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LES BOBINES PERDUES DE KING KONG
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SKULL.ISLAND
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MessagePosté le: 24/03/2018, 19:20    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant

PublicitéSupprimer les publicités ?




Mis à part quelques allusions dans certains journaux d’époque, les rares outils promotionnels cités plus haut sont les seuls qui donnaient quelques indications publiques sur la scène des araignées en 1933. Après sa suppression du montage final, elle fut remisée dans une boite et tomba dans l’oubli jusqu’à ce que le magazine Famous Monster of Filmland n’exhume quelques photos qui ont lancée la polémique dans les années 60. Professionnels du cinéma, journalistes, fans, tous brûlaient d’envie d’en savoir plus sur une scène dont ils ne soupçonnaient même pas l’existence quelques semaines auparavant. Merian C. Cooper ou Max Steiner, qui étaient encore vivants à ce moment là furent interviewés à ce propos sans que l’on en apprenne beaucoup plus. D’autres témoins se manifestèrent par la suite mais parfois avec des déclarations si fantaisistes qu’on se demande quels crédits leur apporter ? Les années 90-2000 ont vu de nouvelles photos et croquis resurgir, certains sur des sites d’enchères, qui font maintenant partie de collections privées. Les plus acharnés continuent inlassablement de rechercher le saint Graal mais on a encore rien trouvé.

La scène des araignées a suscité tellement de commentaires et de rumeurs que certaines réactions relatées lors de la séance test ont probablement été exagérées. Cooper lui même a plusieurs fois raconté qu’il l’avait retiré pour des raisons de rythme et non pas parce qu’elle était trop horrifique. Une source obscure (donc invérifiable) fait état d’une personne qui affirmait avoir assisté à la séance test de San Bernardino. Si elle confirme bien que la scène était dans le premier montage, le reste du témoignage est un peu plus gênant pour Cooper et son équipe. Le public aurait ricané à la vision d’une araignée dotée de gros yeux d’insecte. Selon le témoin, ces rires involontaires étaient la vraie raison du retrait de la scène. Paul A. Wood, dans son livre « King Kong Cometh », va jusqu’à insinuer que cette scène n’aurait même pas franchit le cap des censeurs et que les spectateur auraient seulement prétendus l’avoir vu. De même, de nombreux historiens du cinéma insistent sur le fait que cette scène n’aurait jamais été tournée. A contrario, le célèbre auteur de science-fiction, Ray Bradbury, affirme avoir vu la scène en 1933 dans un cinéma en Arizona pendant que certaines rumeurs prétendent que Ray Harryhausen l’aurait vu lors de l’avant première au Grauman’s Chinese Theatre à Hollywood. Rien n’est moins sûr. De son coté, Forrest J. Ackerman correspondait avec une personne aux Philippines qui affirmait avoir vu la séquence intacte.

Que penser de toutes ces déclarations contradictoires venant pourtant de personnalités reconnues alors que, mis à part les gens impliqués dans la production de King Kong et quelques spectateurs ayant assistés à la séance test, personne n’est sensé avoir vu la scène des araignées. Pour rajouter à la suspicion qui entoure la scène, des annonces continuent à apparaître ici ou là pour dire qu’elle vient d’être retrouvée. Douglas Turner (co-auteur de Spawn of Skull Island) a son avis sur le sujet : « J’ai toujours été sceptique sur les rapports mentionnant la découverte de la scène des araignées. Tout simplement parce qu’aucune autre scène supprimée au montage n’a jamais été retrouvé. Quand Merian Cooper retirait une scène, il s’assurait bien que cette scène soit définitivement supprimée. Sur Chang, lui et Schoedsack allèrent jusqu’à brûler toutes les scènes non incluses dans le montage pour être sur que le studio ne puisse pas les remettre. »

Voici en substance ce qu’en dit Merian C. Cooper lui même dans une lettre datée du 23 octobre 1966 en réponse à Jack Polito (1) :

« Jack, mon ami :

Pour répondre à tes questions sur la scène des araignées, j’ai tourné cette scène pour la bobine d’essai et elle se trouvait dans le premier montage. Le film était trop long et j’ai donc écourté la version originale. La scène des araignées déviait trop l’attention des spectateurs de Kong, elle ralentissait le bon déroulement de l’action. D’autres scènes furent ainsi coupées avant que je ne décide que le film soit prêt pour une exploitation en salles. O’Brien fabriqua quelques modèles d’araignées, insectes et autres miniatures qui n’apparaissent pas dans la version finale du film. La scène des araignées n’était pas une de mes préférées. Au fil des années cette scène est devenue plus célèbre qu’elle n’aurait du être en réalité. Le fait que le succès de King Kong ne se soit pas démenti depuis 1933 montre bien selon moi que c’était la bonne façon de raconter l’histoire et que les coupes que j’ai effectuées étaient justifiées.
Toutes les scènes que j’ai retirées du métrage furent conservées par la RKO et se trouvaient encore dans leurs locaux quand j’en suis parti. La compagnie a subie un important incendie dans les années 50 et une grande partie de leurs archives fut détruite. Je crois que tout ce qui concernait King Kong fait partie des choses qui ont été perdu. La scène des araignées n’a jamais été montrée dans une salle de cinéma. Je l’ai retiré avant que Max Steiner n’écrive la musique du film.
»


Malgré le fait que certaines personnes aient affirmés ici ou là avoir vu cette scène lors d’une exploitation en salle, notamment aux Philippines, Cooper est tout à fait clair sur le fait qu’elle n’a jamais été montré au public, hormis lors d’une unique projection test bien avant la sortie du film. Le cinéaste était réputé pour détruire lui même les séquences qu’il retirait de ses métrages mais apparemment, comme il le dit lui même, les scènes coupées de King Kong furent préservées dans les archives de la RKO jusque dans les années 50. Si l’on doit se référer à ce qui est écrit dans cette lettre à propos de l’incendie il ne reste donc plus aucun espoir de retrouver un jour cette fameuse scène ni toutes celles qui constituaient les quatorze bobines du premier montage. Tout ce qu’il en reste aujourd’hui se résume à quelques photos et dessins ainsi qu’un modèle survivant d’une des deux araignées utilisées pour cette séquence. Une tarentule et une araignée ayant servi pour la séquence du ravin réapparaissent dans un film de 1946, Genius at Work, où l’on peut les voir grimper le long du mur d’un atelier pendant un bref instant. Le modèle de l’araignée, le scorpion ainsi qu’une créature à tentacules ont ensuite servi pour le tournage du film The Black Scorpion en 1957.



The Black Scorpion





(1) Après avoir découvert King Kong à l’âge de 10 ans, Jack Polito décide de se lancer dans l’animation et les effets spéciaux. Il est embauché à la 20th Century Fox et travaille notamment sur des séries comme Lost in Space et The Time Tunnel. A Hollywood, il a l’opportunité de rencontrer certaines personnes impliquées dans le film, comme Max Steiner, Linwood Dunn et surtout Merian C. Cooper, avec qui il entretiendra une forte amitié. Grand fan de King Kong, Jack Polito possède une vaste collection sur le sujet. Il est également à l’origine dans les années 60 de la découverte et de la restauration des séquences censurées de King Kong.

Pour la suite de ce dossier, je vous laisserais entre des mains plus expertes que les miennes, en l’occurrence celles de Gary Vehar et Lee Ashworth, auteurs d’un article publié en trois parties, dans les numéros 118, 119 et 120 de la revue américaine Filmfax en 2008.


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MessagePosté le: 25/03/2018, 22:00    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant






LOST NIGHTMARE !

THE MYSTERY OF THE MISSING SPIDER PIT SEQUENCE


Un article de GARY VEHAR avec l’assistance et les recherches de LEE “SHRAN” ASHWORTH


PART I



Pourquoi King Kong continue-t-il de fasciner le public ?

Pourquoi sommes nous attirés dans la jungle sauvage de Skull Island, dans les artères grouillantes du New York de la grande dépression ? Pourquoi nous réunissons nous dans l'ombre de l'Empire State Building pour regarder la tragédie se dérouler encore et encore ?

Depuis des décennies les fans ont étudiés le film, tentant vainement de saisir la magie de l'ensemble en disséquant ses différentes parties. On a déjà presque tout dit sur King Kong, de la musique révolutionnaire de Max Steiner aux effets spéciaux ahurissants de Willis O'Brien et son équipe en passant par le montage incroyablement nerveux du film. Même les dialogues un peu datés, qui réussissent encore à inspirer une certaine affection plutôt que du dédain, dégagent une certaine magie qui nous plonge dans l'histoire. Depuis toujours la question persiste : pourquoi King Kong laisse-t-il durablement son empreinte dans notre imagination collective ?

La réponse se trouve seulement dans la transcendante résonance de l'histoire. Tels nos ancêtres qui chérissaient les horreurs et les merveilles de l'Odyssée, Gilgamesh, et Beowulf, le public moderne frémit pour les sommets mythiques qu'atteint King Kong : de la grande fantasy et une aventure vibrante qui explore un monde perdu et sauvage, la romance ardente entre le héro et la fille, et l'ultime affrontement de l'homme contre la nature.





Telle la dualité de l'homme lui même, nos mythes ont une face plus sombre. Malgré toute sa bravoure, Ulysse est démunit contre l'horreur menaçante de Scylla. Beowulf réussit à vaincre Grendel mais doit affronter la colère de sa mère, un monstre bien plus terrifiant encore que le fils. Nous avons toujours eu besoin de nos propres légendes, de nos rêves...de même que nous avons toujours eu besoin de nos cauchemars.

Ce qui nous amène à un des aspects de King Kong qui échappe à tout examen, un contrepoint sombre à la fantasy dans laquelle nous nous plongeons éperdument. Une scène cauchemardesque, oubliée et peut-être perdue à jamais, qui aurait rendu la jungle de Skull Island encore bien plus sinistre et terrifiante que le monde primitif mais merveilleux que nous gardons en souvenir depuis notre enfance.

Nous voulons parler, bien sûr, de la fameuse scène manquante de la « fosse aux araignées ».





Avant le remake de Peter Jackson en 2005, quelques fans seulement savaient qu'il existait à l'origine un post-scriptum horrifique à la scène iconique de l'arbre couché en travers du ravin dans la version de 1933. Certains marins survivaient à leur chute dans les abysses ténébreux situés sous le pont naturel. Là, ils étaient attaqués et dévorés vivants par des araignées géantes et d'autres créatures monstrueuses cachées dans les profondeurs obscures de l'abîme. Comme les autres créatures de Skull Island, celles-ci étaient des modèles animés selon le procédé mit au point par Willis O'Brien. Pourquoi cette scène a-t-elle été retirée du film et qu'est-elle devenue ?

Tels que les faits ont été relatés, le réalisateur Merian C. Cooper fit un premier montage pour les besoins d'une projection test afin de jauger les réactions du public. Tout se déroula comme prévu jusqu'au moment où les marins ayant survécu à leur chute au fond du précipice se trouvent piégés dans ce qui est communément désigné comme « la fosse aux araignées ». A ce stade, le charme du film se trouva rompu : une partie du public fut tellement horrifiée qu'elle quitta la salle pendant que les spectateurs restants perdaient tout intérêt pour le sort de Fay Wray et discutaient entre eux de ce qu'ils venaient de voir. Cooper réalisa soudain que cette scène devait sauter et c'est ce qu'il fit de retour en salle de montage. Depuis cette projection, personne n'a jamais revu cette fameuse scène coupée. A moins que...

C'est depuis devenu un des grands mystères du cinéma, une scène légendaire retirée d'un film qui ne l'est pas moins. Selon les certitudes des uns ou des autres, cette scène a réellement été filmée ou non. Certains pensent que la scène à été supprimée en raison de son caractère macabre qui cassait de façon abrupte le ton du film pendant que d'autres suspectent plutôt que la scène détournait l'attention du public du sort d'Ann Darrow. Parmi ceux qui pensent que cette scène n'a jamais été tournée, certains avancent des raisons budgétaires pendant que d'autres estiment que les cinéastes ont volontairement anticipés la réaction des censeurs et ont expurgé le film des scènes sensibles.

Pourquoi la scène des araignées continue-t-elle de susciter tant de controverse et de spéculations ? La réponse réside peut-être dans une autre question : qui y a t il de plus puissant que ce qui reste invisible et mystérieux ? Alors que des générations entières de fans connaissent chaque image de King Kong par cœur, nous somme forcés d'imaginer entièrement les évènements se déroulant dans cette fosse aux araignées et, comme le savent tous les enfants, notre imagination peut enfanter des choses bien plus terribles que ce qui ce passe sur un écran.





Un autre point est à prendre en considération : la jungle de Skull Island peut bien grouiller de féroces dinosaures, nous sommes d'une façon ou d'une autre satisfait de cette situation. Les dinosaures sont l'équivalent bien réel des dragons, si anciens et impossible à concevoir de façon précise qu'ils auraient très bien pu passer pour des monstres mythiques. Ils ont également quelque chose de noble, ces monstres à la force brute et à la démarche pesante, luttant pour trouver un peu de nourriture ou broutant le feuillage d'un air heureux. Nous voulons continuer à croire qu'il existe une telle île quelque part. Nous aimerions voir des dragons, des choses d'une terrible beauté.

Les habitants du gouffre aux araignées sont, eux, l'exact opposé de cette fantasy primaire. Ils vivent dans les ténèbres, dans les recoins sombres que le soleil n'atteint jamais. Pendant que les dinosaures chassent et paissent pour leur subsistance, ces créatures restent tapis dans l'ombre, guettant leurs proies ou cherchant des restes de cadavres qui leur parviennent au goutte à goutte des sommets du ravin. Ils sont les mangeurs de charogne, se vautrant dans la dépravation même s'ils s'en repaissent. C'est une image qui vous hante : des marins angoissés, tombant dans les ténèbres d'un monde souterrain et qui périssent alors que des araignées géantes, des crabes cyclopéens et toutes sortes d'horreurs sortent de leurs trous et viennent les dévorer !

Ce n'est pas une surprise si cette scène, complètement en décalage avec le reste du film, fut supprimée. C'était un choix narratif avisé même si cette situation est frustrante pour les fans et les cinéphiles qui ne verront probablement jamais cette scène de leurs propres yeux. Que la scène ait été filmée ou non, les horreurs de la fosse aux araignées rampent maintenant dans les mêmes sphères mythiques que Kong et ses rivaux sauriens qui rôdent dans les profondeurs de l'Ile du Crâne. Alors que les dinosaures (et Kong lui même) enflamment notre imagination, les créature de la fosse aux araignées inspirent seulement le dégoût. Elles prospèrent dans les ténèbres qui existent en chacun de nous, tels des cauchemars que nous ne parvenons pas à exorciser.



Croquis de Marcel Delgado représentant une plante carnivore.


Dernière édition par SKULL.ISLAND le 21/04/2018, 13:47; édité 1 fois
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MessagePosté le: 27/03/2018, 23:17    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant

Rumeurs... possibilités... Plus de soixante dix ans après la sortie de King Kong c'est tout ce qui reste pour travailler quand on évoque la scène des araignées. Chaque année qui passe voit les faits devenir encore plus vagues, l'histoire plus exagérée. Jusqu'à ce que sorte un livre comme Kong Unbound (2005) dans lequel l'auteur de S.F. Jack Williamson prétende « Un duel entre Kong et une araignée géante fut coupé en raison du code de censure ». Même si l'idée est séduisante, ce duel n'a jamais existé !

La meilleure façon de présenter la scène des araignées est encore de revenir sur les origines du film lui-même. Le processus de création entourant chaque film est unique mais dans le cas de King Kong il est important de suivre les méandres de son parcours sinueux puisque la scène des araignées fût conçu avant que le scénario ne soit écrit et fût coupée avant la sortie du film le 2 mars 1933. La controverse réside dans le moment où la scène a été supprimée : durant l'écriture du scénario, pendant la production ou lors du montage en post-production.





Comme sa biographie « Living Dangerously » le précise, Merian C. Cooper pensait déjà à son histoire de singe géant avant même de débarquer à Hollywood. Il était déjà un cinéaste expérimenté, célèbre pour ses documentaires, des drames tournés en milieu naturel dans des contrées exotiques et montés de façon à bien montrer les conditions de vies difficiles de certaines peuplades sous un angle acéré et plein de suspens. Bien que certains films comme Chang ou Grass aient été des succès, Cooper et son partenaire Ernest B. Schoedsack songeaient déjà à l'étape suivante : des films pré-scénarisés avec des acteurs, des décors et des effets spéciaux. En d'autres mots – des films de cinéma.

Nourrissant une fascination pour les gorilles depuis l'enfance, Cooper eu l'idée d'une expédition dans la jungle qui tomberait nez à nez avec un féroce gorille qui enlèverait une jeune femme accompagnant la troupe. Le gorille est ensuite capturé, ramené à la civilisation, puis s'échappe et sème la panique avant de trouver la mort, abattu par les hommes. La découverte assez récente des dragons de Komodo fascinait Cooper également et il imagina un combat entre un varan et son gorille. La manière de réaliser une telle scène était encore floue dans son esprit mais son but alors était de faire s'affronter un vrai gorille et un dragon de Komodo ! Pendant qu'il résidait à New York, Cooper essaya d'intéresser Paramount à son projet mais il rencontra peu de succès. Fraîchement parti de Paramount justement, David O. Selznick aimait l'idée de Cooper mais il essayait lui même de s'affranchir de certaines contraintes liées aux grandes firmes cinématographiques et n'avait pas l'argent nécessaire pour fonder son propre studio indépendant. Il se souvint de Cooper, cependant, quand il devint plus tard vice-président des bureaux californiens de RKO. Il offrit à Cooper un job d'assistant exécutif pour déterminer quels projets en développement étaient viables commercialement. Cooper était toujours attaché à son projet de « gorille géant semant la terreur » et, intégrant les bureaux de RKO en 1931, son travail qui consistait à donner le feu vert (ou pas) à divers projets de films le mettait dans une position rêvée pour réaliser ses propres projets.





Cependant, il n'avait pas encore trouvé le moyen de visualiser ses créatures jusqu'à ce qu'il tombe sur un projet appelé Creation. Celui-ci racontait l'histoire des survivants d'un naufrage, prisonniers d'une île peuplée de dinosaures. Cooper n'était pas très emballé par l'histoire et la production ne disposait que de quelques minutes de film malgré près d'un an d'efforts. Cooper sentait que le script était maladroit et manquait d'intérêt mais il était en revanche fasciné par le procédé d'animation image par image que le spécialiste des effets spéciaux Willis O'Brien avait mit au point pour donner vie à ses dinosaures.

Quel moyen pratique pour faire vivre son gorille à l'écran ! Cette solution éliminait également l'épineux et onéreux besoin d'avoir pour lieu de tournage des pays lointains et étrangers. De plus, les modèles de dinosaures construits pour Creation remplaçaient avantageusement les varans de Komodo qui, après tout, ne mesuraient que 10 pieds de long en réalité.





Les pièces étaient en train de se mettre en place. Cooper stoppa la production de Creation mais décida de garder O'Brien et toute son équipe - composée d'artisants créatifs et très efficaces – pour les faire travailler sur « The Beast », la première ébauche de King Kong. C'est au même moment que Cooper démarra la production des Chasses du Comte Zaroff (The Most Dangerous Game), une adaptation de la courte nouvelle de Richard Connell. Que Cooper ait planifié dès le début d'utiliser les décors et les acteurs des Chasses du Conte Zaroff pour son propre film n'est pas certain mais cette situation a rendu le projet plus facile à accepter financièrement pour les exécutifs de RKO. A l'avantage de Cooper également : le fait d'avoir à ses cotés une équipe chevronnée, celle de Creation, dont les modèles de dinosaures pouvaient être réutilisés ainsi que certaines scènes déjà filmées.

Malgré ça, les dirigeants très conservateurs de la RKO étaient désappointés par l'histoire bizarre que Cooper essayait de leur vendre. Selznick trouva un compromis en autorisant Cooper à tourner une bobine d'essais d'environ 10 minutes, afin de les convaincre que « The Beast » était un concept viable et rentable. Un modeste budget de 10.000 $ fût alloué au projet. Il fut décidé que cette bobine test serait confectionné d'un mélange de scènes conçues par le tandem Cooper / O'Brien combinées à des prises de vues issues de Creation, le tout filmé dans les décors des Chasses du Conte Zaroff. En fait on peut se demander si la jungle de Zaroff n'a pas été créée en fonction de King Kong. Il y a peu de chances que l'on trouve un arbre déraciné surplombant un ravin dans la nouvelle de Connell. En revanche, il y avait une scène dans Creation où un animal préhistorique (l'arsinoithérium à deux cornes) poursuit un groupe de matelots jusqu'à un profond ravin que surplombe un arbre jeté en travers. En remplaçant l'arsinoithérium par Kong, cette scène allait devenir une des plus marquante de la bobine test. Une autre scène, influencée par l'idée originale de Cooper qui prévoyait un combat entre un gorille et un dragon de Komodo, présentait un duel entre Kong et un tyrannosaure. La scène des araignées faisait le lien entre ces deux scènes iconiques.


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MessagePosté le: 30/03/2018, 21:46    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant


Photo test pour les modèles miniatures de trois marins au fond du gouffre.



Peu de temps avant que la bobine test ne soit tournée, Cooper fit venir à RKO le romancier Edgar Wallace pour écrire le script et la novélisation du film. Wallace est un peu oublié aujourd'hui mais à cette époque ses thrillers étaient des best-sellers et RKO avait embauché l'auteur anglais en espérant retrouver le même succès avec des films tirés de ses scénarios. N'étant pas du genre à laisser une telle opportunité inexploitée, Cooper envisagea de sortir le livre avant le film dans l'espoir de profiter de la publicité qu'un film adapté d'un scénario d'Edgar Wallace ne manquerait pas d'engendrer.

En réalité, Wallace n'apporta pas tant que ça à King Kong comme il l'admit lui même en privé. Cooper espérait surtout se servir de sa popularité et son rôle se réduisait à épaissir le scénario que Cooper et O'Brien avaient déjà imaginés. Quoi qu'il en soit, Wallace était emballé par le projet et accoucha d'un premier traitement en seulement quelques jours (il était réputé pour travailler à une allure qui paraîtrait indécente aujourd'hui). Ce premier jet, appelé « The Beast », fut achevé le 5 janvier 1932, plus d'un mois et demi avant que ne débute la production pour la bobine test. Le scénario de Wallace diffère en de nombreux points du film que nous connaissons. Alors que quelques scènes sont familières – l'arbre couché en travers du précipice, l'affrontement avec le tyrannosaure, la capture de Kong et son exploitation en public à New York (au Madison Square Garden dans cette version) – les personnages, eux, sont très différents.

Une expédition menée par Denham fait voile vers « Vapour Island » pour les besoins d'un tournage. Au même moment, une chaloupe remplie de forçats évadés se dirige également vers l'île. Une femme appelée Shirley leur sert d'otage Certains détails du scénario de Wallace méritent d'être relatés car les dessins de pré-production réalisés pour définir le look du film sont basés en grande partie sur ce premier traitement. Un des dessins montre un brontosaure faisant chavirer le canot de sauvetage que les bagnards ont dérobés. Leur captive blonde peut être vu dans le coin droit en bas. Un autre dessin montre Kong brisant ses chaînes dans le Madison Square Garden tandis qu'un troisième nous concerne directement : une description détaillé de la scène du gouffre aux araignées.

Le terme « gouffre aux araignées » (spider pit) n'est pas, et n'a jamais été approprié. Comme le démontre le dessin, Cooper et O'Brien ont toujours eu l'intention que cette scène présente toute une variété de créatures horrifiques et pas seulement des araignées géantes. Dans le premier plan de l'image, un condamné (notez le n° de matricule sur sa chemise) est aux prises avec les tentacules d'une espèce de pieuvre. Deux autres condamnés affrontent un crabe géant pendant qu'une autre monstruosité à tentacules rampe derrière eux. A coté, une énorme araignée se tient à l'affût, prête à bondir. Alors que des tentacules semblent surgir de chaque crevasse, un lézard surprit par le tumulte se jette dans une mare pour échapper à l'agitation. Le sol du gouffre grouille de vie, mais une vie sauvage et horrible.





Même si l'équipe artistique d'O'Brien a illustré des scènes essentielles comme celle-ci, Cooper savait que la trame narrative dans son ensemble était défaillante. Mais avant que Wallace puisse réviser son script, il tomba malade et décéda subitement d'une pneumonie le 10 février. Cooper n'eut d'autre choix que de faire appel à James Creelman, scénariste des Chasses du Conte Zaroff, pour le mettre à l’œuvre sur un second scénario. Pendant des semaines, la production se concentra sur les portions animées de la bobine test, tournée entre fin février et début mai. Les scènes comprenaient : le tronc, les créatures du gouffre et la bataille contre le T-rex. Une fois que ces scènes furent en boite, Cooper dirigea les prises de vue réelles qui commencèrent vers fin mai. Pendant que Schoedsack filmait les Chasses du Conte Zaroff durant la journée, Cooper tournait ses scènes la nuit dans les mêmes décors de jungle où déambulaient Robert Armstrong et Fay Wray qui jouaient dans les deux productions. Schoedsack devint de plus en plus agacé quand Cooper commença à empiéter sur son plan de tournage mais ce dernier boucla rapidement ses prises début juin. Après ça, le procédé complexe (et révolutionnaire) permettant de combiner les prises réelles avec les acteurs et les miniatures commença.

En juillet, la bobine test était terminée. Elle fut présenté aux exécutifs de la RKO avec une demi douzaine de dessins réalisés pour la pré-production (dont celui de la fosse aux araignées) qui représentaient les passages les plus marquants de l'histoire. Par tout ses aspects, cette présentation les emballa (malgré quelques réserves sur la sauvagerie ambiante). Le fait de savoir ce qui faisait partie de la bobine test - et ce qui fut retiré plus tard – est d'une importance capitale. Par chance, nous avons une description détaillée de ce que les exécutifs de RKO ont vu ce jour là :

« la bobine test était composée de 138 scènes, la première étant tiré de Creation, dans lequel un tricératops poursuit et tue un homme. Puis, les neufs autres restant (dont Driscoll et Denham) courent comme des fous dans la jungle jusqu'à ce qu'ils arrivent au bord d'un précipice en travers duquel a été jeté un arbre mort. Ils s'arrêtent quand ils aperçoivent Kong emporter Ann de l'autre coté. Un arsinoitherium charge les hommes que Driscoll conduit jusqu'au tronc. Kong s'arrête dans une clairière en entendant les cris et dépose Ann au sommet d'un arbre mort puis se hâte de revenir vers le gouffre. Les hommes sont déjà engagés sur le tronc quand ils voient Kong approcher. Driscoll se laisse glisser le long d'une liane jusqu'à une cavité dans la paroi située quelques mètres plus bas. Denham, de l'autre coté du tronc, se cache dans les fourrés. Les hommes sur l'arbre sont pris au piège entre Kong et l'arsinoitherium.

Kong attrape une extrémité de l'arbre et, en le secouant, réussit à en déloger deux hommes. Ils atterrissent dans un épais dépôt de boue et de vase. Un troisième homme tombe, bientôt suivi de trois autres jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un s'agrippant au tronc. Dans un accès de rage, Kong fait basculer le tronc au fond du ravin. Des insectes et lézards monstrueux, une araignée géante et une créature à tentacules surgissent de leurs repaires pour dévorer les hommes. L'araignée grimpe le long de la liane qui mène à la cavité où s'est réfugié Driscoll. Il réussit in-extremis à couper la liane et renvoie l'horrible insecte au fond du ravin juste au moment où Kong plonge sa main dans la faille pour essayer de l'atteindre. Evitant l'énorme patte, Driscoll réussit à l'entailler avec son couteau. Kong retire sa main et la lèche, puis essaye à nouveau. Pendant ce temps, Ann se réveille et, alors qu'elle regarde en bas, aperçoit un monstrueux serpent au bas de l'arbre. Un tyrannosaure fait alors son apparition. Ann hurle; le dinosaure se gratte les oreilles. Kong est sur le point d'attraper Driscoll quand il entend les cris de Ann.

Se hâtant de revenir, il arrive juste à temps pour empêcher le T-rex de dévorer Ann, percutant au passage le serpent géant qui se trouvait au pied de l'arbre. Les deux monstres s'engagent dans un combat titanesque. Kong est projeté contre l'arbre mort qui s'effondre, Ann se retrouvant piégée sous une branche. Kong finit par tuer le T-rex en lui brisant la mâchoire. Avec précaution, il soulève l'arbre qui retenait Ann prisonnière et emporte la jeune femme dans la jungle. Driscoll se hisse au sommet du ravin et il est interpellé par Denham qui se tient toujours de l'autre coté. Désormais incapable de franchir le gouffre, Denham rebrousse chemin pour aller chercher de l'aide tandis que Driscoll se remet aux trousses de Kong. La bobine se termine alors que ce dernier arrive en vue du corps du tyrannosaure, effrayant au passage un énorme vautour. »


Tiré de Spawn of Skull Island, de Orville Goldner et George Turner, révisé et complété par Doug Turner et Michael H. Price, 2002.





« Ils atterrissent dans une boue épaisse ». Cette phrase est importante car dans la version finale du film, les marins trouvent la mort en se fracassant la tête contre le sol rocailleux du précipice. Une des objections concernant la plausibilité de la scène des araignées est que les marins n'auraient jamais survécus à leur chute. Comme le démontre la description ci-dessus, il n'était pas prévu que les hommes finissent leur chute sur un sol rocheux. Il y avait une scène « live » où les acteurs atterrissaient dans un dépôt de boue assez épais pour amortir leur chute. Ceci soulève la question de savoir à combien de mètres est estimé la chute. Que se passerait-il si la chute n'était plus que de six mètres ? La hauteur vertigineuse de laquelle les hommes tombent dans le film n'a peut-être aucune mesure avec ce que prévoyait la scène à l'origine. Notez également l'ordre dans lequel tombent les matelots. Deux tombent, puis un, deux à nouveau puis un encore, laissant un homme sur le tronc. Le montage final est différent : un homme tombe, puis un second, puis deux d'un coup, ensuite un cinquième, ne laissant plus qu'un homme sur le tronc. Si la description plus haut était seulement une hypothèse, n'aurait-elle pas suivit la scène filmée plus fidèlement ? A la place, cela semble indiquer que des coupes substantielles eurent lieu entre le début de la bobine test et le montage final. Une attention particulière révèle ceci : Driscoll s'engage sur le tronc suivit de sept hommes. Kong fait tomber cinq hommes et envoie le sixième avec le tronc au fond du ravin. Où est passé le septième marin ? A-t-il été supprimé pour des raisons de rythme ou bien son sort était-il tellement lié à la scène des araignées qu'il devenait impossible d'en garder une trace après que la scène ait été coupée ?


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MessagePosté le: 07/04/2018, 20:59    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant

Spawn of Skull Island est une version étendue de « The Making of King Kong » (1975), un livre épuisé depuis longtemps et jamais réédité. Ce livre, écrit à l'origine par George Turner et Orville Goldner, reste encore le plus complet (et le plus recherché) sur le tournage du film. Goldner, bien que n'étant pas vraiment un écrivain, était indispensable à l'écriture du livre car il faisait partie de l'équipe de O'Brien chargée des effets spéciaux. Non seulement il avait travaillé sur King Kong mais il s'occupait presque exclusivement des portions animées du film, incluant les miniatures et leurs décors. Ray Morton, auteur de King Kong : the History of a Movie Icon, décrit Goldner comme chargé des détails sur les décors miniatures, chargé également de concevoir des perches et autres tiges métalliques ou mécanismes pour le support des modèles de dinosaures sautant en l'air ou pour les maintenir dans des positions difficiles. Il était aussi assistant d'O'Brien pour l'animation de certains plans compliqués et s'est personnellement occupé de l'animation des dinosaures dans certaines scènes mineures.

Ces informations sont capitales car en Goldner nous avons un témoin de première main qui travailla sur les maquettes et les décors miniatures. On peut donc présumer que la scène des araignées en faisait partie. Pas une seule fois dans The Making of King Kong les auteurs attestent que la scène n'a jamais été filmée ou que son existence relève de la légende. Cette scène y est traitée comme un fait, c'est seulement une des nombreuses scènes qui ont été supprimées par Cooper dans le but d'améliorer la fluidité du film. George Turner était convaincu de l'existence de cette scène. Spawn of Skull Island raconte comment il a continué à enquêter pendant des années, espérant que la scène du gouffre aux araignées serait retrouvée intacte dans quelques obscures copies étrangères. Mais cela ne s'est jamais produit.







La bobine test fut un succès mais le script de Creelman de marchait pas. Ses dialogues n'étaient pas adaptés aux personnages et il n'arrivait pas à rendre l'action aussi soutenue que Cooper le souhaitait. Ce dernier le remplaça par Ruth Rose, la femme de Schoedsack, à qui il demanda de travailler en priorité sur la scène du village indigène puisque c'est celle qui intervenait en premier sur le planning de tournage. Tout au long de la production, Rose écrivit les scènes dont Cooper avait besoin, excepté celles déjà en boite correspondant à la bobine test. Le livre explique ceci de façon très claire : « Le script de Ruth Rose garda intact les scènes que Cooper avait tourné pour la bobine test, incluant celle de Creation avec le triceratops. » Tout ceci est facilement vérifiable puisque le script est disponible sur le Net. Il y a plusieurs exemples dans les scènes scénarisées de la bobine test où ses directives se réfèrent clairement aux scènes déjà tournées. Le premier est le plus manifeste, citant sa source dans des termes qui ne laissent aucuns doutes :

EXT. CREATION SHOT – FULL SHOT – DAY
Anciennes prises de vues pour Creation.

Le marin au pantalon rayé court à travers la jungle, poursuivi par la bête à trois cornes. Il cherche refuge derrière un arbre. L’animal renverse l’arbre. Il tombe sur le marin et l’embroche, le mettant à mort.

Quelques scènes plus loin, Rose apporte la notification suivante

EXT. LOG – FULL SHOT – DAY

Le bord de la falaise opposée alors que le dernier homme se précipite le long du tronc. Driscoll descend le long de la falaise grâce à une liane.

Peut être plus parlantes encore sont les bribes d’instructions suivantes, qui prennent place alors que Kong déloge avec force les hommes sur le tronc :

EXT. SHRUBBERY – MED. SHOT –DAY

Je suggère ici un plan de Denham regardant à travers l’arbuste, horrifié, pour ne pas le perdre. REVERSE ANGLE.

Le spectateur averti aura noté que Denham est manquant dans la fin de la scène du tronc. Rose reconnaît la nécessité d’une scène qui établirait sa présence dans l’esprit du public et en fait la remarque dans le script. Dans ce cas, « suggérer » indique le besoin de corriger une scène déjà mise en boite. Bien évidemment, il n’y a nul besoin pour Rose de « suggérer » un plan dans son propre scénario. Si elle avait senti qu’un plan supplémentaire était nécessaire, elle l’aurait tout simplement écrit et inclus dans le script. A ce qu’il apparaît, Cooper n’a jamais ajouté un tel plan.

Ces notations et directives indiquent clairement que Rose retranscrivait par écrit les scènes déjà tournées de la bobine d’essais et tentait de les insérer dans son scénario. Il faut cependant admettre que nulles instructions de ce genre ne s’appliquent spécifiquement aux prises de vue de la scène des araignées. La scène qui suit les évènements se déroulant au fond de la fosse, cependant, est sans doute la plus importante évidence que nous ayons :

EXT. CAVE – FULL SHOT – DAY

Au bord du ravin, Kong sent la présence de Driscoll qui s’est réfugié dans une cavité rocheuse située plus bas. PLAN EN PLONGEE jusqu’à la grotte et Driscoll. Il regarde en l’air, observant avec prudence Kong au dessus de lui. Le PLAN EN PLONGEE se poursuit, révélant une énorme araignée qui grimpe le long d’une liane, depuis le fond de la fosse jusqu’à la grotte.

Dans la version finale, Driscoll est menacé par un lézard géant. Il se débarrasse de la créature de la même manière qu'avec l'araignée, en coupant la liane sur laquelle elle se hisse, l'envoyant ainsi s'écraser dans les profondeurs de l'abysse. Certains auront peut-être remarqué que le lézard n'a que deux pattes. Nous reparlerons de ceci plus tard.





Donc, d'où venait cette araignée ? Et où allait-elle ? Comme indiqué un peu plus tôt par Spawn of Skull Island, l'araignée qui grimpe le long de la liane faisait partie de la bobine test. Ruth Rose reproduisit donc la scène telle quelle dans son script. Ainsi nous pouvons sans trop nous tromper affirmer que la scène des araignées fut bien filmée et était donc considérée comme une scène à part entière du film à ce stade de la production, sinon Rose n'aurait pas prit la peine de l'écrire. Si, comme le suggèrent certains sceptiques, la scène des araignées avait été abandonnée avant le tournage pour cause budgétaire ou simplement par autocensure (ces deux points seront abordés plus tard), alors Ruth Rose aurait écrit la scène avec le lézard géant à la place de l'araignée. Les raisons pour lesquelles cette araignée à été supprimé de la scène restent inconnues mais nous pouvons raisonnablement imaginer que peut-être, lorsque Cooper réalisa que la séquence entière devait disparaître, il préféra effacer toute trace des araignées et remplaça la créature grimpante par un lézard plus « innoffensif ».
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MessagePosté le: 07/04/2018, 21:58    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant

Depuis des années, des rumeurs circulent à propos de diverses versions alternatives de King Kong qui auraient refait surface avec les « scènes censurées » intactes. Il a été avancé parfois que la scène des araignées faisait partie de ces trouvailles, même si ces scènes furent coupées pour d'autres raisons, par des mains différentes, et ne sont pas nécessairement en rapport avec la suppression et/ou la découverte de la scène des araignées. Les scènes de King Kong qui ont été coupées peuvent se diviser en trois catégories : abandonnées, supprimées (coupées) et censurées. Toutes les scènes coupées sont présentes dans le scénario du film et dans la novélisation de Delos Lovelace, grâce auxquels les fans peuvent comparer cette version au film et se demander ce que ces scènes auraient pu donner.

Les scènes abandonnées sont celles qui avaient été écrites et devaient faire partie de la production mais, pour une raison ou une autre, leur tournage ne fut pas terminé ou n'eut tout simplement pas lieu. Nous savons par la biographie de Cooper « Living Dangerously » qu'il était extrêmement rigoureux sur le budget. En août 1932, Cooper envoya une lettre au président de la RKO, B.B Kahane, l'assurant qu'il se « battait pour ne pas dépasser le budget », expurgeant toute scène non indispensable et réduisant le nombre de comédiens secondaires.





Il est probable que ce sont des raisons économiques qui ont poussé Cooper à stopper la production d'une scène ou Kong combattait trois tricératops dans un marais rempli d'asphalte avant de les blesser ou de les tuer. La scène ne faisait aucunement avancer l'histoire même si elle était en relation directe avec la scène de Creation incluse dans la bobine test où le troisième tricératops poursuit et tue un marin. Les contraintes budgétaires sont souvent citées comme raison principale de l'abandon de la scène des araignées mais comme nous l'avons vu, la bobine test bénéficiait d'un budget propre et plusieurs photos montrant les décors et les insectes ont survécu. De telles photos montrant la scène abandonnée du marais d'asphalte n'existent pas.

Une autre scène abandonnée avant le tournage est celle où Kong s'échappe par les buildings vertigineux de Manhattan alors qu'il bondit de toit en toit. Cette scène s'avéra trop compliquée à mettre en place, bien qu'une photo test ait survécu et apparaisse dans King Kong : The History of a Movie Icon.

La seconde catégorie concerne les scènes qui ont été tournées comme indiqué sur le script mais supprimées au montage par Ted Cheesman et Cooper lors de la post production. De nombreux sacrifices ont été consentis pour parvenir à ce montage exemplaire. Cooper dû retirer d'importantes portions du film, passant d'une durée initiale de 125 mn à une version finale de 100 mn, dégraissée de toute scène inutile. Parfaitement documenté, The Making of King Kong montre bien comment toutes les scènes qui n'avaient pas un rapport direct avec la situation critique d'Ann et/ou le destin tragique de Kong, furent supprimées ou allégées de tout superflu. Parmi ces suppressions se trouvait un styracosaure (qui remplaçait l'arsinoithérium de la bobine test) qui empêchait les marins de faire demi-tour alors que Kong secoue l'arbre sur lequel ils se trouvent. La scène de la fosse aux araignée, bien sûr, fut coupée à un certain moment après son inclusion dans le script de Ruth Rose. Egalement supprimée : la scène ou Ann est menacée par un serpent géant alors qu'elle se trouve au sommet de l'arbre mort sur lequel Kong l'a déposé. Un morceau de ce passage à survécu dans le métrage final : Alors que le T-rex émerge de la jungle, Ann réagit clairement à quelque chose qui se trouve en contrebas et hors champ. Ce n'est pas le dinosaure, qu'elle remarque seulement quelques seconde après cette première réaction. En plus des scènes à effets spéciaux, de nombreuses coupes eurent lieu dans diverses séquences et dans les dialogues mais c'est bien peu en comparaison des scènes coupées concernant la fosse aux insectes monstrueux et les dinosaures.





La dernière catégorie regroupe les scènes censurées, retirées pour apaiser le Bureau Hays quand le film eu droit à une seconde exploitation en 1938. Le Bureau Hays était une tentative des cinéastes hollywoodiens pour s'auto-censurer avant qu'une intervention fédérale extérieure puisse décider de leur imposer ses vues. Toujours à l'affût de la moindre scène salace ou horrifique, le bureau ordonna que soient faite de nombreuses coupes dans King Kong. Cette censure se fit en dépit du fait que le film soit exploité en 1933 exactement comme Cooper l'avait voulu. Ces plans, comprenant les passages les plus violents ou gênants, incluaient le brontosaure tuant plus que de raison des marins (trois ça allait mais cinq ça commençait à faire trop); Kong mâchouillant un indigène et en écrasant un autre dans la boue; une scène dans New York où Kong arrache une femme de son lit puis, réalisant qu'il ne s'agit pas de celle qu'il recherche, la laisse choir mortellement quelques dizaines de mètres plus bas; et la plus célèbre de toutes où Kong retire les vêtements en lambeaux d'Ann et les renifle avec curiosité.

Ces scène, une fois expurgées du métrage, furent stockées avec peu de considération pour leur préservation et finirent par être considérées comme perdues pendant des décennies. Quand on entreprit enfin des recherches à la RKO dans les années 50 et que cela ne donna aucun résultat, les fans se résignèrent à accepter la perte de ses scènes qui les faisaient tant saliver. Elles ne furent retrouvées que vers la fin des années 60, quand on finit par prendre conscience que les copies anglaises et européennes n'avaient pas été censurées : les scènes en questions avaient survécus pendant tout ce temps sur le marché étranger. Des deux cotés de l'Atlantique, des copies 16 mm des scènes censurées furent éditées à partir des pellicules 35 mm originales. Les collectionneurs étaient ainsi en mesure de réinsérer ces scènes dans leurs propres copies 16 mm (même si ce format est inférieur en qualité au 35 mm). Quand Janus Films ressorti King Kong au cinéma au début des années 70, ils n'eurent pas accès aux sources en 35 mm et leurs copies utilisaient donc également des duplications en 16 mm des scènes coupées pour offrir un montage correspondant à peu près à celui désiré par Cooper.


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MessagePosté le: 15/04/2018, 00:46    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant





LOST NIGHTMARE!




PART II




Un des aspects du film qui a généré le plus de questions sans réponses est la fameuse "scène de la fosse aux araignées". Il s'agissait d'une vision horrifique où l'on voyait les hommes d'équipage du Venture mourir sous l'assaut de créatures cauchemardesques au fond d'un gouffre obscure. Dans le dernier numéro nous avons mis en évidence que la scène de la fosse aux araignées a bien été tournée mais nous en sommes toujours à nous demander quand et pourquoi elle a été retirée du film. Il est temps maintenant de mettre de coté ce que nous savons et ce que nous pouvons raisonnablement en déduire, pour nous pencher sur les propos du principal créateur de King Kong : Merian C. Cooper. Malheureusement, ses déclarations ont plus alimentées la controverse qu'autre chose.

On pourrait croire qu'en Cooper se trouvait la personne ayant l’autorité finale sur le sujet de la scène des araignées. Il avait méthodiquement supervisé tous les aspects de King Kong et, si quelqu'un connaissait le destin de cette séquence, ce devait être lui. Effectivement, il avait beaucoup à dire sur le sujet, souvent des choses alléchantes mais peu de vraiment claires.

Cela aurait du être une réponse toute simple. Après tout, les raisons de son retrait sont parfaitement claires. Si l'on se réfère à The Making of King Kong, la scène des araignées n'était qu'une des nombreuse séquences réduites ou complètement supprimées du film avant sa sortie. En fin de compte, la scène était (et est toujours) sans grand rapport à l'intrigue et cette seule raison est suffisante en soi. En showman qu'il était, cependant, Cooper compliqua l'histoire de la suppression de cette scène au fil des ans au point qu'à présent la légende entoure la scène manquante des araignées. La seule manière pour Cooper de se couvrir aurait été de dire qu'il n'avait pas filmé la scène du tout, ce qu'il a fait aussi. Mais l'a-t-il vraiment fait ? Si on peut penser que son histoire est peu fiable et exagérée, il reste néanmoins la source première pour tout ce qui concerne Kong et nous devons prendre en considération son autorité sur le sujet. Donc, observons de façon chronologique comment son histoire a évolué.

La toute première mention de la scène des araignées dans la presse publique est probablement celle de l’édition du 15 janvier 1933 du Los Angeles Times. Publié avant même la sortie du film, l’article qui présente la prochaine extravagance de Merian C. Cooper est plus un papier promotionnel qu’une précieuse mine de renseignements. Il reste néanmoins très intéressant pour son approche centrée sur les effets spéciaux ainsi que pour une brève mention de la scène des araignées : « Cooper insiste sur le fait qu’il n’a pas voulu réaliser un film d’horreur. Il a même supprimé une de ses meilleures scènes (où des hommes sont jetés au fond d’un ravin grouillant d’araignées préhistoriques) dans le but de privilégier le coté aventures fantastiques. »



Vu dans The Black Scorpion, ce modèle d'araignée est réputé avoir été construit à l'origine pour King Kong.



Ce qui est intéressant de noter ici est qu’il n’y a pas de citation directe de Cooper sur ce sujet. Il est cité un peu plus loin dans l’article mais, à ce stade, la scène des araignées est seulement mentionnée en passant. Cooper a dû s’arranger pour qu’il soit fait mention qu’il s’agissait «d’une de ses meilleures scènes», une déclaration qu’il allait répéter, dans d’autres circonstances, bien des années plus tard. Comme à chaque fois, la raison invoqué pour la suppression de cette scène concerne son caractère horrifique contrastant avec le ton général du film, plus axé sur le coté aventure/fantasy. Il faut souligner également la date de cet article : le 15 janvier. King Kong est sorti le 2 mars 1933, fracassant tous les records du box-office. Bien entendu, la scène des araignées avait été retirée alors. Les rares mentions à cette scène étaient apparues dans quelques objets promotionnels et dans la novélisation du film, publiée juste avant l’hiver. La scène, telle qu’elle est écrite dans le roman, a bien du faire se relever quelques sourcils parmi les fans mais la plupart a du se dire qu’il s’agissait probablement d’une fantaisie ou d’une exubérance de la part de l’auteur. Il faudra dès lors près de 30 ans pour que l’évidence du contraire soit mise à jour.

Dès le début des années 60, Kong a fortifié sa place en tant que grand père de tous les films de grands monstres. Avec des ressorties cinéma régulières depuis 1933, puis l’apparition de la télévision dans les foyers américains, de nouvelles générations ont continué à tomber sous le charme du film. C’est à cette période que King Kong a gagné ses galons de classique. Cet état de fait a poussé critiques et historiens du cinéma à scruter de plus près tout ce qui se rapportait au film et à ceux qui l’avaient mis sur pied. Cooper, au crépuscule de sa vie, était plus qu’enchanté de parler de sa gloire passée avec les fans et ceux qui l’interviewaient. Sa loquacité, combinée à l’intérêt grandissant des fans pour tout ce qui concernait King Kong, résulta dans une nouvelle mise en lumière de la scène des araignées qui, encore de nos jours, continue d’alimenter de nombreux débats.

Samuel A. Peeples – écrivain américain qui devint reconnu assez tardivement pour ses westerns, films de S.F et scénarios – vint alimenter la controverse concernant la scène des araignées en prenant une voie différente : il se procura un exemplaire du script final dans lequel figure cette scène. Il interviewa Cooper en 1961 pour les besoins d’un article qui fut publié plus tard dans Films in Review. Comme Peeples l’explique dans son article, Cooper avait pour habitude de faire relier les scripts de ses films et de les offrir comme cadeaux de Noël à ses amis et collaborateurs. Peeples révéla un aspect intéressant de tous les scénarios que Cooper avait fait relier : dans son exemplaire, chaque scène effectivement tournée était marqué par SHOT et était annoté de la main même de Cooper. Les pages 62 et 63 qui décrivent les scènes relatives au tronc d’arbre surplombant le ravin et la chute des hommes au fond du gouffre sont marquées d’un SHOT mais quand commence vraiment la scène des araignées « … la moitié de la page 64 avec les insectes n'est pas annoté ce qui, au vu du reste du scénario filmé, implique que cette scène ne fût jamais tournée ».



Ce célèbre dessin de pre-production montre ce qui aurait dû se passer. Il était bien sûr obsolète au moment du tournage de la scène. Les condamnés du croquis furent changés par des marins et la créature à tentacules disparut de la scène. Néanmoins, l'araignée, le crabe ainsi qu'une chose tentaculaire cachée derrière les marins furent conservés.



La logique de Peeples se tient. En fait, c'est un des arguments récurrents de ceux qui doutent de l'existence de cette scène mais force est de reconnaître qu'il soulève des questions intéressantes. Comme indiqué précédemment, la scène des araignées est décrite dans The Making of King Kong (complété et ressorti sous le titre Spawn of Skull Island) mais comme faisant partie à l'origine de la bobine test. Comme on s'en souvient, cette bobine d'essai avait été réalisée avant l'écriture du script final et il y a de bonnes raisons de supposer que la scénariste Ruth Rose ait tout simplement transposé les scènes de la bobine test dans le scénario qu'elle était en train d'écrire.

Cependant, il paraît absurde que toutes les scènes du script soient indiquées par SHOT excepté celle des araignées puisqu'il s'agit justement d'une des toutes premières scènes crées pour le film. On ne sait pas ce que Cooper avait en tête pendant qu'il annotait son exemplaire du scénario; peut être n'a-t-il laissé aucune note pour cette scène car il envisageait déjà de la supprimer alors que les scènes voisines étaient encore en considération.

Si Peeples s'en était tenu là, la confusion la plus totale régnerait encore sur cette scène mais, immédiatement après avoir « résolu » le mystère de la scène des araignées, il déclare ceci : « j'ai vu un flash-cut au fond du ravin de créatures munis de nombreuses pattes et bondissant vers la caméra mais cette scène n'est pas rattaché aux hommes qui tombent dans le précipice. J'ai recueillis le récit d'une centaine de personnes qui affirment avoir vu les marins se faire dévorer par les araignées. En 1961, j'ai posé la question à Cooper et il a répondu que la scène n'avait jamais été filmée car le bureau principal de la RKO était certain qu'elle serait censurée. »

Imaginez un peu ! Dans un paragraphe il établit que la scène n'a pas été tournée du fait qu'elle n'ait pas été annotée comme telle, puis, dans le paragraphe suivant, il prétend avoir vu un « flash-cut » montrant des créatures multi-pattes fonçant sur la caméra. Qu'est-ce qu'un « flash-cut » peut bien signifier dans ce contexte et comment peut-il être relié à Kong s'il ne fait pas partie de la séquence où les matelots tombent au fond du ravin ? Mystère...

Extrêmement curieuses également sont les déclarations de Cooper selon lesquelles la scène aurait été abandonnée avant le tournage du fait des craintes de la RKO quant à d'éventuelles censures. Comment la RKO pouvait elle craindre les réactions face à cette scène avant même qu'elle soit tourné ? Tout ceci n'est pas très clair.



Un autre dessin de production illustrant une scène où les marins sont la proie d'une araignée avec des pinces de crabe.


Dernière édition par SKULL.ISLAND le 15/04/2018, 23:12; édité 1 fois
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MessagePosté le: 15/04/2018, 23:03    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant


Réalisé pendant la pré-production, ce croquis montre le tronc s'écrasant au fond du ravin, envoyant les marins vers un sort funeste.



Bien que Peeples soit un auteur respecté et que sa parole ne devrait pas être mise en doute simplement parce que nous ne sommes pas d'accord avec ses conclusions, il faut préciser que Cooper n'est pas cité directement une seule fois dans tout l'article. Serait-il possible que Peeples ait mal interprété les propos qui lui ont été rapportés et que Cooper voulait dire en fait que la scène a bien été filmé mais jamais incluse dans une copie du film car la RKO était sûre qu'elle serait censuré ? Nous ne savons pas si Peeples était au courant de l'existence de la bobine test et de son rôle dans la fabrication de King Kong ni même qu'il s'agissait de la première portion du film à être tournée.

Cooper était naturellement ambiguë sur le sujet comme on peut le constater dans cette citation : « En fait, toutes les scènes tournées pour cette bobine test sont dans le film sauf une scène dont tout le monde me parle et que j'ai retiré volontairement du métrage. Il s'agit de la scène où les hommes heurtent le fond du ravin et que – ceci n'est pas dans le film – des araignées viennent les dévorer. Cette scène ralentissait la progression de l'histoire et je l'ai supprimé. Au moment du montage je n'ai aucun état-d'âme, ainsi en va-t-il de n'importe quel bon réalisateur ou producteur. » (tiré de « The Man Who Killed King Kong » de John Stag Hanson dans Movies International # 3, 1966).

On peut interpréter cette citation de deux façons différentes : Cooper a-t-il abandonné la scène à son stade conceptuel, comme l'avancent certains, ou voulait-il dire qu'il a coupé la scène du montage final ? On peut aussi faire remarquer que la déclaration de Cooper est en partie fausse : comme Goldner et Turner l'ont établit (dans Spawn of Skull Island), les scènes avec l'arsinoitherium et le serpent géant figurant dans la bobine test ont également été retirées.



Le modèle de l'araignée, recyclée dans The Black Scorpion (1957).



Certains critiques ont été assez loin en suggérant que Cooper n'avait jamais tourné cette scène mais se plaisait à prétendre le contraire tant que ça faisait une bonne histoire. On peut facilement imaginer que le réalisateur racontait ce genre de choses dans des interviews destinées à un public acquit à sa cause mais qu'en est-il de la sphère privée ? Cooper est-il resté fidèle à ses propos quand le magnéto ne tournait plus ? Hé bien oui, plus ou moins. Quand on cherche une déclaration privée de la scène des araignées, il suffit de regarder dans l'édition DVD 2005 de King Kong. Le mini doc « The Mystery of the Lost Spider Pit Sequence » sur les bonus du disque 2 qui présente une reproduction d'une lettre de Cooper. Cette fois-ci il n'y a aucune ambiguïté dans son explication : « ...je n'ai jamais vu The Black Scorpion, donc je ne pourrais en dire plus sur la scène ou apparaissent des araignées. Après tout, je les ai inventé et personnellement retiré de la première version studio de King Kong. Elles ralentissaient l'histoire !!! »

La lettre de Cooper n'est pas datée et les circonstances entourant sa rédaction restent inconnues mais son explication est simple et directe. L'intérêt de celle-ci réside dans le fait qu'il prétende avoir lui même retiré la scène de la copie originale. Voulait-il dire qu'il l'a retiré en personne ou a-t-il demandé au monteur Ted Cheesman de le faire ? De toute façon le résultat reste le même. On peut en déduire en tout cas que cette scène a survécu au moins jusqu'à ce stade de la production.

« A rough studio print » représente la toute première phase de montage d'un film, effectué avant même que soit enregistré la musique ou que l'on ai ajouté les effets sonores ou spéciaux. C'est souvent à ce stade que des scènes qui fonctionnaient bien sur le papier se révèlent incompatibles ou trop contrastées par rapport au ton général du film et sont donc supprimées. Quand Cooper affirmait précédemment que la scène des araignées « n'est pas dans le film et n'y a jamais été » il voulait peut-être simplement dire qu'elle n'a jamais fait partie de la version finale exploitée en salle. C'est un fait plutôt commun dans le processus de tournage : une scène intéressante mais mineure est retiré car elle ralenti le bon déroulement de l'histoire ou contraste trop avec le ton général. Ce genre de chose arrive depuis les débuts du cinéma. Mais comment cette scène des araignées est-elle devenue une des plus recherchée et controversée dans l'histoire d'Hollywood ?





David O. Selznick's Hollywood de Ronald Haver (1980) fût un énorme succès à sa sortie. Détaillant la vie et le triomphe d'un des plus influant producteurs qu'Hollywood ait jamais connu, le livre retrace l'ascension de Selznick, incluant son passage à la RKO où il était à la tête de la production. King Kong fût un des premiers succès important pour Selznick et une bonne place est accordée à l'histoire du tournage dans le livre d'Haver. Bien sûr, l'histoire serait incomplète sans la mention du rôle de Cooper dans le développement du film. Haver avait acquit des cassettes audios d'interviews de Cooper conduites par le journaliste Kevin Brownlow. Cette source est également utilisée par Mark Cotta Vaz dans sa biographie « Living Dangerously: the Adventures of Merian C. Cooper ». On appréciera la verve de Cooper alors qu'il raconte pour la énième fois sa plus célèbre création, car ses explications n'ont jamais été aussi juteuses, voir suspectes. Par exemple, Haver rapporte comment Willis O'Brien aurait commencé à développer une gangrène à la main à force de manipuler des marionnettes pour les scènes en stop motion et comment Cooper « fût donc forcé d'assurer la plupart du travail d'animation lui même pour finir le film! » Bien sûr tout ceci est parfaitement improbable : imaginez Mona Lisa terminer elle même son portrait si Léonard De Vinci était tombé malade !

Mais voici venir la contribution la plus tenace de Cooper sur la controverse entourant la scène des araignées : Haver rapporte que « dans la dernière semaine de janvier 1933, Cooper prévint Selznick que le film était près pour une toute première projection. Selznick, qui n'en avait vu que des bouts, était aussi excité que tout le monde dans le studio à l'idée de voir enfin ce que Cooper avait si méthodiquement préparé depuis plus d'un an. Selznick organisa immédiatement une séance à San Bernardino, se dépêchant de rentrer d'un week-end à la montagne. Durant la séance, la projection se déroula exactement comme Cooper l'avait prévu à une exception près : quand Kong déloge les marins du tronc sur lequel ils se tiennent et les envoie au fond du ravin, ceux-ci sont la proie d'insectes monstrueux et de serpents qui les dévorent vivants de façon très graphique. Les cris en provenance de l'écran, dans ce cas, furent bientôt rejoint par ceux de la salle. Une bonne partie du public quitta le cinéma sur le champ et ceux qui restèrent commencèrent à murmurer entre eux pendant plusieurs minutes, rendant difficile toute concentration pour la suite de l'histoire. « Cette scène interrompait brutalement le bon déroulement du film » déclara Cooper, « alors dès le lendemain je suis retourné au studio et je l'ai retiré moi-même en salle de montage. O'Brien était vraiment très déçu dans la mesure où il considérait qu'il s'agissait de la meilleure scène d'animation qu'il ait jamais réalisé – et c'était le cas – mais elle desservait le film donc... poubelle ! »

Au fil du temps, l'histoire à évolué, au point que Newsweek, dans son édition du 5 décembre 2005, écrivait que cette scène avait donné la nausée à plusieurs personnes et que d'autres s'étaient évanouis. On ne peut bien sûr tenir Cooper, mort depuis déjà quelques dizaines d'années, pour responsable de toutes ces extrapolations mais cet exemple illustre bien comment les légendes prennent leurs racines et deviennent aussi probantes que des faits.





Une erreur cependant est à relever dans cette version : comme démontré plus tôt, la scène des araignées avait déjà été retirée au moment de la sortie de l'édition du 15 janvier du Los Angeles Time. Là non plus on ne peut rejeter la faute sur Cooper pour s'être trompé dans la date quelques 30 ans plus tard mais elle remet son histoire en cause, tout spécialement parce qu'il n'existe aucun autre témoignage qui vienne corroborer les faits sur cette fameuse séance test. La version de Cooper est excitante et provocante mais, devant la variabilité de l'histoire au fil du temps, un scepticisme prudent est de rigueur quand il s'agit d'aborder cette histoire.

Cela ne veut pas dire que Cooper mentait délibérément. Bien qu'il soit sujet à l’exagération, par tous ses aspects c'était un homme d'une grande moralité, avec un code de l'honneur assez strict et il est difficile d'imaginer qu'il ait inventé de toute pièce certains détails comme le fait que Selznick organise une preview à San Bernardino. Sa façon de faire consistait plus à vendre ses créations en utilisant beaucoup d'hyperboles et un minimum de détails. Bien qu'il n'existe aucune preuve d'une projection aussi spectaculaire il est en revanche fort possible que Cooper ait organisé une séance avec un premier montage brut pour l'équipe technique du film et les gens du studio. Il a pu extrapoler les réactions du public face à la scène des araignées par rapport à celles des exécutifs de la RKO, qui, à en juger par leurs pairs tous studios et époques confondues, devaient être une belle brochettes de conservateurs timorés. Peut être que les réactions qu'il perçut alors se sont mélangés au fil du temps avec la réaction possible du public, ne finissant par faire qu'un dans son esprit ? Pour quelqu'un qui aime les bonnes histoires les réactions supposées présentaient un attrait indéniable. Bien sûr ça n'est qu'une théorie et les faits restent invérifiables.

L'imagination de certains fans s'est mise à cavaler en découvrant la dernière partie de la citation de Cooper. Il affirme que non seulement Willis O'Brien était effondré par la suppression de la scène mais qu'il considérait celle-ci comme étant sa plus réussie en matière d'animation. Oh combien cette déclaration a dû faire saliver de nombreux admirateurs du talent d'O'Brien ! Malheureusement, personne encore n'a vérifié cette partie de l'histoire, donc nous devons la prendre pour ce qu'elle est. Depuis la parution de David O. Selznick's Hollywood, cette histoire est devenue partie intégrante de la légende de la scène des araignées, encore rapportée en 2005 par un des participants au documentaire de l'édition DVD de King Kong.
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MessagePosté le: 16/04/2018, 23:32    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant

En plus du récit extraordinaire de Cooper, le livre de Ronald Haver reproduit une véritable photo de la scène des araignées. C'est peut être bien la première fois qu'apparait cette photo dans une publication majeure. Elle avait précédemment été seulement publié dans Famous Monsters of Filmland, un magazine très influent consacré aux monstres et aux films d'horreurs. Voilà qu'enfin une preuve visuelle montrait qu'au moins, quelques modèles et un décor avaient été construit pour cette séquence, balayant la théorie selon laquelle la scène des araignées avait été supprimé pendant l'écriture du scénario. La photo montre une araignée large et velue, postée face au spectateur, enjambant le tronc que Kong a projeté au fond du ravin dans la scène précédente. Le positionnement du modèle semble indiquer qu'il devait s'agir d'une photo promotionnelle ou d'un test d'éclairage plutôt que d'une image spécifique à la scène, mais tout cela n'est que pure conjecture.



La photo iconique de l'araignée et du lézard, publiée dans le numéro de Mars 1964 du magazine Famous Monsters of Filmland. S'agit-il d'une image tirée de la scène ou d'une photo posée ?



La photo parue dans l'édition de mars 1964 de Famous Monsters renforça considérablement l'intérêt des fans pour la séquence des araignées et il semble qu'à partir de là, ce soit le sujet le plus fréquemment exposé à Cooper. Don Glut a déclaré à l'auteur qu'il avait brièvement rencontré Cooper dans la rue pendant les années 60 et l'avait interrogé sur la scène des araignées, recevant la réponse habituelle comme quoi le réalisateur l'avait retiré par ce qu'elle perturbait le bon déroulement de l'histoire. Certains fans ont reçu bien plus qu'une simple réponse. Jack Polito, un jeune fan de King Kong, écrivit à Merian C. Cooper pour lui poser toutes sortes de questions sur le film. Cooper répondit gracieusement à chacune d'entre elle et entretint une correspondance avec Polito qui finit par déboucher sur leur rencontre en personne. Polito a gardé toutes les lettres de Cooper dont une fut publiée dans la biographie que Mark Cotta Vaz a consacré au créateur de King Kong « Living Dangerously ».

Cette lettre, datée du 10 février 1966, est intéressante car Cooper y aborde la question directement, avec un soupçon de tromperie qu'il aimait employer en public : « J'ai enlevé la scène des araignées avant que la musique ne soit composée. Elle ralentissait le bon déroulement de l'action. » Cooper aborde également en détail toutes les autres scènes censurées pendant les diverses ressorties de King Kong et montre un certain intérêt à vouloir obtenir une copie personnelle avec toutes ces scènes intacts : « Si vous possédez un tirage des scènes censurées (à l'exception de la scène des araignées qui ne m'intéresse aucunement du fait qu'elle ne faisait pas partie de la version originale définitive), j'espère que vous pourrez m'en procurer une bonne copie que j'aimerais réinsérer dans ma copie neuve 16mm. »







Cette dernière phrase est fascinante en soit car Cooper clarifie bien « version originale » en y accolant le mot définitive en italique, précisant par là que la scène avait été bien été coupée avant la version exploitée en salle mais était cependant incluse dans une copie de travail antérieure. Elle indique également que Cooper n'avait pas la scène en question en sa possession, ni même aucune des scènes censurées. Elles étaient présumément toujours gardées quelque part dans un dépôt de la RKO.

Plus loin dans la lettre, Cooper propose à Polito de lui envoyer un exemplaire dédicacé du numéro de Films in Review publiant l'article de Peeples. Il fait remarquer que bien que l'article en question « contient quelques erreurs et plusieurs omissions, il est bien plus factuel que la plupart des autres écrits sur le sujet. » Savoir ce que Cooper lui même trouvait à redire dans l'exactitude de l'article de Peeples serait intéressant, malheureusement il ne précise pas ce qui est vrai de ce qui est faux. Ceci étant, bien que dans la même lettre il se réfère à la scène des araignées comme une authentique scène coupées – et non juste une légende – il parlait probablement plutôt du « flash-cut » ou d'une censure envisagée pour apaiser la RKO.

Récemment, Polito a exhumé une autre lettre de Cooper et a commencé à en proposer des fac-similés sur eBay. Cette seconde lettre est encore plus intéressante que la première car Cooper y expose plus longuement ses explications sur la scène. L'auteur a obtenu un scan de la part de Jack Polito puis vérifié son authenticité avec l'aide du conservateur des biens de Cooper, James V. D'Arc de l'Université de Brigham. Cette lettre datée du 23 octobre 1966 est visiblement une suite de la précédente. Cooper commence par remercier Polito de lui avoir envoyé les scènes censurées en format 16mm puis il clarifie sa décision d'avoir retiré la scène :

"... j’ai tourné cette scène pour la bobine d’essai et elle se trouvait dans le premier montage. Le film était trop long et j’ai donc écourté la version originale. La scène des araignées déviait trop l’attention des spectateurs de Kong, elle ralentissait le bon déroulement de l’action. D’autres scènes furent ainsi coupées avant que je ne décide que le film soit prêt pour une exploitation en salles. O’Brien fabriqua quelques modèles d’araignées, insectes et autres miniatures qui n’apparaissent pas dans la version finale du film. La scène des araignées n’était pas une de mes préférées. Au fil des années cette scène est devenue plus célèbre qu’elle n’aurait du être en réalité. Le fait que le succès de King Kong ne se soit pas démenti depuis 1933 montre bien selon moi que c’était la bonne façon de raconter l’histoire et que les coupes que j’ai effectuées étaient justifiées.

Toutes les scènes que j’ai retirées du métrage furent conservées par la RKO et se trouvaient encore dans leurs locaux quand j’en suis parti. La compagnie a subie un important incendie dans les années 50 et une grande partie de leurs archives fut détruite. Je crois que tout ce qui concernait King Kong fait partie des choses qui ont été perdu. La scène des araignées n’a jamais été montrée dans une salle de cinéma. Je l’ai retiré avant que Max Steiner n’écrive la musique du film.
"









Cooper propose ensuite à Polito de lui faire parvenir du matériel concernant les araignées et War Eagle quand il en trouverait le temps. War Eagle était un projet abandonné bénéficiant du travail remarquable de Willis O'Brien – un article en soit. Après avoir savouré le coté incroyable d'une telle proposition, nous pouvons dessiner quelques conclusions. Premièrement, la version de Cooper suit de très près celle que nous avons déjà exposées : la scène faisait partie de la bobine test – c'était même une des premières à être tourné pour King Kong – et elle était encore incluse dans une copie préliminaire avant l'exploitation finale du film. Cette scène, parmi d'autres, a été coupée pour réduire la durée du film. Ce qui est remarquable, c'est qu'il est admit que plusieurs modèles furent créés et que cette scène n'était pas une des favorites de Cooper. Il n'a jamais vraiment loué les mérites de cette scène – mis à part le fait qu'il ait déclaré qu'il s'agissait du meilleur travail de O'Brien – mais peut-être était-il fatigué de l'attention qu'elle suscitait depuis des années et ainsi « la remettre à sa place ».

Un point au moins peut être vérifié : Cooper a expurgé les scènes en trop du film avant qu'il soit remit à Max Steiner pour qu'il en compose la musique. Bien qu'elle ne soit pas aussi précise (en ce qui concerne la scène des araignées) la version racontée dans The Making of King Kong concorde avec cette chronologie. Nous avons eu également une confirmation indépendante de la part de Michael Pellerin lors d'une interview réalisée pour AintItCoolNews.com

« Selon ma conviction, après cet exercice de détectives auquel nous nous sommes prêtés, vous n'êtes pas prêt de trouver la scène de la fosse aux araignées. Personne ne la trouvera jamais. La raison est que nous avons découverts que de toute évidence Max Steiner ne l'avait jamais mit en musique. Cela veut dire qu'elle n'est pas même pas passée par la phase d'enregistrement, ce qui implique qu'on ne pouvait rien en faire, vous voyez ce que je veux dire ? Ça aurait pu se faire mais c'était juste un wild shot (prise de vue qui n'a pas été synchronisée avec le son) dans une séance de projection test réservée aux gens du studio avant que la musique ne soit composée. Peut-être. Mais alors il n'y aurait eu qu'un seul négatif de cette scène et Cooper était réputé pour faire disparaître les chutes de manière radicale. Il s'assurait personnellement que personne ne puisse rien en faire. Donc il serait vraiment étrange que cette scène existe encore... »





Michael Pellerin a travaillé avec Peter Jackson sur les éditions DVD de ses films. Cette interview est apparue online pendant le battage publicitaire entourant le remake de King Kong par Jackson en 2005. Elle décrit les efforts nécessaires pour recréer la scène des araignées destinée aux bonus de l'édition DVD du King Kong de 1933. Pellerin est un peu plus pessimiste que nécessaire mais sa découverte corrobore les faits : Steiner a composé la musique sur le montage final uniquement, tel qu'il lui a été présenté par Cooper. Il paraît évident que du temps et de l'argent n'auraient pas été dépensés pour une scène qui allait être supprimé.

Il apparaît, cependant, que Steiner a bien vu la scène des araignées à un moment donné. Jack Polito, qui a rencontré Steiner vers la fin de sa vie et qui est devenu son ami, a confirmé aux auteurs que lorsque la question lui a été posé, Steiner répondit qu'il était surpris que la scène des araignées et celle de la montagne aient été coupées d'une version préliminaire qu'on lui avait montré (La scène de la montagne fait référence à une scène coupée où Kong dévalait la montagne, à la poursuite de Ann et Driscoll)

Les affirmations de Pellerin selon lesquelles Cooper était réputé pour détruire les scènes coupées de ses films ne sont que ça : une légende. Il a été rapporté que Schoedsack et Cooper avaient détruit les chutes d'un film précédant, Chang, pour se prémunir de tout changement susceptible d'être opéré par le studio, mais c'est la seule fois où on les a vu agir de la sorte. Au fil des années, la légende de la fosse aux araignées et la réputation de la paire de cinéastes pour brûler leurs pellicules ont émergées, jusqu'à ce que ça devienne un autre élément du folklore entourant la scène des araignées. Il n'y a aucune évidence que Cooper ait brûlé la scène des araignées mais le résultat est le même. Les films précédents du duo Schoedsack-Cooper étaient des créations originales et ils en avaient la propriété absolue, même si l'argent nécessaire à leur investissement de départ venait de sources extérieures. La bobine test de Kong fût créée avec l'argent et les ressources de la RKO et le studio pouvait garder ou se débarrasser des chutes à sa guise. Malheureusement, a cette époque, les studios se préoccupaient peu des scènes coupées. Toutes les chutes qui atterrissaient sur le sol de la salle de montage était jugées sans valeurs et entreposées sans précautions ou vendues.

Quelle ironie de voir que pendant que de nombreux fans sont persuadés que Cooper a délibérément brûlé la scène de la fosse aux araignées, Cooper lui-même pense que la scène à été détruite dans l'incendie du studio. Que ce soit à dessein ou par accident, le résultat est le même.




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MessagePosté le: 17/04/2018, 21:51    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant

L'encadré suivant figure en annexe de la 2ème partie de l'article (qui en compte 3).



LA SEQUENCE DES ARAIGNEES RECREEE PAR PETER JACKSON


En visionnant le méticuleux travail de Peter Jackson sur la "re-création" de la scène originale des araignées (en bonus sur le DVD de King Kong sorti chez Warner Bros. en 2005), il apparait évident que ce projet fut abordé avec respect, passion et, disons le, beaucoup de fun. Mais jusqu'où va son exactitude ? Dans le documentaire qui accompagne la scène, Jackson, en se basant uniquement sur les descriptions du scénario original et les quelques photographies encore existantes, se livre à un véritable travail de fourmi pour assembler les éléments relatifs au projet.

Nous pouvons examiner ces indices par nous même pour voir à quel point Jackson a collé à la vision de Cooper mais il reste peu d'éléments pour comparer le produit fini. Les informations disponibles fournissent peu de détails sur la manière de diriger les scènes, laissant Jackson libre d'interpréter la séquence à sa guise. Passé un certain point, nous devrons apporter un jugement sur ses seuls mérites. Alors, comment a-t-il procédé ?

Il serait mesquin de faire remarquer que les "marins" arborent des coiffures modernes et des tenues pas vraiment assorties à celles des acteurs originaux. Il s'agissait juste d'un projet "pour le fun", un bonus DVD tourné en parallèle d'une super production chargée d'effets spéciaux. Le temps a probablement manqué, ou l'inclination à respecter scrupuleusement chaque petit détail, mais surtout, Jackson n'en avait nul besoin.

D'un autre coté, pourtant, il aurait dû prendre le temps et le soin de suivre avec plus d'attention le script original. La déviation la plus manifeste autorise les marins à tomber d'une hauteur conséquente et atterrir sur le sol rocheux de la fosse, une chute qui aurait dû leur être mortelle. Le scénario décrit clairement les hommes atterrissant dans un épais dépôt de boue qui amorti leurs chutes. Dans la version originale, les marins ne devaient probablement tomber d'aussi haut, mais rien ne le prouve.









Jackson ignore le script lors d'une autre occasion importante, qu'il aurait été jouissif de voir : il était prévue à l'origine qu'une araignée géante vienne menacer Driscoll dans la cavité rocheuse où il s'est réfugié, plutôt que le lézard à deux pattes. Jackson insiste même en montrant le lézard entamer son ascension vers Driscoll depuis le sol de la fosse. Il s'agirait donc d'une décision délibérée, probablement liée à une question de budget. Néanmoins, on aurait pu espérer que tous les freins soient levés : après tout, il s'agit de la scène perdue des araignées !

Il n'est guère surprenant que le modèle le plus ressemblant soit celui du lézard montré dans la célèbre photo du gouffre aux araignées. La photo fournie une bonne référence et ce modèle semble le plus réaliste. Celui de l'araignée est plus problématique. A en juger par les photos, le modèle original n'inspire pas vraiment des frissons. Un éclairage et un montage approprié peuvent changer la donne cependant : il suffit de jeter un œil au caméo efficace de l'araignée dans The Black Scorpion. Pour une certaine raison, l'équipe de Jackson a choisi de revoir l'aspect de leur modèle, en faisant de leur créature une monstruosité couverte de verrues digne de Shelob, l'araignée géante et millénaire du Seigneur des Anneaux vue par Peter Jackson. Certainement l'habitant le plus terrifiant de la fosse, même si les fans du design de Marcel Delgado peuvent émettre des objections.

A propos de The Black Scorpion, Jackson n'a apparemment pas suivi la rumeur selon laquelle l'insecte à tentacules aurait été ré-utilisé pour le film. Alors que son monstre tentaculaire n'a pas grand chose à voir avec la créature apparaissant dans The Black Scorpion, il se rapproche en revanche de celui tapis dans l'ombre, montré dans le principal croquis de production illustrant la scène des araignées.

Dans l'ensemble, la version de Jackson est un petit plaisir coupable pour les fans de Kong. Si le montage et les mouvements de caméra font plus penser aux productions modernes que le style brut de décoffrage de la grande dépression, Jackson réussi à créer une vignette qui arrive tout à la fois à nous satisfaire et à raviver le désir de voir l'originale. Peut être Jackson peut il être fier de savoir qu'il a prouvé que Cooper avait raison - la scène ralentissait l'action et du être supprimée pour le bon déroulement de l'histoire.
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MessagePosté le: 20/04/2018, 17:53    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant

LOST NIGHTMARE!

PART III





Scène tirée de la fosse aux araignée vue par Peter Jackson. Un monstre tentaculaire se joint au festin, sous le regard des autres insectes du gouffre.




Dans le dernier numéro nous avons mis en évidence que la scène de la fosse aux araignées a bien été tournée mais nous en sommes toujours à nous demander quand et pourquoi elle a été retirée du film. Il est temps maintenant de mettre de coté ce que nous savons et ce que nous pouvons raisonnablement en déduire, pour nous pencher sur les propos du principal créateur de King Kong : Merian C. Cooper. Malheureusement, ses déclarations ont plus alimentées la controverse qu'autre chose. Nous avons relatés en détail les propos de Cooper à ce sujet mais y-a-t-il quelqu'un d'autre qui soit directement impliqué dans la production du film original qui ait fait mention de la scène aux araignées ? Hé bien oui ! Bert Willis, qui faisait partie de l'équipe de O'Brien chargée de l'animation finit par accorder une interview sur ce sujet à Cinemagic en 1985.

Son témoignage est si curieux et sensationnel qu'on se demande quoi en penser. Willis, qui travaillait pour O'Brien en tant que cameraman, se rappelle de façon éclatante cette séquence :

"Le fond du gouffre était un décor miniature d'environ 1,20 mètres de large, constitué de plâtre, avec quelques petits écrans de projection qui étaient placés derrière le tronc. Je ne sais plus combien de jours nous avons passé sur ce décor à animer toutes ces monstruosités. Araignées, serpents, que des choses abominables! Le bureau de censure de Pennsylvanie demanda à ce que la scène soit retirée. Le bureau était destiné aux femmes et aux enfants et ces choses étaient trop horrible pour qu'on puisse les montrer."

L'insecte pieuvre était la plus répugnante créature que l'équipe ait eu à animer. Delgado en fit un modèle miniature en se basant sur les croquis d'O'Brien. D'après Bert Willis, "Cette chose rendait tout le monde un peu nerveux. Obie voulait de vrais serpents pour les gros plans, donc une femme fut emmenée sur le plateau avec une cage remplie de ces bestioles. Je dois admettre qu'elle savait comment s'y prendre pour les manipuler... Je me rappelle que nous avons filmé des cascadeurs, hurlant alors que les serpents s'enroulaient autour de leurs corps. Heureusement, personne ne fût blessé. Les censeurs ordonnèrent que ces scènes soient également supprimées."

La mention de Willis à propos du Bureau de Censure de Pennsylvanie est intéressante en regard de l'article de Peeples paru dans Films in Review et dans lequel Cooper déclarait que RKO avait censuré la scène avant qu'elle soit filmée. Si le studio était vraiment anxieux sur ce sujet et inquiet de la réception du public, c'était à cause d'organisations telles que le Bureau Hays. Celle-ci, tout comme d'autres dans les états de New York, Kansas, Ohio et un peu partout en Amérique avaient acquis une grande influence dès les débuts du cinéma. Elles avaient le pouvoir d'interdire des films qui ne recevaient pas leur approbation et pouvaient interférer dans le processus créatif, de l'écriture du scénario au montage final. Le Bureau de Censure gardait des enregistrements détaillés des changements demandés. Une enquête fut réalisée en 2006 avec pour objectif de vérifier si le bureau de Pennsylvanie avait quelque chose à voir avec la suppression de la scène des araignées. Si il avait demandé (et consigné) la censure de cette scène d'après un montage préliminaire (et non pas au stade de l'écriture) nous aurions au moins une preuve définitive de l'existence de cette scène dans le film. Malheureusement, on découvrit que dans l'année qui suivit la fermeture du bureau, les enregistrements furent jetés en masse, et ne fut gardé qu'un exemplaire assez succinct. Ce qui restait prouvait qu'il était bien de son ressort d'imposer des changements dans les films produits par les majors hollywoodiennes. Entre 1931 et 1934 seulement, 8925 films furent amputés par le Bureau.







L'insecte à tentacules qui apparait dans The Black Scorpion (1957). Serai-ce le même insecte pieuvre de la scène des araignées ?



Que pouvons nous dire du reste du témoignage de Willis ? Sa description des décors semble assez précise si on se base sur les photos ayant survécu, mais qu'en est-il de sa version de l'insecte à tentacules ? Il raconte que les serpents étaient supposés représenter les tentacules de la créature pour les gros plans. Il n'est fait mention d'aucun serpent dans le script ou la bobine test. L'histoire de Willis sur la femme aux serpents enroulant ces derniers autour des cascadeurs hurlants semble trop belle pour être vraie. Tant d'efforts déployés uniquement pour une prise de la bobine test semblent suspects et une histoire tellement juteuse aurait sûrement été racontée dans The Making of King Kong, qui ne dit rien sur le sujet. Sa description du modèle fait presque froid dans le dos et on en vient à souhaiter qu'une photo de la créature ait survécu. Nous devrions être capable d'en avoir une idée générale cependant. Plus de vingt ans après, Willis O'Brien travailla sur un film appelé The Black Scorpion (1957). Dans une scène précise, deux savants explorent une faille dans la Terre d'où se sont échappés des insectes monstrueux. Ils découvrent un monde de cauchemar peuplé de scorpions géants, d'araignées monstrueuses et d'insectes à tentacules. Il a été dit, sûrement avec raison, que l'araignée que l'on voit dans cette scène (et qui poursuit un jeune garçon) était l'un des modèles recyclés de la fosse aux araignées dans King Kong et certains pensent que l'insecte à tentacules était lui aussi l'insecte pieuvre de la bobine test. Bien sûr, nous ne pouvons en être certains mais, logiquement, comment s'y seraient pris O'Brien et Delgado pour réaliser deux tels insectes sur deux films différents ? Si l'araignée a été recyclée, il est probable que l'insecte le fût aussi. Il faut préciser que la peau des modèles fut remplacée pour les besoins de The Black Scorpion, donc leur apparence dans ce film n'indique pas nécessairement qu'ils ressemblaient à ça dans King Kong.

Avant d'en terminer avec cette histoire, nous devons examiner une curieuse nouvelle qui est apparue pendant l'énorme campagne publicitaire organisée pour la sortie du remake de Universal en 2005. L'histoire concerne Orville Goldner, co-auteur de The Making of King Kong et membre de l'équipe d'O'Brien chargée des miniatures. Dans un article, un collectionneur de comics du nom de Warren Reece fait une déclaration en défaveur de l'existence de la scène des araignées. Il possède l'exemplaire en cuir relié du scénario que Cooper donna au scénariste James Creelman. Comme Peeples l'avait fait avant lui, Reece mit en évidence que toutes les scènes sauf celle des araignées avaient été marquées d'un SHOT, même si l'article n'est pas aussi précis que celui de Peeples sur ce point. L'article ne fait pas référence à l'objection que nous avons déjà émise - à savoir que la scène des araignées se trouvait dans la bobine test avant que le reste du scénario ne soit écrit, ce qui soulève des doutes quant à la signification des annotations de Cooper – mais il franchit encore un cap en publiant une déclaration extraordinaire. Reece, qui se lia d'amitié avec Goldner l'année précédant sa mort en 1985, soutient que ce dernier lui aurait dit clairement que la scène des araignées n'avait jamais été filmée. Reece dit que Goldner était emphatique sur le sujet. On se demande bien pourquoi Reece en fut immédiatement persuadé car du temps de son vivant, Goldner n'avait jamais fait une telle déclaration. C'était même plutôt le contraire en fait. A aucun moment dans The Making of King Kong, un espace où il avait une bonne opportunité de le faire, Goldner ne dit que la scène des araignées ne fut jamais tournée. Dans Spawn of Skull Island, Doug Turner dépeint son père comme recherchant toujours cette séquence bien après la publication de The Making of King Kong. Ces dernières années, aucun revirement de la part du père ou du fils n'est à noter en public, donc les certitudes de Reece (et son témoignage de seconde main de surcroît) sont à prendre avec précaution.




Dernière édition par SKULL.ISLAND le 22/04/2018, 12:37; édité 1 fois
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MessagePosté le: 21/04/2018, 13:44    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant

L'avalanche de publicités et produits dérivés qui accompagnent les blockbusters d'aujourd'hui ne sont pas une innovation récente. De même que le remake de King Kong en 2005 a généré des livres, jouets et divers collectors, il en fut de même pour le film de 1933, même si c'était à une échelle plus modeste. Delos W. Lovelace adapta le scénario de Ruth Rose dans un roman paru en décembre 1932, suivi par une version tronquée sous forme d'épisodes par Walter F Ripperger dans Mystery Magazine dès le début de l'année suivante. De nombreux magazines et journaux publièrent des articles sur Kong et il y eu même une bande dessinée pour attirer les enfants. Le Chinese Theatre concocta un programme spécial pour la sortie du film, grâce au matériel fourni par la RKO. Au moins, certains de ces objets promotionnels, dont le roman et le programme cinéma, faisaient mention de la scène des araignées.

Comment se fait-il alors qu'une scène retirée du montage final apparaisse dans un roman et une brochure ? Pour répondre à cette question, il faut réaliser qu'une campagne marketing débute souvent pendant - voir même avant - la production du film, ceci afin de s'assurer que la publicité soit approuvée et finalisée dès la fin du tournage. De même, cela indique fréquemment que des changements opérés tardivement dans la production du film puissent ne pas se retrouver dans la publicité.





En lisant le roman de Lovelace, on peut se demander si l'auteur eu accès à la bobine test ou s'il s'est contenté de retranscrire le scénario de Ruth Rose. L'action de déroule légèrement différemment dans le roman mais ceci peut être attribué à un caprice de l'écrivain. L'ambiance est sombre et palpitante : poursuivis par un tricératops enragé (un reste de la scène abandonnée du marais d'asphalte - Cooper changea plus tard la bête par un styracosaure avant de supprimer les deux scènes, redonnant l'impulsion de la chasse au brontosaure) les hommes partis au secours d'Ann sont forcés de franchir un arbre mort, couché entre les parois d'un profond ravin. Driscoll s'engage le premier et Denham lui fait remarquer "la pire abomination de cette ile démoniaque", une énorme araignée de la taille d'un tonnelet, rôdant dans les profondeurs du gouffre. Non loin de là, un énorme lézard se chauffe au soleil sur un rocher et un "objet" rond et rampant, muni de tentacules semblable à ceux d'une pieuvre, engage un combat avec l'araignée.

Le déroulement de la scène est en fait plus effrayant dans le roman que les évènements relatés dans la bobine test. Sur pellicule, les monstres se jetaient sur les marins seulement après que Kong les aient envoyés au fond du ravin. Sous la plume de Lovelace, les marins franchissent le "pont" en ayant bien conscience des horreurs qui grouillent en dessous. Les deux premiers marins qui tombent sont victimes respectivement d'un lézard et d'une demi douzaine d'araignées géantes. Il s'agit très certainement d'une dérive artistique. O'Brien et son équipe n'avaient ni le temps ni l'argent pour créer et animer autant d'araignées, chacune avec huit pattes articulées. Sur le papier, au moins, l’horreur peut être dispensée à moindre coût. Alors que d'autres hommes tombent, araignées et lézards sont rejoints par un groupe d'insectes pieuvres. Point intéressant : il n'est pas fait mention du crabe géant, vu dans une photo ainsi qu'un croquis illustrant la scène du gouffre mais l'araignée qui grimpe sur une liane jusqu'à Driscoll se retrouve bien dans le scénario final. Pour parfaire le carnage, Kong jette le tronc (et le dernier marin) sur les monstruosités qui grouillent dans la fosse.





Dans les pages du roman, le passage est assez différent de la série d'évènements décrits dans The Making of King Kong. Une part peut être imputée aux réalités économiques liées à l'animation, une autre à la liberté de l'auteur. Nous ne saurons jamais à quel point la prose de Lovelace était appropriée, nous pouvons seulement en déduire que Cooper n'avait pas encore supprimé la scène quand Lovelace commença à écrire le roman. Ce fait réduit quelque peu la chronologie des évènements mais ne nous apprend rien de plus.

Nous savons qu'une bande dessinée promotionnelle montrant la scène du "pont" fut réalisée par un artiste solo à partir de photos publicitaires et de descriptions. L'annonce invite le lecteur à aller voir King Kong au cinéma Paramount de Burlington, offrant des billets gratuits contre un mois d'abonnement au journal. Racontant l'action sous forme d'épisodes, on trouve quatre cases montrant les marins (faussement décrit comme l'équipage du Adventurer) combattre un tyrannosaure, l'attaque du radeau par un brontosaure, la scène du pont, avec quelques monstres représentés en bas de la case et driscoll, au fond de sa cachette, repoussant la patte inquisitrice de Kong. Cette annonce fût apparemment élaborée à partir de matériel promotionnel ancien mais le fait qu'elle montre quelques une des créatures de la fosse est très intéressant. Cela signifie que les publicitaires ont dû travailler à partir du matériel promotionnel officiel du studio alors que l'existence de la scène n'était pas très connue au moment de la sortie du film.





La case décrivant la scène du pont ressemble de manière suspecte à la célèbre photo montrant Driscoll et les marins pris entre Kong et le styracosaure. Kong et le dinosaure (représenté comme un tricératops avec une collerette muni de pointes) adoptent la même pose alors que les marins sont montrés s'agrippant frénétiquement au tronc, chutant un par un dans les pinces d'un crabe plutôt mal dessiné et dans la gueule béante de ce qui ressemble à un crocodile. Derrière eux on peut apercevoir un serpent rampant dans la fosse. On se demande sur quoi l'artiste s'est basé pour réaliser le comic strip. Le tricératops semble indiquer le roman, seule source officielle mentionnant la créature, mais le livre ne fait pas mention d'un crabe. L'artiste, sûrement non associé à la RKO, n'avait apparemment aucune idée de ce à quoi ressemblaient les "immondes choses rampantes du gouffre". Ses compétences sont élémentaires, au mieux – mais la confusion dû être grande pour tous ceux qui anticipaient cette scène macabre pour finalement n’en trouver aucune trace dans le film.

Quiconque ayant lu le programme du 24 mars 1933 édité pour la première de King Kong au Grauman’s Chinese Theatre a également dû rester perplexe. Illustrée par un dessin de production montrant la scène du tronc, on pouvait lire l’haletante annonce suivante :

PIEGE DE TERREUR ! Une équipe de tournage s’aventure dans l’incroyable domaine de Kong, chargé de terreurs inconnues. Leur courage va être mis à rude épreuve face à des créatures de cauchemar. Piégés au dessus d’un ravin sinistre et sombre grouillant d’insectes géants… un dinosaure carnivore leur coupant toute retraite… et Kong secouant le tronc sur lequel ils sont fait comme des rats… les envoyant à une mort certaine au fond du gouffre !





La brochure du Grauman’s Chinese Theatre était tellement spectaculaire, débordante d’enthousiasme cinématographique, qu’elle fût rééditée et incluse dans l’édition DVD de King Kong en 2005 afin que tout le monde puisse en profiter. La référence au « ravin grouillant d’insectes géants » est intéressante car elle nous apprend que la scène devait encore faire partie du film et du scénario au moment de la conception du programme. Si la scène avait été supprimé avant d’être tournée, on n’en aurait jamais fait la publicité. Nous pouvons en déduire que soit la RKO ne s’est jamais inquiétée de corriger sa propre publicité, soit le document fut rédigé et approuvé avant que Cooper ne supprime la scène. Cette dernière possibilité est assez plausible étant donné que Cooper retira la scène juste avant que la musique ne soit composée. A ce moment là, la campagne publicitaire devait déjà être bien entamée. Peut être que les départements marketing et production n’ont pas relevé cet intriguant détail.
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MessagePosté le: 22/04/2018, 14:07    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant

Il est quelque peu ironique que Forrest J. Ackerman publie la première évidence photographique de la scène des araignées dans Famous Monsters of Filmland. Il n’a jamais vu la scène de ses propres yeux – puisqu’elle fût retirée du film avant sa sortie – mais il correspondait avec une personne qui prétendait l’avoir vu. « Il va s’en dire que j’étais là le jour de la première. Après la séance, j’ai immédiatement envoyé une lettre délirante à mon correspondant, J.R. Ayco… Je suppose qu’il/elle n’était pas le(la) seul(e) de mes 127 correspondants à qui j’ai écris dans un état d’extase, mais ce fût sa réponse qui entra dans la légende : « Est-ce que ça n’était pas génial quand Kong secoue le tronc et fait tomber les hommes au fond du ravin… et que l’araignée géante les attrape ? »

« Quoi – quoi – quoi ?! Excusez ma réponse peu grammaticale, mais je n’ai vu aucune araignée ! Apparemment, la légendaire scène des araignées fut montrée aux Philippines mais pas aux Etats-Unis, ni même dans le reste du monde… » - The Essential Monster Movie Guide (1999), avant propos de Forrest J. Ackerman.





Cette anecdote est particulièrement frustrante de par son manque de détails. Ackerman ne dit pas non plus s’il cite Ayco précisément. Il paraphrase une lettre reçue des décennies plus tôt et peut être l’a-t-il mal interprété ? Nous pouvons supposer que cet Ayco (Ackerman n’a jamais su son prénom) écrivait des Philippines puisque Ackerman mentionne ces îles mais comment peut il être sûr que la scène fut diffusée seulement là-bas ? De plus, même si un seul des nombreux correspondants d’Ackerman prétend avoir vu la scène supprimée, doit on pour autant ne pas en tenir compte ?

La question soulève toutes sortes de points fascinants. S’il mentait ou essayait de tromper Ackerman, comment Ayco pouvait-il avoir connaissance de la scène si peu de temps après la sortie du film en 1933 ? Les journaux philippins auraient-ils publiés des annonces similaires à l’édition du 15 janvier du Los Angeles Times ? Ayco avait-il accès au matériel publicitaire qui mentionnait la scène, ou a-t-il simplement eu un exemplaire du roman dans les mains ? La citation d’Ayco semble se référer à la scène telle qu’elle a été filmée/scénarisée puisqu’il n’y a pas d’araignée solitaire dans le roman mise à part celle qui grimpe le long de la liane. La description de Lovelace fait état d’araignées qui attaquent en groupe.





Quels que soient les faits dans cette histoire, la réponse d’Ayco devint une partie de la légende qui entoure la scène des araignées. Quelques décennies plus tard, Peter Jackson, dans le documentaire accompagnant le DVD de King Kong, disait que peut être, un jour, des recherches dans les archives cinématographiques d’Asie pourraient mettre à jour une copie contenant la scène. Michael Pellerin mentionne dans une interview donnée à aintitcoolnews.com que Jackson caressait l’idée de mettre sur pied ses propres recherches concernant la piste asiatique.

Si les intentions de Jackson sont louables, Pellerin fournit probablement la solution concernant cette quête un peu plus loin dans l’entretien. Comme il a été dit, Jackson et Pellerin ont découvert que Steiner n’avait jamais mis la scène des araignées en musique. Ceci garanti qu’aucun public n’a jamais vu telle séquence, bien qu’il y ait une petite chance pour qu’un montage expurgé de toute musique soit parvenu jusqu’en Asie, ou que soit distribué une copie dont seule la scène des araignées ne bénéficiait pas de la partition de Steiner. Par ailleurs, ceci n’a pas empêché certains de prétendre qu’ils avaient vu la scène au fil des années. Le témoin le plus célèbre est Ray Bradbury, le grand maître de la fantasy et de la science-fiction. Bradbury insiste sur le fait qu’il a vu la scène des araignées lors de la sortie de King Kong en 1933 dans un cinéma de Tucson, en Arizona : « … Et à propos de la scène des araignées géantes qui a engendré la légende : la scène est très courte, elle ne dure que quatre ou cinq secondes, je suppose. Elle était dans le film à l’époque, et elle a disparue depuis. Certains disent qu’elle n’a jamais existé. Cependant, je ne pense pas que je pourrais me la rappeler d’une manière aussi saisissante si elle n’avait pas existé. Quand Bruce Cabot est dans sa petite grotte et que Kong essaye de l’attraper, des reptiles grimpent vers lui. L’araignée était située plus bas, au fond du ravin où les hommes étaient tombés. Je ne peux pas prouver qu’elle existe – mais je l’ai vu, j’en suis sûr. Mon souvenir est trop vivace, on ne peut pas l’effacer. » - Spawn of Skull Island, avant-propos de Ray Bradbury (2002).

Aussi excitant de penser que certains cinémas auraient pu s’arranger pour récupérer des copies du montage préliminaire, il est quand même douteux que l’écrivain ait pu voir King Kong sans musique. Des versions alternatives de films se sont retrouvées sur la place publique occasionnellement, mais les chances pour que ça arrive dans ce cas précis sont très minces. Nous devons également faire remarquer que l’histoire de Bradbury semble indiquer qu’il se trompe. La bobine d’essais est sensée montrer une araignée menaçant Driscoll, pas un reptile. Le scénario de Ruth Rose, écrit après la production de la bobine test, décris également l’insecte grimpant comme étant une araignée. Si nous acceptons de bonne fois la description de la bobine d’essais faite dans The Making of King Kong, la créature poursuivant Driscoll sur la paroi du ravin n’était pas un reptile.

Est-il possible que Bradbury ait lu la scène, et vu la photo, des années après les faits ? A-t-il tellement savouré les horreurs du gouffre aux araignées qu’il en soit venu à incorporer de fausses réminiscences dans son souvenir du film ? Nous ne saurons probablement jamais.







Ray Morton, auteur de King Kong : the History of a Movie Icon, pense que la scène ne fut pas tournée, ou du moins jamais terminée. Il écrit consciencieusement à ce propos dans son livre, traitant la scène comme si elle avait filmée puis supprimée, mais après la publication, il a reconsidéré sa position. Dans une interview avec les auteurs de l’article, il explique : « Il (le livre de Turner) n’assure à aucun moment que la scène a été tournée. Il le sous entend certainement, mais ne le dit jamais de façon spécifique – seulement que Cooper a dit qu’il l’a retiré car elle ralentissait l’action, ce qui peut être vrai avant ou après qu’elle soit filmée."

Les photos montrant le décor de la fosse et les modèles d’insectes qui y demeurent n’ont pas non plus grande valeur à ses yeux. « Bien sûr, la scène a très bien pu être tournée, il n’y a aucun moyen de l’assurer, mais après avoir vu le scénario avec les pages barrées, j’ai trouvé difficile à croire que ce soit le cas. A l’évidence, ils ont bâtit les décors et fabriqués les modèles, et il est fort possible qu’ils aient réalisés quelques tests, pourquoi pas un peu d’animation mais, au final, je suis sûr qu’ils ne l’ont jamais terminée. S’ils l’avaient fait, quelque chose aurait refait surface – sinon la scène, au moins des photos – tout spécialement celles des portions live. »

Morton rejette également les rumeurs concernant la copie philippine. « Je n’accorde pas beaucoup de foi à cette histoire car, que la scène ait été filmée ou pas, elle ne fut insérée dans aucune copie partout dans le monde. A ce que nous savons, la RKO a utilisé énormément de dessins de pré-production dans son lancement publicitaire, donc j’imagine que ce merveilleux dessin du gouffre aux araignées a été vu dans beaucoup d’endroits. Je pense que les gens ont interprétés leur souvenir de cette image comme étant une scène du film, mais elle n’y a jamais été. Evidemment, elle figurait dans le roman et dans un magazine sous forme d’épisodes, donc elle était sûrement dans la publicité également. »
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MessagePosté le: 24/04/2018, 14:39    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant

Jim Aupperle, artiste versé dans les effets spéciaux, a consacré son talent dans l’animation image par image, notamment pour des films tels que Flesh Gordon, La Planète des Dinosaures, Beetlejuice et Caveman parmi tant d’autres. Il s’accorde à dire qu’une partie de l’animation fut achevée sur la scène, mais stipule qu’on est certain de rien d’autre. « J’ai tendance à être d’accord… sur le fait que la scène des araignées a été filmée, ou au moins certaines portions. Parmi les photos de Kong relatives aux effets spéciaux qui ont survécu, beaucoup sont des copies ou des images issues de la pellicule provenant des essais de prises de vue en 35mm pour équilibrer le temps de pose pendant la prise, et je certifie que les photos de l’araignée proviennent aussi de photogrammes test pris avec une caméra spécialement conçue pour l’animation. D’après mon expérience sur les diverses productions auxquelles j’ai collaboré dans le domaine de l’animation, il est peu probable qu’une scène en arrive à ce stade sans qu’au moins quelques tests d’animation aient été réalisés. C’est juste une opinion basée sur mon expérience et je n’ai personnellement aucun moyen de savoir si la scène a été achevée et retirée d’une copie de travail durant la production. » (Posté le 10 mai 2006 sur le forum kongisking.net.)

Comme Aupperle vient de le démontrer, les discussions sur la scène des araignées continuent d’aller et venir sur le Web. Parfois, les sujets de discussions peuvent devenir incroyablement ésotériques : « Est-ce que l’utilisation de miniatures en rétroprojection – inauguré pour Kong mais pas avant que la bobine test soit terminée – indique que la scène du lézard rampant le long d’une liane fut ajoutée plus tard dans la production ? » A d’autres moments, les discussions commencent à ressembler au célèbre poster de X-Files : « I WANT TO BELIEVE. »

C’est tout le pouvoir que la scène des araignées exerce sur les fans aujourd’hui. Nous voulons croire qu’un de nos films préférés a un jour contenu une scène si horrifique qu’elle dû être supprimée pour garder l’attention du public et remettre l’histoire sur les rails. Nous avons eu des décennies pour nous délecter de la fantasy dispensée par King Kong. Maintenant, nous voulons explorer un aspect que nous ne pouvons pas avoir : un cauchemar perdu dans le temps, dont la réalité ne pourra jamais être éprouvée face à nos espérances fébriles.





Le lecteur est libre de tirer sa propre conclusion, mais qu’il prenne en compte ceci : le livre de George Turner, « The Making of King Kong », était très précis sur les scènes qui constituaient la bobine d’essais. Cette dernière comprenait 147 plans (ramenés à 138 dans Spawn of Skull Island), un chiffre dont la précision doit bien avoir une source. Il y avait même une liste détaillée des dessins de production présentés à la RKO avec la bobine test, dont celui du gouffre aux insectes. Ces détails spécifiques ont forcément une source. Souvenez vous également que Turner faisait partie de l’équipe de Willis O’Brien, ce qui induit (bien que ce ne soit pas certain) qu’il était personnellement impliqué durant le tournage de la scène des araignées.

L’article de Sam Peeples dans Films in Review démonte le mythe de la scène des araignées mais nous avons démontrés que – d’après Turner, une source de première main – la séquence fut filmée avant même qu’un scénario complet voit le jour. Nous pouvons raisonnablement établir que Ruth Rose a écrit le script autour des scènes déjà filmées pour la bobine d’essais et nous avons déjà apportés quelques exemples allant dans ce sens. Le plus important, est qu’elle fait intervenir une araignée grimpant sur une liane et pas un lézard, ce qui veut dire que le lézard ne faisait pas partie de la scène dans la bobine test originale. L’apparence du lézard tend à cette conclusion : il n’a que deux pattes. Il ne peut s’agir d’une omission de la part de l’équipe qui prit grand soin de l’apparence des autres modèles. On dirait plutôt une alternative de dernière minute. Deux pattes sont plus pratique à animer que quatre, après tout, et l’armature du modèle lui-même a peut être été recyclée d’un autre modèle ou créée dans l’urgence. (Si la scène des araignées a été retirée à un stade tardif de la production, il ne devait pas rester beaucoup de temps ou d’argent pour couvrir les onze heures de travail nécessaire à son remplacement.) Remarquez également que Peeples ne cite pas Cooper directement, rendant sa conclusion ambiguë et laissant planer le doute par rapport aux déclarations du réalisateur. Celles-ci, toutefois, peuvent être interprétées de manière différente, comme s’il n’avait jamais filmé la scène.

Dans sa correspondance privée, Cooper écrit qu’il a tourné la scène puis l’a retiré du montage définitif. Cela correspond avec la version de Turner. Le souvenir de Jack Polito à propos de la surprise affichée par Max Steiner quand il s’aperçut que la scène avait été supprimée complète les découvertes de Pellerin selon lesquelles la scène fut coupée avant que la musique ne soit écrite. Bien que certaines déclarations de Cooper ne soient pas très claires, il reste certainement de quoi les interpréter de cette façon : il coupa la scène de son montage final et non à un stade conceptuel ou lors de la phase de pré-production. Peu importe que les détails entourant la suppression de la scène aient changés au fil des années. On peut suivre les citations sur les affirmations et dénégations de Cooper et toujours penser que ses déclarations sur le tournage et la suppression de la scène sont raisonnablement cohérentes.

Les opinions de ceux qui n’ont aucun lien direct avec la production du film peuvent être discutées. Elles sont intéressantes mais restent d’un intérêt limité. Turner et Willis, qui travaillèrent sur King Kong, sont tout deux en accord avec les diverses affirmations de Cooper selon lesquelles la scène des araignées fut achevée pour la bobine test puis supprimée lors du montage final. Dans son livre, Turner dresse même la liste des effets sonores réalisés par Murray Spivack pour la scène : « les hommes atterrissent dans la boue » et « insectes – lézards – araignées. »

Le roman et la brochure du Grauman’s Chinese Theatre mentionnent tout deux la séquence des araignées. Certains y voient la preuve que la scène a bien été filmée. Après tout, si la scène avait été abandonnée avant la bobine d’essais initiale, comment se fait-il qu’elle atterrisse dans le scénario final d’après lequel le roman (à priori source d’information pour la campagne publicitaire) est dérivé ? L’explication la plus logique est qu’au moment où Cooper retira la scène, il était trop tard pour opérer des changements dans le roman et les exemplaires des programmes publicitaires. Peut être que personne n’y a fait attention et que ce petit détail s’est perdu dans l’avalanche de publicités consacrées au plus gros évènement cinématographique de l’année.



Poster réalisé par Jack Polito et son équipe.



Finalement, nous sommes forcés de nous en remettre aux hypothèses. La scène n’a jamais réapparue depuis sa production. Peut être que Cooper avait raison quand il suppose que les scènes coupées furent détruites dans l’incendie du studio. Les conclusion apportées dans cet article sont peut être erronées, en dépit des évidences, et la scène a pu n’être jamais tournée – une tromperie qui est devenu un des plus intrigants mystères du cinéma. Nous spéculons sans fin à propos de cette scène car c’est tout ce que nous pouvons faire.

Nous fouillons dans les obscures détails d’une production vieille de 75 ans pour atténuer la dure vérité : nous n’avons pas la réponse. Nous en sommes réduit à explorer les faits, les probabilités, et à spéculer dans l’espoir qu’une telle entreprise pourra dissiper les entraves et les fausses idées qui jettent la confusion chez les fans d’aujourd’hui, nés bien longtemps après que les faits relatifs à cette épineuse question se perdent dans les brumes ténébreuses de l’Ile du Crâne.

Quelque part dans notre imagination collective, cependant, reste une île où marchent les dinosaures, où un gorille géant règne en maître sur son domaine, et dans les sombres recoins de ce royaume fantastique, de monstrueuses créatures rôdent affamées, tapies dans l’ombre. Les habitants du gouffre continuent de nous fasciner car ils restent invisibles, laissées à notre seule imagination. Peut être est-ce mieux ainsi. Si la scène venait à réapparaître, elle décevrait inévitablement nos attentes. Comme tous les cauchemars, le pouvoir de l’horreur décroît quand il est examiné sous la lumière crue du jour. La scène des araignées continuera d’être débattue et recherché tant que King Kong aura un public – mais, peut être devrions nous laisser ce cauchemar dans les limbes. L’horreur et le mystère n’en seront que plus puissant, et comme l’histoire de Kong nous l’a démontré, nous avons tous besoin d’un soupçon d’aventure, de fantasy et, oui, de peur aussi, dans nos vies.

2008 – 2009 Gary Vehar / Lee Ashworth
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MessagePosté le: Hier à 10:07    Sujet du message: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Répondre en citant

Voilà pour l’article paru dans Filmfax, disponible également en ligne fût un temps mais le lien ne fonctionne plus à l’heure actuelle. Ma traduction vaut ce qu’elle vaut, elle est peut être maladroite parfois (j’ai galéré sur certains passages) mais j’ai essayé de coller au plus près des écrits de Gary Vehar. Dans la mesure du possible, j’ai respecté également l’iconographie illustrant l’article, malgré quelques entorses et certaines images qui ont changées de place.

Parmi les personnalités citées dans l’article, Jack Polito occupe une place de choix. Il est l’une des quelques personnes encore vivantes à avoir connu certains acteurs principaux de la production de King Kong, et non des moindres : Max Steiner et Merian C. Cooper.

Il y a déjà 10 ans, en préparant la première mouture de ce dossier - destinée à l’origine pour un numéro spécial King Kong dans la revue Métaluna - j’ai contacté Polito pour qu’il me fournisse tous les documents à sa disposition relatifs aux scènes supprimées du montage définitif, et pas seulement la scène des araignées. Grâce à lui, je me suis donc procuré de nombreuses photographies et divers documents, dont un scan de la fameuse lettre de Cooper sur la scène des araignées. Lors de notre correspondance, je lui ai demandé si le Jack à qui la lettre était adressée pouvait être lui (je n’en savais rien à l’époque). Voici sa réponse :

Salut Lionel,

Oui, le Jack en question, c’est bien moi… tu peux lire ici mon historique en rapport avec Kong :

J’ai rencontré Merian C. Cooper en 1966 alors que je travaillais à Hollywood pour la 20th Century Fox comme 5ème assistant de L.B. Abbott qui était chef du département consacré aux effets spéciaux. J’ai été embauché pour travailler sur Lost in Space et The Time Tunnel. C’est à cette époque que j’ai également retrouvé Max Steiner. Je me suis immédiatement pris d’affection pour lui. Il était si bienveillant de m’inviter chez lui à plusieurs occasions et de passer des heures avec moi à me raconter sa carrière. Je possédais une copie 16mm des Chasses du Comte Zaroff et je lui ai proposé de lui en faire une projection car il ne l’avait pas vu depuis des années. C’était, je crois, le tout premier film à bénéficier d’une partition musicale propre, telle que nous l’entendons aujourd’hui. C’était sa première et il a beaucoup apprécié mon offre. Steiner est mort 7 ans après que nous soyons devenu amis. L’annonce de son décès m’a beaucoup attristé. Puis j’ai rencontré Ralph Hammers à la Fox où nous étions embauché tous les deux. Nous sommes devenu amis après que je n’arrête pas de le tarauder à propos d’O’Brien. Ils étaient amis d’enfance et comme tu le sais peut être, il travailla avec O’Brien sur Le Monde Perdu de 1925. J’aurais vraiment aimé rencontrer O’Brien mais il est mort quelques années avant que j’arrive à Hollywood. Cooper et moi sommes restés amis jusqu’à sa mort au début des années 70 et durant nos 7 ans d’amitié j’ai demandé à Cooper de clarifier de nombreuses rumeurs sur le tournage de King Kong, pour finalement découvrir que lui-même avait parfois déformé certains faits. Le temps à l’art de distordre les mémoires et Cooper était un peu confus sur plusieurs sujets, si bien que j’ai dû les corriger moi-même en parlant avec d’autres personnes qui avaient travaillé sur le film et en fouillant dans les dossiers perdus.

Durant les années 60, un ami et moi avons entendu parler d’un vieux projectionniste de Philadelphie à la retraite qui avait un sous-sol plein de vieilles bobines 35 mm en nitrate. Nous étions grands collectionneurs de films à l’époque, donc nous sommes allé le rencontrer. Parmi l’amoncellement de vieilleries nous avons découvert une bobine 35mm en nitrate de King Kong contenant des scènes qui avaient été retirées d’une copie faite en 1938. A cette époque, quand un studio donnait l’ordre de supprimer quelque chose, il était plus facile et économique de couper directement dans la pellicule plutôt que revenir en arrière, modifier le négatif original et retirer une nouvelle copie. Des années en arrière, le projectionniste avait tranché dans la copie du film et collé ensemble les scènes retirées pour en faire une bobine. Celle-ci fut stockée dans la salle de projection pendant des années avant qu’il décide de la ramener chez lui. Quand nous avons réalisé ce que nous tenions – j’avais une copie de réduction inversible 16mm avec deux négatifs inversibles qui sont toujours en ma possession. La copie inversible est aussi proche que possible de l’originale et elle est magnifique. Quand Cooper découvrit que je possédais ces scènes, il m’en demanda aussitôt une copie. Du fait que j’étais impliqué dans la redécouverte des scènes censurées, la question principale que me posaient fréquemment les gens concernaient la scène des araignées, notamment si je savais si elle existait toujours, quelque part. Voici ce que je sais à propos de la scène des araignées, d’après mes conversations avec Cooper et d’une des lettres qu’il m’a envoyé…

La scène a bien été filmée, Cooper et plusieurs autres personnes me l’ont confirmé. D’après ce que j’ai recueillis de Cooper, elle faisait parti du montage de la bobine d’essais puis du montage original du film mais, à la vue du résultat, il ne fut pas satisfait de la fluidité du film. La scène ralentissait l’action et déviait l’attention du public pour Kong, donc il l’a supprima. Ceci fut fait avant que le film sorte et que la musique soit composée. D’après toutes les indications que nous avons, elle n’a jamais été montrée dans un cinéma. Quand Cooper me demanda de lui faire une copie des scènes que nous avions retrouvé, je lui ai naturellement posé des questions sur la scène des araignées… il n’était pas intéressé par la scène car elle ne faisait pas partie du montage final mais il précisa que, aussi loin qu’il s’en souvienne, elle fut stockée dans un entrepôt de la RKO et détruite dans un incendie que subit le studio dans les années 50. Il m’écrivit plus tard une lettre de trois pages concernant la scène, lettre que je possède toujours ainsi que quelques autres qu’il m’envoya durant les 7 ans où nous nous sommes fréquenté. A l’occasion, de temps en temps, j’en propose des copies sur eBay. Il y a encore quelques années, les accessoires, croquis et modèles n’étaient pas considérés comme des objets rares ou ayant beaucoup de valeur, du moins pas collectionnés comme ils peuvent l’être de nos jours donc, si quelqu’un du studio, ou un ami d’une personne travaillant pour le studio, voyait une chose qu’il désirait, il suffisait de demander s’il pouvait l’avoir et, 9 fois sur 10, le studio l’autorisait à le prendre. C’est comme ça que certains modèles de dinosaures et de nombreux accessoires du film ont survécus. J’ai réussi à glaner de nombreuses informations de première main de la part de Cooper sur le tournage de King Kong et, en plus de ses lettres, il fut enchanté de me donner quelques objets en rapport avec le film. Malheureusement, il s’agissait uniquement de reproductions, aucun document original. Cooper lui-même ne possédait pas d’originaux.

En 2001, j’ai été contacté par Peter Jackson qui m’a acheté de nombreuses photos ainsi que des copies des lettres de Cooper. Il fait référence à l’une d’elles dans l’édition double DVD du King Kong original sorti chez Turner, dans la section se rapportant au tournage du film. En 2007, Jackson est venu à Philadelphie pour le tournage de son film Lovely Bones. Sur place, il demanda à me voir et je fus invité sur le plateau où j’ai rencontré Jackson et Bob Burns, l’homme qui possède désormais l’armature originale du modèle de Kong. J’étais impressionné que Jackson me considère à la fois comme une autorité sur King Kong et la personne à contacter pour obtenir du matériel sur le film. Parmi les nombreux objets que je possède sur Kong, se trouve un exemplaire du scénario original de Ruth Rose datant de 1932, plus de 350 photos, le programme de la première au Grauman’s Chinese Theatre, des dessins de production et bien d’autres encore, dont un certain nombre que j’ai proposé sur eBay dans le passé. Voilà tout ce que je peux dire, j’espère que tout ça te donnera une meilleur idée de ma relation avec la plus grande aventure fantastique de tous les temps : King Kong.


(Mail daté du 15.12.2008)

Dès la publication de Métaluna # 5, j’ai envoyé à Jack un exemplaire de la revue. Ne lisant pas le français, il n’a pas pu en apprécier le contenu mais il a beaucoup aimé la mise en page. Avec son équipe, il conçoit régulièrement de nouvelles créations sur King Kong : posters, lobby cards, figurines etc. Certaines de ces créations sont parfois des commandes de fans. Je ne sais pas si il est toujours en activité (voilà 8 ans que je n’ai plus de nouvelles) mais si c’est le cas, vous pouvez lui écrire et demander ce que vous voulez, il le fabriquera dans la mesure du possible (attention, ça n’est pas donné non plus). Pour les photos, c’est pareil. Il vous suffit de préciser quels genres d’images vous cherchez et il vous envoie des planches avec des exemples de photos numérotées, vous n’avez plus qu’à choisir. En voici une concernant la scène des araignées :





Voici quelques exemples de ses créations, des posters que vous ne verrez pas ailleurs et un décor miniature de la scène des araignées :













Voici l'adresse de son site :

http://www.jackpolitocollectibles.com/history.asp


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