement issues de Variety et de Motion Picture Herald :









* Pour plus de détail concernant le scénario original d'Edgar Wallace, consulter le topic correspondant à cette page :

http://king-kong.fansforum.info/t298-KONG-THE-BEAST.htm
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MessagePosté le: 10/02/2015, 16:01    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant

Au cours de l’été 1932, alors que Les Chasses du Comte Zaroff était déjà en boite, le secret qui entourait Kong n’empêchait pas que l’on ne parla que de lui dans les studios. Enfin terminée, la bobine d’essais, une dizaine de minutes de spectacle atroce mais captivant, était conçue de telle façon que le spectateur restât sur sa faim. Une douzaine de grands croquis détaillés illustraient de façon vivante les scènes principales prévues pour le film. Larrinaga et Crabbe les reproduisirent au fusain d’après les esquisses d’O’Brien représentant l’action.

















Ce n’est qu’au moment de projeter la bobine d’essais que Cooper dévoila les croquis. Bien qu’exécutés alors que le script n’était encore qu’un amas d’idées confuses, ces croquis dépeignaient une action qui, dans sa majeure partie, se trouve dans la production définitive. Certains d’entre eux, cependant, diffèrent du métrage ou montrent des scènes qui n’y figurent tout simplement pas. Ceci s’explique par le fait que ces croquis furent réalisés d’après le traitement original d’Edgar Wallace qui dépeignait des évènements abandonnés dans la nouvelle mouture du scénario concocté par Ruth Rose et James Creelman.

Le premier croquis, par exemple, montre bien un brontosaure qui attaque un groupe d’homme mais si on regarde bien, ceux-ci se trouvent dans une chaloupe et non sur un radeau comme dans le film. De plus on peut voir une femme qui les accompagne alors que, à ce moment précis, Ann est déjà sensée être prisonnière de Kong. En fait, ce groupe d’hommes n’est pas une partie de l’équipage du Venture mais une bande de condamnés dont le bateau prison a fait naufrage non loin des cotes de l’île de Kong (qui ne s’appelait pas encore Skull Island) et la jeune femme est leur otage. Sur un autre dessin, Kong lutte contre un groupe d’hommes armés de lances et de flèches. Dans le scénario de Wallace, cette scène intervenait un peu plus tard alors que les condamnés venaient d’établir un campement et que l’un d’eux, leur chef, s’apprêtait à violer leur otage. La jeune femme, prénommée Zeena ou Shirley, ne devait son salut qu’à l’apparition soudaine de Kong qui s’en prenait aux hommes et finissait par l’enlever. Enfin, un troisième dessin situé à New York montre qu’à l’origine Kong était exhibé dans un stade, enchaîné au sol, et non sur la scène d’une salle de théâtre comme dans le film.





Ce dernier croquis, qui correspond à la fois à la scène finale du film et à la toute première vision de Cooper quand il imagina King Kong, illustre bien le travail d'équipe de ses auteurs. Kong a été dessiné par Willis O'Brien, le ciel par Mario Larrinaga et les grattes ciel de New York par Byron Crabbe.



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MessagePosté le: 13/02/2015, 00:21    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant

Détail de la bobine d’essais




la bobine d'essais se composait de cent quarante sept scènes environ et s’ouvrait sur une prise de vues issue de Creation, au cours de laquelle un homme est poursuivi et tué par une mère tricératops dont il vient de tuer le bébé d’un coup de fusil. La bobine enchaînait ensuite avec une séquence où neuf des hommes du Venture, dont Denham et Driscoll, courent à bâtons rompus dans la jungle jusqu'au moment où ils arrivent à une gorge au dessus de laquelle un arbre déraciné forme un pont. Ils s'arrêtent lorsqu'ils voient Kong qui tient Ann, traverser sur le tronc d'arbre. Un Arsinoitherium épie les hommes et les charge.













Les hommes, Driscoll en tête, se précipitent vers le tronc d'arbre. Kong s'arrête dans une clairière, écoute autour de lui et dépose Ann sur le dessus d'un arbre mort, puis retourne hâtivement à la gorge. Les hommes sont encore au milieu de l'arbre lorsqu'ils voient Kong s'avancer. Driscoll descend le long d'une liane accrochée au bord du gouffre et saute dans une grotte quelques trois mètres plus bas. A l'autre extrémité du tronc d'arbre Denham s'éclipse en plongeant dans les broussailles. Les hommes restés sur le pont sont pris au piège entre Kong et l'Arsinoitherium. Kong soulève le tronc d'arbre et fait tomber deux hommes dans le gouffre. Ils atterrissent dans une boue épaisse. Un troisième homme tombe, puis deux autres et encore un autre jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un qui se cramponne au tronc d'arbre. Furieux, Kong soulève l'extrémité de l'arbre et le lâche dans la gorge.











Des lézards et des insectes monstrueux se précipitent sur les hommes qui se débattent pour les dévorer. Puis une araignée grimpe le long de la liane en direction de la grotte où se trouve Driscoll, qui coupe la liane avec son couteau de bord et fait culbuter l'araignée juste au moment où Kong passe le bras dans la grotte. Il échappe à l'énorme patte et lui assène des coups de couteau. Kong retire sa main, la lèche, et la repasse dans la grotte. Pendant ce temps, Ann revient à elle et aperçoit un serpent monstrueux au pied de l'arbre. Un tyrannosaure pénètre dans la clairière. Ann crie. Le dinosaure s'arrête et se gratte l'oreille. Kong tient presque Driscoll dans ses griffes lorsqu'il entend crier Ann. Il se précipite et lorsqu'il arrive le carnassier est sur le point de s'emparer de la jeune fille.











Les deux monstres s'engagent dans un combat titanesque au cours duquel l'infériorité de Kong au point de vue taille, par rapport au dinosaure, est compensée par sa tactique semi-humaine. Kong est projeté contre l'arbre qui tombe, et Ann se trouve coincée en dessous. Kong finit par tuer le tyrannosaure en forçant sa mâchoire. Il soulève le tronc d'arbre avec précaution et libère Ann qu'il emmène plus loin dans la jungle. Driscoll grimpe sur le rebord du gouffre et Denham l'appelle de l'autre rive. Dans l'impossibilité de franchir la gorge, Denham retourne chercher de l'aide tandis que Driscoll repart sur les traces de Kong. La séquence se termine lorsque Driscoll passe furtivement le long du corps sanglant du tyrannosaure qui respire encore, et fait s'envoler un immense vautour effrayé.











La bande d’essais fut assez bien accueillie dans l’ensemble bien que certains administrateurs hauts placés aient été hostiles au projet et aient tout fait pour empêcher sa réalisation. David Selznick lui apporta son plus grand soutien et, après avoir conseillé vivement à Merian C. Cooper de maintenir le budget dans les limites du raisonnable, on lui donna le feu vert pour la réalisation de son film en collaboration avec Ernest B. Schoedsack.
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MessagePosté le: 07/03/2018, 21:25    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant

Le passage le plus important de la bobine d’essais, qui est aussi un des moments les plus intense du film, est le combat de Kong contre un allosaure. Cette scène compliquée nécessita le talent de deux animateurs : Willis O’Brien s’occupa de Kong pendant que Buzz Gibson se chargeait de son adversaire. Cooper dirigeât cette scène en expliquant aux deux hommes quelques rudiments de boxe et de lutte qu’il avait apprit dans sa jeunesse, notamment comment se déplacer ou assurer une prise. O’Brien, qui avait été boxeur professionnel durant une courte période, savait comment gérer la scène mais assistât tout de même à quelques match de catch pour mieux imaginer les combats entre ces créatures préhistoriques gigantesques. La scène, qui dure trois minutes à l’écran, nécessita sept semaines de tournage.

Avant de rencontrer Willis O’Brien qui lui donnera les moyens techniques de réaliser cette scène mythique, Cooper avait prévu à l’origine d’aller jusqu’en Afrique pour capturer un gorille et de l’amener ensuite jusqu’à l’île de Komodo pour lui faire affronter un varan.











De la bobine test, seules subsistent les scènes insérées dans le montage final et une quarantaine de secondes issues de Creation - celles où Ned Hallett (joué par Ralf Harolde) tire sur le bébé tricératops avant d’être poursuivi par la mère. La fin de la scène, toutefois, où il finit encorné par l’animal, n’existe plus. Toutes les scènes avec l’arsinoithérium, ainsi bien sûr que la scène des araignées, ont disparu de la circulation. Tout ce qu’il en reste se résume à quelques photos et croquis.






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MessagePosté le: 08/03/2018, 23:11    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant

CHAPITRE II : LE MONTAGE ORIGINAL



Un bref aperçu du tournage :

King Kong fut filmé en plusieurs étapes sur une période de huit mois environ. Certains acteurs avaient tellement de temps entre les différentes phases de tournage qu’ils en profitèrent pour participer à d’autres films. Bruce Cabot termina Road House (1932) et Fay Wray apparaît dans Dr X (1932) et Mystery of the Wax Museum (1933). Elle estimait à dix semaines sa participation à King Kong pendant cette période de huit mois.

O’Brien et son équipe travaillaient douze heures par jour, parfois sept jours par semaine. En plus de la fabrication de certains accessoires, Delgado devait également s’occuper de la maintenance quotidienne des modèles animés de Kong. L’utilisation intensive allié à la chaleur des projecteurs mettaient les modèles à rude épreuve et Delgado passait ses nuits à les réparer, allant jusqu’à les désosser entièrement pour remettre en état les pièces défectueuses. Pendant qu’un des modèles était utilisé dans la journée, l’autre était remis en état pendant la nuit pour être prêt le lendemain.





En dépit des efforts d’O’Brien et de Delgado, il apparut vite évident que le visage de la marionnette de Kong ne supportait pas bien les très gros plans. Comment pourrait-il en être autrement ? La face miniature mesurait environ dix cm dans la réalité, alors que sur un écran de cinéma, elle est démesurément agrandie. Cooper décida de faire fabriquer une tête géante, afin de filmer Kong observant Ann attachée au poteau de sacrifice, et, plus tard dans le film, en train de mastiquer ses victimes. Marcel Delgado tenta de le persuader d’abandonner cette idée, convaincu que la tête géante ne serait utilisée que pendant quelques secondes dans le montage final. Mais Cooper tint bon. Delgado et son équipe construisirent alors un buste géant doté d’une charpente de bois, de fil de fer, de tissu et de métal, recouverte de fourrure. La mâchoire du Kong géant était articulée, de même que ses babines de caoutchouc. Ses yeux de balsa et de plâtre bougeaient de haut en bas et de droite à gauche, et ses arcades sourcilières se soulevaient ou s’abaissaient à volonté. Lorsque Delgado et ses collaborateurs actionnaient ensemble les leviers et les manettes d’air comprimé qui actionnaient les différents mécanismes, la tête semblait vivante ! Elle produisit un tel effet que Schoedsack et Cooper l’utiliseront à plusieurs reprises tout au long du film. Si l’on en croit Marcel Delgado, sa construction fut supervisée par Buzz Gibson, un des membres de l’équipe technique qui occupa plusieurs postes pendant le tournage de Kong, dont celui d’animateur. C’est par exemple lui qui s’est occupé de l’animation de l’allosaure.











Fort de ce premier succès, Delgado construisit aussi une main géante articulée. Cet accessoire était muni d’une structure de métal reliée à une sorte de grue. Le dispositif était suffisamment solide pour enserrer Fay Wray – qui incarne l’infortunée « fiancée » de Kong - et pour la soulever à trois mètres de hauteur. Pendant la fameuse scène de strip tease au cours de laquelle Kong déshabille la petite poupée blonde dont il s’est emparé, l’image de Fay Wray et de la main mécanique était rétroprojetée sur un petit écran inséré dans un décor de paroi rocheuse, tandis que la marionnette de Kong, vue de profil et placée au premier plan, était animée image par image. Grâce à l’angle de prise de vue, on a l’impression que le bras mécanique projeté est relié au corps de Kong. Cooper fit fabriquer un dernier accessoire grandeur nature : une patte reliée à un système de grue, qui allait lui permettre de montrer les indigènes de Skull Island piétinés par un Kong en furie ! Ce pied géant servit pour une unique scène ou Kong écrase un indigène dans la boue lors de l’attaque du village.





Outre les accessoires pour figurer le singe géant, d’autres éléments de grande taille furent élaborés pour le film : les pattes du ptéranodon qui enlève le personnage d’Ann Darrow, la plateforme métallique sur laquelle Kong est exhibé à New York ainsi qu’une reproduction du sommet de l’Empire State Building. A l’inverse, une multitude de décors et figurines miniatures furent créés pour les besoins de l’histoire, venant s’ajouter aux modèles réduits de dinosaures confectionnés pour Creation et aux décors de la jungle des Chasses du Comte Zaroff, tourné en parallèle.

















Une des scènes qui tracassait un peu Cooper était celle au cours de laquelle l’arsinoitherium poursuit les acteurs jusqu’au tronc d’arbre servant de pont. Il demanda à ce que la scène soit retournée en utilisant un styracosaure, gros reptile au crâne orné de nombreuses garnitures et de cornes. Dans la nouvelle version, le dinosaure essayait de déplacer le tronc d’arbre avec la longue corne placée sur son nez.



Photo-montage d'un fan avec l'arsinoitherium.


La vraie photo avec le styracosaure.




LE MONTAGE ORIGINAL


Le 6 septembre 1932, King Kong est presque terminé. Le tout premier montage de Ted Cheesman était constitué de treize bobines. Les studios de cinéma étant réputés pour être particulièrement superstitieux – il n’y a ni plateau n° 13 ni de loge n° 13 – il fut donc décidé de tourner des scènes additionnelles pour arriver à quatorze bobines. D’après Archie Marshek, c’était aussi un bon prétexte pour Cooper qui désirait placer une scène qu’il avait en tête : celle où Kong s’attaque à une rame de métro avant d’entreprendre l’ascension de l’Empire State Building.










Le nouveau montage, agrémenté de la scène du métro, est prêt pour la fin de 1932 et on décide d’organiser une projection pour tester les réactions des spectateurs avant la sortie officielle.


LA SEANCE TEST



King Kong fut projeté en séance test auprès du public à la fin du mois de janvier 1933 à San Bernardino, en Californie, alors que la musique n’était pas encore composée. Tout ce que l’on sait de cette séance mythique c’est que, selon la rumeur (certainement très exagérée), les spectateurs réagirent vivement par des cris d’horreur quand les marins tombent au fond de la gorge et se font dévorer vivants par des araignées, des lézards et des insectes gigantesques. Selon certains, des gens auraient quittés la salle alors que d’autres se seraient évanouis. Alors que le film se poursuivait les gens murmuraient entre eux et ne regardaient plus ce qui se passait sur l’écran. Visiblement choqués par l’apparence des monstres, certains n’arrivaient plus à se replonger dans l’histoire. Le sort des marins était si tragique que les spectateurs avaient tendance à oublier ce à quoi ils étaient sensés penser – la situation de Ann Darrow. Dès le lendemain, à la RKO, Cooper retire lui-même du métrage la fameuse séquence et quand le film sort officiellement le 2 mars 1933 à New York, l’expérience ne fut pas retentée.

La déception fut grande pour Willis O’Brien, lui qui considérait qu’il s’agissait de la scène la plus réussie en matière d’animation. Les dirigeants de la RKO n’étaient pas satisfaits non plus par la version en quatorze bobines. Elle était trop longue pour être acceptée telle quelle à une époque où les films de plus d’une heure quarante étaient pratiquement tabous. Cooper lui-même trouvait qu’il y avait trop de sautes de rythme et alla rejoindre Ted Cheesman à la salle de montage. Après bien des efforts et des déchirements ils aboutirent finalement à une version de onze bobines.

Plusieurs des meilleurs monstres de Delgado – le tricératops, l’arsinoïthérium, le styracosaure et tout ce qui grouille et s’agite aux enfers (la scène dite « des araignées ») avaient disparu. Le périple d’Ann et Jack sur la rivière, la scène ou Kong descend de la montagne du Crâne, rugissant de désespoir et de rage avaient également disparu. De nombreux épisodes, gags et parties de dialogues furent supprimés, sacrifices douloureux mais nécessaires. Même le générique fut considérablement raccourci avant que l’on ne considère le film prêt à être commercialisé. La version finale comprend huit cent quarante six scènes, onze titrages artistiques, vingt trois fondus et neuf fondus enchaînés.
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MessagePosté le: 11/03/2018, 22:16    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant

DETAIL DES SCENES SUPRIMEES



Peter Jackson ne nous contredira pas si nous affirmons qu'il est difficile de remonter le King Kong de 1933 dans sa version intégrale originale. Le remake de la séquence des araignées (qu'il a réalisé pour les suppléments de l'édition américaine du DVD), aussi formidable soit-il d'un point de vue artistique et technique, n'est que l'arbre qui cache la forêt, car l'équivalent de trois bobines - au bas mot - furent expurgées du montage original du film ! - Selon la durée d’un long métrage, les bobines qui le composent font en moyenne entre 15 et 20 minutes, ce qui équivaut, dans ce cas, à au moins 45 minutes de pellicule retirée. - La production de King Kong n'a pas été un long fleuve tranquille… Déjà, le scénario original (la version intitulée "Kong" du 1/9-6/9/1932) a subi plusieurs remaniements et, de la bobine test, peu de choses a été conservé et existe encore aujourd’hui. Comment donc affirmer que telle ou telle séquence se trouvait bien dans le montage original de 14 bobines, avant les coupes radicales effectuées après la séance test de janvier 1933 ? Quoi qu'il en soit, voici un descriptif de scènes que vous ne verrez malheureusement jamais…

S’il ne fait aucun doute que de nombreuses scènes dialoguées sont passées à la trappe, on ne sait pas vraiment lesquelles ont été filmées par rapport au script. Le roman de Lovelace nous apprend que Ann fût élevée dans une ferme et qu’elle perdit ses parents très jeune. Les biens de l’héritage furent confiés à un oncle jusqu’à ce qu’elle obtienne la majorité mais celui-ci dépensa l’argent, laissant Ann sans le sous, obligée de chercher un job à New-york. On apprend également que Jack fit une fugue du domicile familiale pour échapper au collège, devint marin et se réconcilia sur le tard avec sa mère, bien qu’elle désapprouve son association avec Carl Denham. Il est possible que les dialogues coupés entre Ann et Jack sur le Venture aient évoqués ces aspects de leurs vies.

De même, il est fort probable que les membres de l’équipage aient eu des rôles plus étoffés. En dehors du Capitaine Englehorn et de Jack Driscoll, on ne sait pas grand-chose à propos des hommes de Denham. Le roman introduit deux personnages que l’on ne retrouve pas dans le film : Lumpy, un vieux dur à cuir toujours flanqué de son singe nommé Ignatz et Jimmy, un garçon de cabine. Tout deux seront réintégrés à l’histoire dans le remake de Peter Jackson en 2005. Dans la version de 1933, néanmoins, le petit singe Ignatz est présent, sous le nom d’Iggy, et son propriétaire – ou du moins protecteur - semble être Charley, le cuisinier chinois.

Le roman mentionne également un passage où, de retour sur le Venture après avoir débarqué en plein cérémoniale de la tribu indigène, les protagonistes s’interrogent sur la vraie nature de Kong dans la cabine du Capitaine Englehorn. Ils devisent sur la signification de l’étrange rituel qu’ils viennent de voir, les costumes de singes portés par les insulaires, le mur qui les séparent de leur dieu et l’envoûtant mystère qui se dégage de cette île.

Si la majeure partie des dialogues retirés du montage final reste sujette à débat quand à leur teneur, voici ce dont on est à peu près sûr :


1) Après avoir quitté le village des insulaires de Skull Island (et interrompu le sacrifice), Ann discute avec Charley sur le pont du Venture. Charley quitte ensuite la jeune femme pour récupérer le singe Iggy. Ann sera rejointe par Jack Driscoll, qui lui ouvrira son cœur…

Cette séquence fut raccourcie, sans doute pour accélérer un peu les choses et plus vite revenir à l'île du Crâne... Exit donc le petit singe Iggy (aperçu un peu plus tôt), préfigurant un plus grand modèle.







2) Outre des pans entiers de dialogues, les premières coupes dans les scènes d’action semblent concerner l’attaque de Denham et ses hommes par un brontosaure. Après avoir disloqué le radeau des marins, l’animal massacre trois membres d’équipage qui se débattent dans le marais.

Si la scène figure bien dans le métrage, elle a été expurgée de quelques plans jugés violents où l’agonie des marins victimes du monstre était plus longuement exposée.











3) Juste après cet épisode, les matelots regagnent la berge et arrivent sur une crête étroite dominant un vaste marécage d’asphalte. Ils aperçoivent King Kong au milieu du marais, poursuivit par trois tricératops. L’un d’eux ne tarde pas à s’embourber tandis que les deux autres se rapprochent d’un tertre sec au milieu du marécage sur lequel Kong a pris place pour y déposer Ann. Le singe jette sur ses assaillants des plaques d’asphalte durci et finit par atteindre un des tricératops qui est tué sur le coup. Assistant à la bataille, l’équipage remarque sur sa droite, à travers un rideau d’arbres, le bord rocailleux d’un ravin étroit en travers duquel un tronc d’arbre peut les mener à une sécurité relative. Alors qu’ils se dirigent vers le ravin, un des hommes est repéré par le tricératops survivant qui essaie d’échapper à la fureur de Kong et le malheureux fini empalé sur une des cornes de l’animal.











Figurant à la fois dans le script et le roman, cette scène n’a certainement jamais été tournée telle quelle. Cooper avait le sentiment que la préparation d’une telle séquence prendrait beaucoup de temps et nécessiterait de coûteuses dépenses, de même qu’elle ralentirait le rythme du film. Si rien n‘indique que cette scène ait réellement été tournée, il subsiste néanmoins un croquis de Mario Larrinaga ainsi que quelques clichés d’un tricératops construit à l’origine pour Creation, lequel servit pour quelques bouts d’essais où il poursuit un des matelots. C’est la scène perdue filmée par Karl Brown pour Creation et qui ouvre aussi la bobine test pour The Eighth Wonder. Les scènes avec le triceratops et l’arsinoithérium/styracosaure furent supprimées en faveur de celles où King Kong s’en prend au métro aérien de New York et qui avaient la préférence de Cooper.

Le combat de Kong contre trois triceratops figure également dans la bande dessinée officielle publiée par Gold Key Comics en 1968. Celle-ci étant adaptée du roman et non du film, il n’est pas rare d’y voir des évènements non retenus dans le métrage final.




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MessagePosté le: 12/03/2018, 22:40    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant

4) En arrivant au bord du précipice, les matelots sont la proie d’un nouveau monstre : un styracosaure (dans le roman il s’agit du triceratops). Alors qu’ils s’engagent sur le tronc pour échapper au dinosaure qui les charge, les hommes sont pris en tenaille car Kong, alerté par leurs cris, vient d’apparaître de l’autre coté et commence à secouer l’arbre.







Dans la bobine test, un arsinoitherium (un ancêtre du rhinocéros) poursuit les marins jusqu’au bord du ravin et les oblige à s’engager sur le tronc qui le surplombe. Quand Kong arrive, les hommes sont pris entre deux feux et c’est pourquoi ils ne font pas demi tour quand le gorille secoue le tronc. D’après Orville Goldner (auteur de The Making of King Kong), Cooper changea d’avis et demanda à ce que la scène soit retournée en utilisant un styracosaure. Dans la nouvelle version, le styracosaure essayait de déplacer le tronc d’arbre avec sa longue corne placée sur son museau. Finalement on abandonna les deux versions parce qu’elles fixaient trop l’attention du public et la détournait de l’histoire elle même. Le styracosaure fera néanmoins ses débuts devant le public dans Son of Kong.



Le styracosaure dans Son of Kong.



5) Furieux, Kong réussit à faire basculer l’arbre au fond du ravin. Les marins, à l’exception de Denham et Driscoll, sont précipités dans les abysses de Skull Island, infestées d’insectes monstrueux. Les monstres répertoriés sont les suivants : un gros lézard appelé cynognathus, un crabe géant, une araignée, une tarentule, un insecte à tentacule, un scorpion ainsi qu’un quadrupède à l’aspect porcin doté d’une crête dorsale. Toujours vivants après leur chute, les infortunés membres du Venture sont dévorés vivants. Une des araignées grimpe jusqu’à la grotte creusée dans la paroi du ravin ou s’est réfugié Driscoll.











Cette dernière scène fut retournée avec le cynognathus à la place de l’araignée quand la séquence entière disparu sur la table de montage.







6) Un immense serpent du nom de Gigantophis Garstini (dont on a retrouvé les restes en Egypte) vient importuner Ann au pied de l’arbre mort sur lequel l’a déposé Kong avant d’aller s’occuper des marins sur le tronc.

Cette scène figurait dans la bobine test mais fut ensuite retirée. On peut cependant apercevoir la réaction de Ann en voyant cet animal juste avant que l'allosaure ne débarque dans la clairière.





7) Après le combat de Kong contre le T. rex, Denham regarde avec précaution par dessus les feuillages derrière lesquels il se cache et aperçoit un stégosaure traversant la jungle...




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MessagePosté le: 14/03/2018, 02:01    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant

8] Transportant toujours Ann, Kong parvient à une falaise, ceinturée par une cascade tombant des hauteurs de Skull Mountain. Il escalade la paroi, suivi de Driscoll, et s'engouffre dans une faille, jusqu'à l'immense caverne, menant à son repaire...













9) Après l'attaque du ptéranodon, Kong, furieux, redescend seul la falaise, à la poursuite de Ann et Jack. Il plonge la main dans l’eau pour essayer de les attraper alors qu’ils sont entraînés vers une cascade…







Toute l’ascension de Kong jusqu’à son repaire au sommet de la Montagne du Crâne n’a pas survécu aux coups de ciseaux du monteur. Ce qui se passe lors de l’évasion de Ann et Jack à également été supprimé. Cooper trouvait là aussi que ces séquences ralentissaient le rythme du film et les retira du métrage en dépit d’un long et fastidieux travail d’animation de la part d’Obrien et son équipe.

10) Les registres de la production font apparaître qu’une scène comportant des soldats anglais et indiens fut tournée mais non incluse dans le montage final.

11) A New York, Kong apparaît à la fenêtre d’un hôtel et interrompt une partie de poker.





On ne sait pas si la scène a été tournée mais la raison évoquée pour son éviction est qu’elle était trop similaire à une scène du Monde Perdu.

12) Kong saute de toits en toits et sème un peu plus la panique dans la ville, avec son lot de destructions.







13) Mortellement blessé par le feu nourrit des biplans, Kong chute du sommet de l’Empire State Building.





On tourna une première version particulièrement dramatique de la chute de Kong : le corps, filmé en plongé, dégringolait en une chute vertigineuse jusqu’à la rue, trois cent mètres plus bas. Malheureusement la scène fut rendu inutilisable par un effet d’image fantôme – on devinait le gratte-ciel à travers le corps de Kong. On se rabattit alors sur une vue plus traditionnelle : un pantin désarticulé tombant le long de la silhouette de l’immeuble. A l’origine Kong devait tomber juste à coté d’un des avions en flammes.
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MessagePosté le: 15/03/2018, 22:29    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant

LES DIFFERENTES VERSIONS DU SCRIPT :


Le scénario de septembre 1932 fait état de scènes différentes de celles tournées et bien présentes dans le métrage définitif, indiquant des remaniements dans l'écriture :

- Ann et Jack s'évadent du repère de Kong en plongeant dans le bassin se trouvant à l'intérieur de la caverne (celui d'où a surgi le monstre aquatique que Kong a affronté dans la grotte). Furieux, Kong redescend de son antre et plonge la main dans l’eau pour essayer de les attraper. Le couple est entraîné par le courant à travers un boyau, jusqu'à la cascade et les rapides au pied de la montagne.

- À la poursuite de Jack et Ann, Kong arrive au portail, avant que celui-ci ne soit fermé par les marins. Il place sa main et son pied dans l'embrasure, facilitant son ouverture...

- À New York, quand Kong escalade l'immeuble de l'hôtel de Jack Driscoll (en face du théâtre), il passe devant la fenêtre de chambre de trois joueurs de Poker acharnés.

- La fille de l'immeuble confondue avec Ann se nommait Mabel et était en communication téléphonique avec son petit ami Jimmy, avant de faire une chute aussi inattendue que mortelle.



- On devait voir Kong sauter de toits en toits et on construisit pour cela plusieurs immeubles à l’échelle. Ils furent utilisés différemment, quand on décida de laisser tomber la séquence.

- En lieux et places de la magnifiques scène du métro, des discussions assez ennuyeuses entre policiers et pompiers informaient les spectateurs de la progression de Kong vers l'Empire State Building.

- Dans sa chute, King Kong s'écrasait à côté du biplan en flammes.

- Denham énonçait son célébrissime : "Twas the Beauty killed the Beast" du haut de l'Empire State Building.






NOUVELLES COUPES LORS DES DIFFERENTES SORTIES


Nanti d'un budget total de 672,000 $ et réduit à 11 bobines, King Kong était enfin prêt pour son exploitation commerciale. La première mondiale eu lieu à New York le 2 mars 1933, où le film sortit simultanément et en exclusivité dans deux des plus grands cinémas du monde (en 1933), le Radio City Music Hall et le New Roxy (situés l’un en face de l’autre) à raison de 10 000 places par séances et 10 séances par jour ! Les recettes s'élevèrent à 89 931 000 dollars pour seulement les 2, 3, 4 et 5 Mars 1933...





La sortie officielle sur tout le territoire américain fut planifiée pour le 7 avril. Des contradictions concernant la durée du film constatées par certains critiques laissent penser que des coupes supplémentaires auraient pu être faites après la première de Los Angeles, qui eu lieu le 23 mars au Grauman’s Chinese Theatre.





Après avoir engrangé 2 millions $ lors de sa première exploitation, King-Kong ressortit en exclusivité aux USA en 1938, 1942, 1946, 1952 et 1956, avec parfois de nouvelles coupes. Dès sa première ressortie en 1938, King Kong souffrit de la censure imposée par le puritain code Hayes (du nom du sénateur), entré en vigueur en 1934. Cette première purge fût aussi la plus sévère. Des scènes jugées trop violentes ou immorales furent coupées et restèrent invisibles pendant plusieurs décennies : séquence du marécage, King Kong reniflant les vêtements d’Ann Darrow après l’avoir déshabillé, la destruction du village par Kong, les indigènes écrasés où mâchés, ainsi qu'un New-Yorkais, la scène où Kong se trompe de femme et la laisse tomber sur le macadam...







La RKO ne s’étant pas souciée de préserver des négatifs ou des copies intégrales du film, toutes ces scènes furent considérées comme perdues pendant près de 35 ans. En 1969, grâce à la découverte quasi miraculeuse d’une bobine contenant les scènes censurées dans un vieux cinéma de Philadelphie, King Kong est restauré dans sa version originale de 100 mn. Janus Films ressortit le film aux Etats Unis dès 1970, agrémenté des scènes censurées. Une nouvelle copie intégrale, de meilleure qualité, fut ensuite localisée en Grande Bretagne dans les années 80 et servit de référence pour les masters video.






En France, lors de la sortie du film en septembre 1933, nos chers distributeurs, trouvant l'arrivée de Kong longue à venir, amputèrent le film de la première bobine ! Une première eu lieu le samedi 9 Septembre 1933 à 9h30 au Marivaux Pathé Nathan pour les exploitants et la presse. Jugé trop simpliste, le film ne sera pas diffusé dans les grands circuits traditionnels...





Je ne dirais qu'une chose : vive la France !


Dernière édition par SKULL.ISLAND le 25/04/2018, 10:15; édité 1 fois
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MessagePosté le: 17/03/2018, 16:26    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant

CHAPITRE III : LA SCENE DES ARAIGNEES






Si la scène des araignées suscite encore de nos jours un tel engouement de la part des amateurs de fantastique - et des fans de King Kong en particulier - c’est en grande partie grâce à l’un d’eux que nous le devons. Et pas n’importe lequel s’il vous plait, je vous parle ici du fan ultime, absolu, celui qui avait entassé dans sa demeure de 18 pièces transformée en musée plus de 300 000 livres et objets en rapport avec la science-fiction, le fantastique et la fantasy : le grand, l’unique, l’incroyable Forrest J. Akerman.

Il faut savoir en effet que la séquence, retirée du montage final avant son exploitation, était complètement tombée dans l’oubli jusqu’à ce que le célèbre collectionneur et fondateur du magazine Famous Monsters of Filmland n’en publie deux photos dans les années 60. Jusque là, personne – mis à part quelques uns à la RKO – n’avait connaissance qu’une telle scène avait été tournée puis supprimée du film avant sa sortie. Depuis la parution de ce légendaire numéro de Famous Monsters, les monstruosités rampantes du gouffre aux araignées n’ont cessé d’alimenter débats enflammés et rumeurs les plus folles, interrogations légitimes et quêtes désespérées pour retrouver ladite séquence. On lui a consacré des centaines d’articles, des documentaires, des reportages, des remakes (qu’ils soient professionnels ou amateurs) et j’en passe. Au fil des années, d’autres photos sont apparues, ainsi que certains croquis préparatoires, venant relancer les spéculations des plus passionnés.

Rendons grâce à Uncle Forry, le premier à avoir porté à notre connaissance l’existence d’une scène toute aussi mythique que le film dont elle est tirée. Ce topic lui est dédié.



Forrest J. Akerman posant à coté d'un des boucliers de la tribu indigène.



Avant d’aborder plus en détail la scène des araignées, sans doute l’une des scènes coupées les plus célèbres du cinéma, revenons aux sources pour mieux comprendre de quoi il est question exactement. Peter Jackson nous en a donné sa version dans les bonus DVD de l’édition spéciale du classique de Schoedsack et Cooper sorti en 2006, une vision qui se voulait la plus fidèle possible, nous permettant du même coup de nous faire une idée plus précise du sort peu enviable réservé aux matelots du Venture. Mais, pour retrouver l'origine de cette scène, c’est vers les médias d'époque qu’il faut se tourner, notamment le roman de Lovelace, pour avoir les premières informations publiques sur les évènements tragiques s’étant déroulés dans les abysses de Skull Island.





Paru en décembre 1932 - soit un mois avant la projection test de San Bernardino et trois mois avant la première de King Kong à New York - le roman de Lovelace fait mention de la scène des araignées, ainsi que de quelques autres n’apparaissant pas dans le montage final. Nous savons que cette scène fut décidée très tôt dans la production de King Kong car elle constituait déjà un des morceaux de bravoure de la bobine test. Il est fort probable d’ailleurs que son tournage ait eu lieu en mars-avril 1932, soit un an avant la sortie du film. On la retrouve de même dans les différents scripts qui furent remaniés durant la production, dans l’adaptation radiophonique d’époque et même dans le comic strip de Glenn Cravath, paru dans les journaux quelques semaines avant la sortie du film. De toute évidence, la scène était donc destinée à faire partie du montage final avant la fatidique soirée de San Bernardino.

Je vous laisse la découvrir, sous la plume de Delos Lovelace :

« Lorsque Driscoll s’engagea sur le tronc d’arbre, Denham regarda en bas. La faille était très profonde, et un épais dépôt nauséabond de vase et de boue en masquait le fond. De bas en haut le long des deux versants abrupts, s’ouvraient des orifices étroits – sans doute des cavernes – et de longues fissures en zigzag entaillaient la roche. Avec une anxiété muette, Denham reporta son regard vers Driscoll. Il poussa un soupir de soulagement quand l’officier du Wanderer arriva sans encombre de l’autre coté.
« Bravo ! s’écria-t-il. J’aurais été malade, Jack, si je vous avais vu déraper. En bas grouillent les pires abominations de cette ile abominable. Jetez-y un coup d’œil. »
Comme si elle avait été exorcisée par l’index pointé dans sa direction, une araignée sortit d’une caverne ; aussi grosse qu’un tonnelet et pourvue de nombreuses pattes velues, elle ressemblait à une gigantesque mygale. Peut-être n’avait-elle pas deviné que des spectateurs l’observaient du haut du ravin, mais tous auraient juré qu’elle leur avait lancé un regard malveillant. Un animal qui aurait pu être un lézard si sa taille avait été moins grande se chauffait au soleil sur une corniche. L’araignée se dirigea vers lui, puis elle se ravisa pour chercher une proie plus modeste. Elle la trouva sous la forme d’un objet rond qui rampait et qui avait des tentacules de pieuvre. Elle se lança à l’assaut. L’araignée et l’insecte pieuvre disparurent ensemble dans une lézarde.

…Deux matelots lâchèrent prise. Le premier tenta vainement de s’accrocher à l’un de ses camarades couché sur le ventre en travers du tronc et lui imprima sur le visage et le cou des griffures sanglantes avant de tomber en tournoyant. A peine avait-il touché la vase du fond que le monstrueux lézard se jeta sur lui. Driscoll espéra que, puisque l’homme ne se débattait pas, il s’était évanoui ou, mieux, que la mort l’avait foudroyé sur place. Le second malheureusement ne périt pas dans sa chute et ne perdit même pas connaissance. Il atterrit sur ses pieds, s’enfonça jusqu’à la taille dans la boue et poussa des hurlements déchirants jusqu’à ce qu’une demi-douzaine de grosses araignées le happent.

… Kong souleva la passerelle et la secoua une deuxième, puis une troisième fois. Un autre matelot lâcha prise, proie toute désignée à l’appétit insatiable des araignées, et ce malheureux n’était pas leur dernière victime. L’insecte-pieuvre, qui avait reçu du renfort, entreprit de disputer le butin aux araignées et aux lézards. Sur le tronc d’arbre, il ne resta bientôt plus qu’un seul homme qui s’y cramponnait de toutes ses forces. Kong avait beau le secouer, il ne réussissait pas à déloger cet obstiné. Tous les efforts de Driscoll et de Denham, tous leurs cris, tous leurs projectiles ne parvinrent pas à distraire Kong de son dessein. L’homme hurlait maintenant sa terreur. Kong le contempla un moment puis, au comble de l’exaspération, fit pivoter le tronc pour le mettre parallèle au ravin, puis l’arbre glissa lentement vers le fond où il assomma les insectes qui festoyaient.

Driscoll suivait la scène avec une telle attention horrifiée qu’il ne remarqua pas tout d’abords le danger qui le guettait à son tour. Une araignée était en train de grimper le long de la grosse liane grâce à laquelle il avait pu sauter par-dessus le bord du ravin et qui était encore suspendue devant la caverne. L’atroce bête le fixait de ses yeux globuleux et sans paupières. Driscoll dégaina son couteau et s’attaqua à la liane. Mais avant qu’il pût la trancher, l’araignée était arrivée si près de lui qu’il eut le temps de l’entendre respirer. Elle retomba enfin dans le ravin au milieu d’un enchevêtrement végétal.
»
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MessagePosté le: 18/03/2018, 19:45    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant




Outre le roman de Lovelace, on peut trouver une description encore plus précise de la scène dans les divers scénarios qui se sont succédés durant la production du film. Celui du mois de septembre 1932, alors que le film était encore appelé Kong, fourmille de détails croustillants. Je vous le livre tel quel, pour ceux qui sont familiarisés avec l’anglais.


EXT. RAVINE BOTTOM - FULL SHOT - DAY

The men fall to the bottom of the ravine. It is very deep,
with mud and slime at the bottom. Caves and fissures in the
rock lie at the sides of this mud.



EXT. RAVINE - MED. SHOT - DAY

The men land in the mud.



EXT. LOG - MED. SHOT - DAY

The men on the log, as Kong rocks it.



EXT. LOG - SEMI CLOSE UP - DAY

Kong roars at them.



EXT. LOG - SEMI CLOSE UP - DAY

A sailor stares at Kong and screams in stark terror.



EXT. LOG - LONG SHOT - DAY

SIDE ANGLE of the log with the men clinging to it as Kong
shakes it. The two horned beast can be seen menacing them
from his bank with his horns. Another sailor falls off.



EXT. RAVINE BOTTOM - LONG SHOT - DAY

The sailor falls into the ravine bottom.



EXT. RAVINE BOTTOM - FULL SHOT - DAY

He lands in the mud.



EXT. LOG - FULL SHOT - DAY

From the original angle, Kong is seen rocking the log.



EXT. LOG - FULL SHOT - DAY

The log with men clinging to it.



EXT. LOG - SEMI CLOSE UP - DAY

Kong roars at them.



EXT. LOG - SEMI CLOSE UP - DAY

The men, on the log, horrified.



EXT. LOG - LONG SHOT - DAY

From the original angle, Kong rocks the log with men on it.



EXT. LOG - SEMI CLOSE UP - DAY

The men on the log. One tries to hold himself from falling by
clutching another's face.



EXT. SHRUBBERY - MED. SHOT - DAY

Suggest here a SHOT of Denham watching from his shrubbery,
horrified, so as not to lose him. REVERSE ANGLE.



EXT. LOG - LONG SHOT - DAY

From side angle, the men are seen clinging to the log, while
the ape rocks it and the horned beast menaces them from the
other side. More men fall.



EXT. RAVINE BOTTOM - FULL SHOT - DAY

The men fall to the ravine bottom.



EXT. RAVINE BOTTOM - MED. SHOT - DAY

They land in the mud.



EXT. LOG - SEMI CLOSE UP - DAY

Kong roars at the men and beats chest.



EXT. LOG - CLOSE UP - DAY

One of the sailors on the log shrieks in horror.



EXT. LOG - SEMI CLOSE UP - DAY

Kong's face rushes up into the camera as he reaches for a
man.



EXT. LOG - FULL SHOT - DAY

Kong, from the original angle, reaches for the men remaining
on the log, trying to seize them with his hand. The man he
reaches for drops flat, ducking his grasp.



EXT. LOG - SEMI CLOSE UP - DAY

Kong roars at them.



EXT. LOG - FULL SHOT - DAY

Kong, from the original angle, rocks the log. A man falls
off.



EXT. LOG - FULL SHOT - DAY

The man falls to the ravine bottom.



EXT. LOG - MED. SHOT - DAY

He lands in the mud.



EXT. LOG - MED. SHOT - DAY

The man on the log, only one remains - clinging as the log is
rocked by Kong, off-screen.



EXT. LOG - FULL SHOT - DAY

From the original angle, Kong is seen trying to shake the
last man off the log.



EXT. LOG - MED. SHOT - DAY

The last man hanging to the log desperately.



EXT. LOG - LONG SHOT - DAY

The SIDE ANGLE with the last man hanging to the log. Kong
lifts the log and drops it into the ravine. No horned beast
here.



EXT. RAVINE BOTTOM - DAY

The log and the man fall to the ravine bottom.



EXT. RAVINE BOTTOM - MED. SHOT - DAY

They land in the mud.



EXT. LOG - FULL SHOT - DAY

Kong on the bank yammers down at the men who have fallen.
Driscoll can be seen in the cave below.



EXT. RAVINE BOTTOM - LONG SHOT - DAY

The men at the bottom of the ravine are attacked by giant
insects who come out of caves and fissures to eat them.



EXT. RAVINE BOTTOM - CLOSE UP - DAY

The surprised face of a sailor lying in the mud as he see
this.



EXT. RAVINE BOTTOM - CLOSE UP - DAY

Face of another sailor staring up in horror from the mud.



EXT. RAVINE BOTTOM - CLOSE UP - DAY

Face of a third sailor in the mud, horrified as he sees --



EXT. RAVINE BOTTOM - MED. SHOT - DAY

An insect with octopus arms takes a man. (Projection)



EXT. RAVINE BOTTOM - SEMI CLOSE UP - DAY

Its arms wind around the struggling man.



EXT. RAVINE BOTTOM - SEMI CLOSE UP - DAY

Two men on their backs staring up at a spider who attacks
them. (Projection).



EXT. RAVINE BOTTOM - CLOSE UP - DAY

The face of a fourth sailor, fallen in mud, staring in horror
as he sees --



EXT. RAVINE BOTTOM - FULL SHOT - DAY

A giant lizard takes a man.



EXT. CAVE - FULL SHOT - DAY

Kong on the bank senses Driscoll's presence in the cave
below. PAN down to the cave with Driscoll. He looks up,
warily watching for Kong above. Continued to PAN DOWN
revealing a huge spider climbing up on a vine from the ravine
bottom to the cave.



EXT. CAVE - MEDIUM SHOT - DAY

Driscoll in his cave notices the vine shake. He looks down to
see --



EXT. RAVINE - FULL SHOT - DAY

The spider coming up the vine. (Previous angle)



EXT. CAVE - MEDIUM SHOT - DAY

Driscoll whips out his knife and starts cutting the vine.



EXT. CAVE - FULL SHOT - DAY

Driscoll cuts the line just in time to prevent the spider
reaching him. The giant insect falls to the ravine bottom.
PAN UP to Kong again. He reaches in the cave trying to get
Driscoll.
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MessagePosté le: 20/03/2018, 13:03    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant

Avant même la sortie du livre de Lovelace, sa novélisation avait déjà été publiée sous forme d’épisodes dans Mystery Magazine en 1932. Il existe d’ailleurs des photos promotionnelles montrant Fay Wray et Merian C. Cooper, encore en plein tournage de King Kong, feuilletant le magazine. Si la scène des araignées y est bien présente, elle est en revanche absente d’une seconde adaptation réalisée par Walter Ripperger, toujours pour Mystery Magazine, publiée en deux parties dans les numéros de février et mars 1933. Destinée à un plus large public, celle-ci omettait volontairement les combats de Kong avec les autres monstres de Skull Island.





On retrouve la scène des araignées dans le comic strip dessiné par Glenn Cravath, à qui la RKO avait également confié la couverture du roman. Déjà présente dans le pressbook conçu pour les professionnels, cette adaptation dessinée était surtout destinée à paraître dans les journaux du pays quelques semaines avant la sortie du film, à raison de quatre cases par jour durant une semaine. Un dessin de Cravath dévoile quelques créatures du gouffre : un crabe, un serpent et… un crocodile ! Cette incongruité s’explique par le fait que l’artiste avait été engagé bien avant que le script soit finalisé. Plusieurs cases montrent en effet des situations différentes du film.







Avec plus d’un demi million investi dans la production, la RKO ne comptait pas s’en tenir à un seul média et loua des espaces pour diffuser un feuilleton radiophonique deux fois par semaine. Sur les ondes dès le 25 février et ce durant six semaines, ce serial radio était composé de treize épisodes d’une quinzaine de minutes chacun. Les acteurs du film n’y reprenant pas leurs rôles respectifs, ceux-ci étaient interprétés par des acteurs de théâtre new yorkais. Jusqu’à une date récente, ce feuilleton était considéré comme perdu. Si on n’a toujours pas trouvé trace d’un enregistrement sonore, les scripts originaux des treize épisodes ont refait surface sur eBay en 2015. A leur lecture, on s’aperçoit que la scène des araignées figure dans l’épisode 9, diffusé le 27 mars 1933.







Un peu plus tard dans l’année, une nouvelle adaptation littéraire fut publiée dans Boys’ Magazine. Lancé en 1923 par Allied Newspaper, cette publication d'un petit format proche du A5 mais très épais, proposait des récits de science-fiction. En 1933, le magazine publia dans plusieurs numéros une adaptation de King Kong. La page reproduite ci-dessous correspond au moment où l'équipage du Venture débarque sur Skull Island et pénètre dans le village indigène en pleine cérémonie "de mariage". Elle est issue du vol. 23, n° 608 du 28 octobre 1933. Le dessin qui accompagne le texte correspond à la fin de la séquence du gouffre, lorsqu’un lézard monstrueux grimpe le long de la paroi rocheuse jusqu’à la cavité où s’est réfugié Driscoll.


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