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LES BOBINES PERDUES DE KING KONG

 
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SKULL.ISLAND
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PostPosted: 27/01/2015, 16:18    Post subject: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Reply with quote

PublicitéSupprimer les publicités ?
Il y a 82 ans exactement, vers la fin janvier 1933, eu lieu à San Bernardino (Californie) une soirée très particulière où quelques rares personnes eurent la chance inestimable d’assister à une projection historique. Ils n’étaient qu’une poignée à l’époque et ne mesuraient certainement pas l’importance du moment qu’ils étaient en train de vivre. Ils sont aujourd’hui des milliers, que dis-je, des centaines de milliers à rêver que s’ils possédaient une machine à remonter le temps, c’est certainement là qu’ils se rendraient en premier, dans un petit cinéma de San Bernardino, pour s’émerveiller devant la projection du premier montage de King Kong avant la sortie officielle du film, qui eu lieu deux mois plus tard.

Mais ce King Kong était quelque peu différent du film que nous connaissons aujourd’hui : plus long, encore plus spectaculaire peut être, et certainement un peu plus effrayant aussi. C’est à l’issue de cette projection décisive que Merian C. Cooper décida d’effectuer de larges coupes dans son chef d’œuvre et de l’amputer de plusieurs scènes qui n’ont jamais refait surface depuis ce mois de janvier 1933, ce qui n’empêcha pourtant pas l’une d’elle de passer à la postérité. Je veux bien sûr parler de la fameuse scène dite « des araignées » (ou « Spider Pit Scene » comme l’appellent les américains) qui a fait couler beaucoup d’encre depuis que le regretté Forrest J. Ackerman en ai exhumé le souvenir dans sa célèbre revue Famous Monsters of Filmland dans les années 60.

La scène des araignées, si elle reste de loin la plus « connue », n’est pourtant pas la seule à avoir fait les frais de la rigueur de Cooper. C’est en fait trois bobines entières qui repassèrent sur la table de montage et furent expurgées du métrage après la séance test. Que contenaient ces bobines et qu’en est-il advenu ? C’est ce que propose de découvrir ce topic maintes fois annoncé et sans cesse repoussé qui prenait des allures d’Arlésienne.

Ce gros dossier, qui va certainement s’étaler sur plusieurs mois, commencera par la bobine d’essais réalisée avant le tournage proprement dit et qui contenait déjà la scène des araignées ainsi que quelques autres qui ont malheureusement disparues. Puis ce sera le tour des scènes supprimées du montage original, au bas mot une bonne vingtaine de minutes. Pour ceux qui s’inquiéteraient du développement succinct de la scène des araignées lors de cette partie, pas de panique. Ladite scène aura droit à une explication en profondeur peu après, avec la traduction intégrale d’un long et superbe article en trois parties qui lui a été consacré dans trois numéros successifs du magazine américain Filmfax en 2009.

Afin de préserver la fluidité du dossier, merci à tous de bien vouloir attendre la fin pour débattre, poser vos questions ou apporter un commentaire. Et si l’envie de vous saisir de votre clavier vous démange de trop, vous pouvez toujours envoyer un M.P.
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PostPosted: 13/02/2015, 00:21    Post subject: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Reply with quote

Détail de la bobine d’essais




la bobine d'essais se composait de cent quarante sept scènes environ et s’ouvrait sur une prise de vues issue de Creation, au cours de laquelle un homme est poursuivi et tué par une mère tricératops dont il vient de tuer le bébé d’un coup de fusil. La bobine enchaînait ensuite avec une séquence où neuf des hommes du Venture, dont Denham et Driscoll, courent à bâtons rompus dans la jungle jusqu'au moment où ils arrivent à une gorge au dessus de laquelle un arbre déraciné forme un pont. Ils s'arrêtent lorsqu'ils voient Kong qui tient Ann, traverser sur le tronc d'arbre. Un Arsinoitherium épie les hommes et les charge.













Les hommes, Driscoll en tête, se précipitent vers le tronc d'arbre. Kong s'arrête dans une clairière, écoute autour de lui et dépose Ann sur le dessus d'un arbre mort, puis retourne hâtivement à la gorge. Les hommes sont encore au milieu de l'arbre lorsqu'ils voient Kong s'avancer. Driscoll descend le long d'une liane accrochée au bord du gouffre et saute dans une grotte quelques trois mètres plus bas. A l'autre extrémité du tronc d'arbre Denham s'éclipse en plongeant dans les broussailles. Les hommes restés sur le pont sont pris au piège entre Kong et l'Arsinoitherium. Kong soulève le tronc d'arbre et fait tomber deux hommes dans le gouffre. Ils atterrissent dans une boue épaisse. Un troisième homme tombe, puis deux autres et encore un autre jusqu'à ce qu'il n'en reste plus qu'un qui se cramponne au tronc d'arbre. Furieux, Kong soulève l'extrémité de l'arbre et le lâche dans la gorge.











Des lézards et des insectes monstrueux se précipitent sur les hommes qui se débattent pour les dévorer. Puis une araignée grimpe le long de la liane en direction de la grotte où se trouve Driscoll, qui coupe la liane avec son couteau de bord et fait culbuter l'araignée juste au moment où Kong passe le bras dans la grotte. Il échappe à l'énorme patte et lui assène des coups de couteau. Kong retire sa main, la lèche, et la repasse dans la grotte. Pendant ce temps, Ann revient à elle et aperçoit un serpent monstrueux au pied de l'arbre. Un tyrannosaure pénètre dans la clairière. Ann crie. Le dinosaure s'arrête et se gratte l'oreille. Kong tient presque Driscoll dans ses griffes lorsqu'il entend crier Ann. Il se précipite et lorsqu'il arrive le carnassier est sur le point de s'emparer de la jeune fille.











Les deux monstres s'engagent dans un combat titanesque au cours duquel l'infériorité de Kong au point de vue taille, par rapport au dinosaure, est compensée par sa tactique semi-humaine. Kong est projeté contre l'arbre qui tombe, et Ann se trouve coincée en dessous. Kong finit par tuer le tyrannosaure en forçant sa mâchoire. Il soulève le tronc d'arbre avec précaution et libère Ann qu'il emmène plus loin dans la jungle. Driscoll grimpe sur le rebord du gouffre et Denham l'appelle de l'autre rive. Dans l'impossibilité de franchir la gorge, Denham retourne chercher de l'aide tandis que Driscoll repart sur les traces de Kong. La séquence se termine lorsque Driscoll passe furtivement le long du corps sanglant du tyrannosaure qui respire encore, et fait s'envoler un immense vautour effrayé.











La bande d’essais fut assez bien accueillie dans l’ensemble bien que certains administrateurs hauts placés aient été hostiles au projet et aient tout fait pour empêcher sa réalisation. David Selznick lui apporta son plus grand soutien et, après avoir conseillé vivement à Merian C. Cooper de maintenir le budget dans les limites du raisonnable, on lui donna le feu vert pour la réalisation de son film en collaboration avec Ernest B. Schoedsack.
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PostPosted: 12/03/2018, 22:40    Post subject: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Reply with quote

4) En arrivant au bord du précipice, les matelots sont la proie d’un nouveau monstre : un styracosaure (dans le roman il s’agit du triceratops). Alors qu’ils s’engagent sur le tronc pour échapper au dinosaure qui les charge, les hommes sont pris en tenaille car Kong, alerté par leurs cris, vient d’apparaître de l’autre coté et commence à secouer l’arbre.







Dans la bobine test, un arsinoitherium (un ancêtre du rhinocéros) poursuit les marins jusqu’au bord du ravin et les oblige à s’engager sur le tronc qui le surplombe. Quand Kong arrive, les hommes sont pris entre deux feux et c’est pourquoi ils ne font pas demi tour quand le gorille secoue le tronc. D’après Orville Goldner (auteur de The Making of King Kong), Cooper changea d’avis et demanda à ce que la scène soit retournée en utilisant un styracosaure. Dans la nouvelle version, le styracosaure essayait de déplacer le tronc d’arbre avec sa longue corne placée sur son museau. Finalement on abandonna les deux versions parce qu’elles fixaient trop l’attention du public et la détournait de l’histoire elle même. Le styracosaure fera néanmoins ses débuts devant le public dans Son of Kong.



Le styracosaure dans Son of Kong.



5) Furieux, Kong réussit à faire basculer l’arbre au fond du ravin. Les marins, à l’exception de Denham et Driscoll, sont précipités dans les abysses de Skull Island, infestées d’insectes monstrueux. Les monstres répertoriés sont les suivants : un gros lézard appelé cynognathus, un crabe géant, une araignée, une tarentule, un insecte à tentacule, un scorpion ainsi qu’un quadrupède à l’aspect porcin doté d’une crête dorsale. Toujours vivants après leur chute, les infortunés membres du Venture sont dévorés vivants. Une des araignées grimpe jusqu’à la grotte creusée dans la paroi du ravin ou s’est réfugié Driscoll.











Cette dernière scène fut retournée avec le cynognathus à la place de l’araignée quand la séquence entière disparu sur la table de montage.







6) Un immense serpent du nom de Gigantophis Garstini (dont on a retrouvé les restes en Egypte) vient importuner Ann au pied de l’arbre mort sur lequel l’a déposé Kong avant d’aller s’occuper des marins sur le tronc.

Cette scène figurait dans la bobine test mais fut ensuite retirée. On peut cependant apercevoir la réaction de Ann en voyant cet animal juste avant que l'allosaure ne débarque dans la clairière.





7) Après le combat de Kong contre le T. rex, Denham regarde avec précaution par dessus les feuillages derrière lesquels il se cache et aperçoit un stégosaure traversant la jungle...




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PostPosted: 14/03/2018, 02:01    Post subject: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Reply with quote

8] Transportant toujours Ann, Kong parvient à une falaise, ceinturée par une cascade tombant des hauteurs de Skull Mountain. Il escalade la paroi, suivi de Driscoll, et s'engouffre dans une faille, jusqu'à l'immense caverne, menant à son repaire...













9) Après l'attaque du ptéranodon, Kong, furieux, redescend seul la falaise, à la poursuite de Ann et Jack. Il plonge la main dans l’eau pour essayer de les attraper alors qu’ils sont entraînés vers une cascade…







Toute l’ascension de Kong jusqu’à son repaire au sommet de la Montagne du Crâne n’a pas survécu aux coups de ciseaux du monteur. Ce qui se passe lors de l’évasion de Ann et Jack à également été supprimé. Cooper trouvait là aussi que ces séquences ralentissaient le rythme du film et les retira du métrage en dépit d’un long et fastidieux travail d’animation de la part d’Obrien et son équipe.

10) Les registres de la production font apparaître qu’une scène comportant des soldats anglais et indiens fut tournée mais non incluse dans le montage final.

11) A New York, Kong apparaît à la fenêtre d’un hôtel et interrompt une partie de poker.





On ne sait pas si la scène a été tournée mais la raison évoquée pour son éviction est qu’elle était trop similaire à une scène du Monde Perdu.

12) Kong saute de toits en toits et sème un peu plus la panique dans la ville, avec son lot de destructions.







13) Mortellement blessé par le feu nourrit des biplans, Kong chute du sommet de l’Empire State Building.





On tourna une première version particulièrement dramatique de la chute de Kong : le corps, filmé en plongé, dégringolait en une chute vertigineuse jusqu’à la rue, trois cent mètres plus bas. Malheureusement la scène fut rendu inutilisable par un effet d’image fantôme – on devinait le gratte-ciel à travers le corps de Kong. On se rabattit alors sur une vue plus traditionnelle : un pantin désarticulé tombant le long de la silhouette de l’immeuble. A l’origine Kong devait tomber juste à coté d’un des avions en flammes.
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PostPosted: 25/03/2018, 22:00    Post subject: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Reply with quote






LOST NIGHTMARE !

THE MYSTERY OF THE MISSING SPIDER PIT SEQUENCE


Un article de GARY VEHAR avec l’assistance et les recherches de LEE “SHRAN” ASHWORTH


PART I



Pourquoi King Kong continue-t-il de fasciner le public ?

Pourquoi sommes nous attirés dans la jungle sauvage de Skull Island, dans les artères grouillantes du New York de la grande dépression ? Pourquoi nous réunissons nous dans l'ombre de l'Empire State Building pour regarder la tragédie se dérouler encore et encore ?

Depuis des décennies les fans ont étudiés le film, tentant vainement de saisir la magie de l'ensemble en disséquant ses différentes parties. On a déjà presque tout dit sur King Kong, de la musique révolutionnaire de Max Steiner aux effets spéciaux ahurissants de Willis O'Brien et son équipe en passant par le montage incroyablement nerveux du film. Même les dialogues un peu datés, qui réussissent encore à inspirer une certaine affection plutôt que du dédain, dégagent une certaine magie qui nous plonge dans l'histoire. Depuis toujours la question persiste : pourquoi King Kong laisse-t-il durablement son empreinte dans notre imagination collective ?

La réponse se trouve seulement dans la transcendante résonance de l'histoire. Tels nos ancêtres qui chérissaient les horreurs et les merveilles de l'Odyssée, Gilgamesh, et Beowulf, le public moderne frémit pour les sommets mythiques qu'atteint King Kong : de la grande fantasy et une aventure vibrante qui explore un monde perdu et sauvage, la romance ardente entre le héro et la fille, et l'ultime affrontement de l'homme contre la nature.





Telle la dualité de l'homme lui même, nos mythes ont une face plus sombre. Malgré toute sa bravoure, Ulysse est démunit contre l'horreur menaçante de Scylla. Beowulf réussit à vaincre Grendel mais doit affronter la colère de sa mère, un monstre bien plus terrifiant encore que le fils. Nous avons toujours eu besoin de nos propres légendes, de nos rêves...de même que nous avons toujours eu besoin de nos cauchemars.

Ce qui nous amène à un des aspects de King Kong qui échappe à tout examen, un contrepoint sombre à la fantasy dans laquelle nous nous plongeons éperdument. Une scène cauchemardesque, oubliée et peut-être perdue à jamais, qui aurait rendu la jungle de Skull Island encore bien plus sinistre et terrifiante que le monde primitif mais merveilleux que nous gardons en souvenir depuis notre enfance.

Nous voulons parler, bien sûr, de la fameuse scène manquante de la « fosse aux araignées ».





Avant le remake de Peter Jackson en 2005, quelques fans seulement savaient qu'il existait à l'origine un post-scriptum horrifique à la scène iconique de l'arbre couché en travers du ravin dans la version de 1933. Certains marins survivaient à leur chute dans les abysses ténébreux situés sous le pont naturel. Là, ils étaient attaqués et dévorés vivants par des araignées géantes et d'autres créatures monstrueuses cachées dans les profondeurs obscures de l'abîme. Comme les autres créatures de Skull Island, celles-ci étaient des modèles animés selon le procédé mit au point par Willis O'Brien. Pourquoi cette scène a-t-elle été retirée du film et qu'est-elle devenue ?

Tels que les faits ont été relatés, le réalisateur Merian C. Cooper fit un premier montage pour les besoins d'une projection test afin de jauger les réactions du public. Tout se déroula comme prévu jusqu'au moment où les marins ayant survécu à leur chute au fond du précipice se trouvent piégés dans ce qui est communément désigné comme « la fosse aux araignées ». A ce stade, le charme du film se trouva rompu : une partie du public fut tellement horrifiée qu'elle quitta la salle pendant que les spectateurs restants perdaient tout intérêt pour le sort de Fay Wray et discutaient entre eux de ce qu'ils venaient de voir. Cooper réalisa soudain que cette scène devait sauter et c'est ce qu'il fit de retour en salle de montage. Depuis cette projection, personne n'a jamais revu cette fameuse scène coupée. A moins que...

C'est depuis devenu un des grands mystères du cinéma, une scène légendaire retirée d'un film qui ne l'est pas moins. Selon les certitudes des uns ou des autres, cette scène a réellement été filmée ou non. Certains pensent que la scène à été supprimée en raison de son caractère macabre qui cassait de façon abrupte le ton du film pendant que d'autres suspectent plutôt que la scène détournait l'attention du public du sort d'Ann Darrow. Parmi ceux qui pensent que cette scène n'a jamais été tournée, certains avancent des raisons budgétaires pendant que d'autres estiment que les cinéastes ont volontairement anticipés la réaction des censeurs et ont expurgé le film des scènes sensibles.

Pourquoi la scène des araignées continue-t-elle de susciter tant de controverse et de spéculations ? La réponse réside peut-être dans une autre question : qui y a t il de plus puissant que ce qui reste invisible et mystérieux ? Alors que des générations entières de fans connaissent chaque image de King Kong par cœur, nous somme forcés d'imaginer entièrement les évènements se déroulant dans cette fosse aux araignées et, comme le savent tous les enfants, notre imagination peut enfanter des choses bien plus terribles que ce qui ce passe sur un écran.





Un autre point est à prendre en considération : la jungle de Skull Island peut bien grouiller de féroces dinosaures, nous sommes d'une façon ou d'une autre satisfait de cette situation. Les dinosaures sont l'équivalent bien réel des dragons, si anciens et impossible à concevoir de façon précise qu'ils auraient très bien pu passer pour des monstres mythiques. Ils ont également quelque chose de noble, ces monstres à la force brute et à la démarche pesante, luttant pour trouver un peu de nourriture ou broutant le feuillage d'un air heureux. Nous voulons continuer à croire qu'il existe une telle île quelque part. Nous aimerions voir des dragons, des choses d'une terrible beauté.

Les habitants du gouffre aux araignées sont, eux, l'exact opposé de cette fantasy primaire. Ils vivent dans les ténèbres, dans les recoins sombres que le soleil n'atteint jamais. Pendant que les dinosaures chassent et paissent pour leur subsistance, ces créatures restent tapis dans l'ombre, guettant leurs proies ou cherchant des restes de cadavres qui leur parviennent au goutte à goutte des sommets du ravin. Ils sont les mangeurs de charogne, se vautrant dans la dépravation même s'ils s'en repaissent. C'est une image qui vous hante : des marins angoissés, tombant dans les ténèbres d'un monde souterrain et qui périssent alors que des araignées géantes, des crabes cyclopéens et toutes sortes d'horreurs sortent de leurs trous et viennent les dévorer !

Ce n'est pas une surprise si cette scène, complètement en décalage avec le reste du film, fut supprimée. C'était un choix narratif avisé même si cette situation est frustrante pour les fans et les cinéphiles qui ne verront probablement jamais cette scène de leurs propres yeux. Que la scène ait été filmée ou non, les horreurs de la fosse aux araignées rampent maintenant dans les mêmes sphères mythiques que Kong et ses rivaux sauriens qui rôdent dans les profondeurs de l'Ile du Crâne. Alors que les dinosaures (et Kong lui même) enflamment notre imagination, les créature de la fosse aux araignées inspirent seulement le dégoût. Elles prospèrent dans les ténèbres qui existent en chacun de nous, tels des cauchemars que nous ne parvenons pas à exorciser.



Croquis de Marcel Delgado représentant une plante carnivore.


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PostPosted: 20/04/2018, 17:53    Post subject: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Reply with quote

LOST NIGHTMARE!

PART III





Scène tirée de la fosse aux araignée vue par Peter Jackson. Un monstre tentaculaire se joint au festin, sous le regard des autres insectes du gouffre.




Dans le dernier numéro nous avons mis en évidence que la scène de la fosse aux araignées a bien été tournée mais nous en sommes toujours à nous demander quand et pourquoi elle a été retirée du film. Il est temps maintenant de mettre de coté ce que nous savons et ce que nous pouvons raisonnablement en déduire, pour nous pencher sur les propos du principal créateur de King Kong : Merian C. Cooper. Malheureusement, ses déclarations ont plus alimentées la controverse qu'autre chose. Nous avons relatés en détail les propos de Cooper à ce sujet mais y-a-t-il quelqu'un d'autre qui soit directement impliqué dans la production du film original qui ait fait mention de la scène aux araignées ? Hé bien oui ! Bert Willis, qui faisait partie de l'équipe de O'Brien chargée de l'animation finit par accorder une interview sur ce sujet à Cinemagic en 1985.

Son témoignage est si curieux et sensationnel qu'on se demande quoi en penser. Willis, qui travaillait pour O'Brien en tant que cameraman, se rappelle de façon éclatante cette séquence :

"Le fond du gouffre était un décor miniature d'environ 1,20 mètres de large, constitué de plâtre, avec quelques petits écrans de projection qui étaient placés derrière le tronc. Je ne sais plus combien de jours nous avons passé sur ce décor à animer toutes ces monstruosités. Araignées, serpents, que des choses abominables! Le bureau de censure de Pennsylvanie demanda à ce que la scène soit retirée. Le bureau était destiné aux femmes et aux enfants et ces choses étaient trop horrible pour qu'on puisse les montrer."

L'insecte pieuvre était la plus répugnante créature que l'équipe ait eu à animer. Delgado en fit un modèle miniature en se basant sur les croquis d'O'Brien. D'après Bert Willis, "Cette chose rendait tout le monde un peu nerveux. Obie voulait de vrais serpents pour les gros plans, donc une femme fut emmenée sur le plateau avec une cage remplie de ces bestioles. Je dois admettre qu'elle savait comment s'y prendre pour les manipuler... Je me rappelle que nous avons filmé des cascadeurs, hurlant alors que les serpents s'enroulaient autour de leurs corps. Heureusement, personne ne fût blessé. Les censeurs ordonnèrent que ces scènes soient également supprimées."

La mention de Willis à propos du Bureau de Censure de Pennsylvanie est intéressante en regard de l'article de Peeples paru dans Films in Review et dans lequel Cooper déclarait que RKO avait censuré la scène avant qu'elle soit filmée. Si le studio était vraiment anxieux sur ce sujet et inquiet de la réception du public, c'était à cause d'organisations telles que le Bureau Hays. Celle-ci, tout comme d'autres dans les états de New York, Kansas, Ohio et un peu partout en Amérique avaient acquis une grande influence dès les débuts du cinéma. Elles avaient le pouvoir d'interdire des films qui ne recevaient pas leur approbation et pouvaient interférer dans le processus créatif, de l'écriture du scénario au montage final. Le Bureau de Censure gardait des enregistrements détaillés des changements demandés. Une enquête fut réalisée en 2006 avec pour objectif de vérifier si le bureau de Pennsylvanie avait quelque chose à voir avec la suppression de la scène des araignées. Si il avait demandé (et consigné) la censure de cette scène d'après un montage préliminaire (et non pas au stade de l'écriture) nous aurions au moins une preuve définitive de l'existence de cette scène dans le film. Malheureusement, on découvrit que dans l'année qui suivit la fermeture du bureau, les enregistrements furent jetés en masse, et ne fut gardé qu'un exemplaire assez succinct. Ce qui restait prouvait qu'il était bien de son ressort d'imposer des changements dans les films produits par les majors hollywoodiennes. Entre 1931 et 1934 seulement, 8925 films furent amputés par le Bureau.







L'insecte à tentacules qui apparait dans The Black Scorpion (1957). Serai-ce le même insecte pieuvre de la scène des araignées ?



Que pouvons nous dire du reste du témoignage de Willis ? Sa description des décors semble assez précise si on se base sur les photos ayant survécu, mais qu'en est-il de sa version de l'insecte à tentacules ? Il raconte que les serpents étaient supposés représenter les tentacules de la créature pour les gros plans. Il n'est fait mention d'aucun serpent dans le script ou la bobine test. L'histoire de Willis sur la femme aux serpents enroulant ces derniers autour des cascadeurs hurlants semble trop belle pour être vraie. Tant d'efforts déployés uniquement pour une prise de la bobine test semblent suspects et une histoire tellement juteuse aurait sûrement été racontée dans The Making of King Kong, qui ne dit rien sur le sujet. Sa description du modèle fait presque froid dans le dos et on en vient à souhaiter qu'une photo de la créature ait survécu. Nous devrions être capable d'en avoir une idée générale cependant. Plus de vingt ans après, Willis O'Brien travailla sur un film appelé The Black Scorpion (1957). Dans une scène précise, deux savants explorent une faille dans la Terre d'où se sont échappés des insectes monstrueux. Ils découvrent un monde de cauchemar peuplé de scorpions géants, d'araignées monstrueuses et d'insectes à tentacules. Il a été dit, sûrement avec raison, que l'araignée que l'on voit dans cette scène (et qui poursuit un jeune garçon) était l'un des modèles recyclés de la fosse aux araignées dans King Kong et certains pensent que l'insecte à tentacules était lui aussi l'insecte pieuvre de la bobine test. Bien sûr, nous ne pouvons en être certains mais, logiquement, comment s'y seraient pris O'Brien et Delgado pour réaliser deux tels insectes sur deux films différents ? Si l'araignée a été recyclée, il est probable que l'insecte le fût aussi. Il faut préciser que la peau des modèles fut remplacée pour les besoins de The Black Scorpion, donc leur apparence dans ce film n'indique pas nécessairement qu'ils ressemblaient à ça dans King Kong.

Avant d'en terminer avec cette histoire, nous devons examiner une curieuse nouvelle qui est apparue pendant l'énorme campagne publicitaire organisée pour la sortie du remake de Universal en 2005. L'histoire concerne Orville Goldner, co-auteur de The Making of King Kong et membre de l'équipe d'O'Brien chargée des miniatures. Dans un article, un collectionneur de comics du nom de Warren Reece fait une déclaration en défaveur de l'existence de la scène des araignées. Il possède l'exemplaire en cuir relié du scénario que Cooper donna au scénariste James Creelman. Comme Peeples l'avait fait avant lui, Reece mit en évidence que toutes les scènes sauf celle des araignées avaient été marquées d'un SHOT, même si l'article n'est pas aussi précis que celui de Peeples sur ce point. L'article ne fait pas référence à l'objection que nous avons déjà émise - à savoir que la scène des araignées se trouvait dans la bobine test avant que le reste du scénario ne soit écrit, ce qui soulève des doutes quant à la signification des annotations de Cooper – mais il franchit encore un cap en publiant une déclaration extraordinaire. Reece, qui se lia d'amitié avec Goldner l'année précédant sa mort en 1985, soutient que ce dernier lui aurait dit clairement que la scène des araignées n'avait jamais été filmée. Reece dit que Goldner était emphatique sur le sujet. On se demande bien pourquoi Reece en fut immédiatement persuadé car du temps de son vivant, Goldner n'avait jamais fait une telle déclaration. C'était même plutôt le contraire en fait. A aucun moment dans The Making of King Kong, un espace où il avait une bonne opportunité de le faire, Goldner ne dit que la scène des araignées ne fut jamais tournée. Dans Spawn of Skull Island, Doug Turner dépeint son père comme recherchant toujours cette séquence bien après la publication de The Making of King Kong. Ces dernières années, aucun revirement de la part du père ou du fils n'est à noter en public, donc les certitudes de Reece (et son témoignage de seconde main de surcroît) sont à prendre avec précaution.




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PostPosted: 21/04/2018, 13:44    Post subject: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Reply with quote

L'avalanche de publicités et produits dérivés qui accompagnent les blockbusters d'aujourd'hui ne sont pas une innovation récente. De même que le remake de King Kong en 2005 a généré des livres, jouets et divers collectors, il en fut de même pour le film de 1933, même si c'était à une échelle plus modeste. Delos W. Lovelace adapta le scénario de Ruth Rose dans un roman paru en décembre 1932, suivi par une version tronquée sous forme d'épisodes par Walter F Ripperger dans Mystery Magazine dès le début de l'année suivante. De nombreux magazines et journaux publièrent des articles sur Kong et il y eu même une bande dessinée pour attirer les enfants. Le Chinese Theatre concocta un programme spécial pour la sortie du film, grâce au matériel fourni par la RKO. Au moins, certains de ces objets promotionnels, dont le roman et le programme cinéma, faisaient mention de la scène des araignées.

Comment se fait-il alors qu'une scène retirée du montage final apparaisse dans un roman et une brochure ? Pour répondre à cette question, il faut réaliser qu'une campagne marketing débute souvent pendant - voir même avant - la production du film, ceci afin de s'assurer que la publicité soit approuvée et finalisée dès la fin du tournage. De même, cela indique fréquemment que des changements opérés tardivement dans la production du film puissent ne pas se retrouver dans la publicité.





En lisant le roman de Lovelace, on peut se demander si l'auteur eu accès à la bobine test ou s'il s'est contenté de retranscrire le scénario de Ruth Rose. L'action de déroule légèrement différemment dans le roman mais ceci peut être attribué à un caprice de l'écrivain. L'ambiance est sombre et palpitante : poursuivis par un tricératops enragé (un reste de la scène abandonnée du marais d'asphalte - Cooper changea plus tard la bête par un styracosaure avant de supprimer les deux scènes, redonnant l'impulsion de la chasse au brontosaure) les hommes partis au secours d'Ann sont forcés de franchir un arbre mort, couché entre les parois d'un profond ravin. Driscoll s'engage le premier et Denham lui fait remarquer "la pire abomination de cette ile démoniaque", une énorme araignée de la taille d'un tonnelet, rôdant dans les profondeurs du gouffre. Non loin de là, un énorme lézard se chauffe au soleil sur un rocher et un "objet" rond et rampant, muni de tentacules semblable à ceux d'une pieuvre, engage un combat avec l'araignée.

Le déroulement de la scène est en fait plus effrayant dans le roman que les évènements relatés dans la bobine test. Sur pellicule, les monstres se jetaient sur les marins seulement après que Kong les aient envoyés au fond du ravin. Sous la plume de Lovelace, les marins franchissent le "pont" en ayant bien conscience des horreurs qui grouillent en dessous. Les deux premiers marins qui tombent sont victimes respectivement d'un lézard et d'une demi douzaine d'araignées géantes. Il s'agit très certainement d'une dérive artistique. O'Brien et son équipe n'avaient ni le temps ni l'argent pour créer et animer autant d'araignées, chacune avec huit pattes articulées. Sur le papier, au moins, l’horreur peut être dispensée à moindre coût. Alors que d'autres hommes tombent, araignées et lézards sont rejoints par un groupe d'insectes pieuvres. Point intéressant : il n'est pas fait mention du crabe géant, vu dans une photo ainsi qu'un croquis illustrant la scène du gouffre mais l'araignée qui grimpe sur une liane jusqu'à Driscoll se retrouve bien dans le scénario final. Pour parfaire le carnage, Kong jette le tronc (et le dernier marin) sur les monstruosités qui grouillent dans la fosse.





Dans les pages du roman, le passage est assez différent de la série d'évènements décrits dans The Making of King Kong. Une part peut être imputée aux réalités économiques liées à l'animation, une autre à la liberté de l'auteur. Nous ne saurons jamais à quel point la prose de Lovelace était appropriée, nous pouvons seulement en déduire que Cooper n'avait pas encore supprimé la scène quand Lovelace commença à écrire le roman. Ce fait réduit quelque peu la chronologie des évènements mais ne nous apprend rien de plus.

Nous savons qu'une bande dessinée promotionnelle montrant la scène du "pont" fut réalisée par un artiste solo à partir de photos publicitaires et de descriptions. L'annonce invite le lecteur à aller voir King Kong au cinéma Paramount de Burlington, offrant des billets gratuits contre un mois d'abonnement au journal. Racontant l'action sous forme d'épisodes, on trouve quatre cases montrant les marins (faussement décrit comme l'équipage du Adventurer) combattre un tyrannosaure, l'attaque du radeau par un brontosaure, la scène du pont, avec quelques monstres représentés en bas de la case et driscoll, au fond de sa cachette, repoussant la patte inquisitrice de Kong. Cette annonce fût apparemment élaborée à partir de matériel promotionnel ancien mais le fait qu'elle montre quelques une des créatures de la fosse est très intéressant. Cela signifie que les publicitaires ont dû travailler à partir du matériel promotionnel officiel du studio alors que l'existence de la scène n'était pas très connue au moment de la sortie du film.





La case décrivant la scène du pont ressemble de manière suspecte à la célèbre photo montrant Driscoll et les marins pris entre Kong et le styracosaure. Kong et le dinosaure (représenté comme un tricératops avec une collerette muni de pointes) adoptent la même pose alors que les marins sont montrés s'agrippant frénétiquement au tronc, chutant un par un dans les pinces d'un crabe plutôt mal dessiné et dans la gueule béante de ce qui ressemble à un crocodile. Derrière eux on peut apercevoir un serpent rampant dans la fosse. On se demande sur quoi l'artiste s'est basé pour réaliser le comic strip. Le tricératops semble indiquer le roman, seule source officielle mentionnant la créature, mais le livre ne fait pas mention d'un crabe. L'artiste, sûrement non associé à la RKO, n'avait apparemment aucune idée de ce à quoi ressemblaient les "immondes choses rampantes du gouffre". Ses compétences sont élémentaires, au mieux – mais la confusion dû être grande pour tous ceux qui anticipaient cette scène macabre pour finalement n’en trouver aucune trace dans le film.

Quiconque ayant lu le programme du 24 mars 1933 édité pour la première de King Kong au Grauman’s Chinese Theatre a également dû rester perplexe. Illustrée par un dessin de production montrant la scène du tronc, on pouvait lire l’haletante annonce suivante :

PIEGE DE TERREUR ! Une équipe de tournage s’aventure dans l’incroyable domaine de Kong, chargé de terreurs inconnues. Leur courage va être mis à rude épreuve face à des créatures de cauchemar. Piégés au dessus d’un ravin sinistre et sombre grouillant d’insectes géants… un dinosaure carnivore leur coupant toute retraite… et Kong secouant le tronc sur lequel ils sont fait comme des rats… les envoyant à une mort certaine au fond du gouffre !





La brochure du Grauman’s Chinese Theatre était tellement spectaculaire, débordante d’enthousiasme cinématographique, qu’elle fût rééditée et incluse dans l’édition DVD de King Kong en 2005 afin que tout le monde puisse en profiter. La référence au « ravin grouillant d’insectes géants » est intéressante car elle nous apprend que la scène devait encore faire partie du film et du scénario au moment de la conception du programme. Si la scène avait été supprimé avant d’être tournée, on n’en aurait jamais fait la publicité. Nous pouvons en déduire que soit la RKO ne s’est jamais inquiétée de corriger sa propre publicité, soit le document fut rédigé et approuvé avant que Cooper ne supprime la scène. Cette dernière possibilité est assez plausible étant donné que Cooper retira la scène juste avant que la musique ne soit composée. A ce moment là, la campagne publicitaire devait déjà être bien entamée. Peut être que les départements marketing et production n’ont pas relevé cet intriguant détail.
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PostPosted: 25/04/2018, 10:07    Post subject: LES BOBINES PERDUES DE KING KONG Reply with quote

Voilà pour l’article paru dans Filmfax, disponible également en ligne fût un temps mais le lien ne fonctionne plus à l’heure actuelle. Ma traduction vaut ce qu’elle vaut, elle est peut être maladroite parfois (j’ai galéré sur certains passages) mais j’ai essayé de coller au plus près des écrits de Gary Vehar. Dans la mesure du possible, j’ai respecté également l’iconographie illustrant l’article, malgré quelques entorses et certaines images qui ont changées de place.

Parmi les personnalités citées dans l’article, Jack Polito occupe une place de choix. Il est l’une des quelques personnes encore vivantes à avoir connu certains acteurs principaux de la production de King Kong, et non des moindres : Max Steiner et Merian C. Cooper.

Il y a déjà 10 ans, en préparant la première mouture de ce dossier - destinée à l’origine pour un numéro spécial King Kong dans la revue Métaluna - j’ai contacté Polito pour qu’il me fournisse tous les documents à sa disposition relatifs aux scènes supprimées du montage définitif, et pas seulement la scène des araignées. Grâce à lui, je me suis donc procuré de nombreuses photographies et divers documents, dont un scan de la fameuse lettre de Cooper sur la scène des araignées. Lors de notre correspondance, je lui ai demandé si le Jack à qui la lettre était adressée pouvait être lui (je n’en savais rien à l’époque). Voici sa réponse :

Salut Lionel,

Oui, le Jack en question, c’est bien moi… tu peux lire ici mon historique en rapport avec Kong :

J’ai rencontré Merian C. Cooper en 1966 alors que je travaillais à Hollywood pour la 20th Century Fox comme 5ème assistant de L.B. Abbott qui était chef du département consacré aux effets spéciaux. J’ai été embauché pour travailler sur Lost in Space et The Time Tunnel. C’est à cette époque que j’ai également retrouvé Max Steiner. Je me suis immédiatement pris d’affection pour lui. Il était si bienveillant de m’inviter chez lui à plusieurs occasions et de passer des heures avec moi à me raconter sa carrière. Je possédais une copie 16mm des Chasses du Comte Zaroff et je lui ai proposé de lui en faire une projection car il ne l’avait pas vu depuis des années. C’était, je crois, le tout premier film à bénéficier d’une partition musicale propre, telle que nous l’entendons aujourd’hui. C’était sa première et il a beaucoup apprécié mon offre. Steiner est mort 7 ans après que nous soyons devenu amis. L’annonce de son décès m’a beaucoup attristé. Puis j’ai rencontré Ralph Hammers à la Fox où nous étions embauché tous les deux. Nous sommes devenu amis après que je n’arrête pas de le tarauder à propos d’O’Brien. Ils étaient amis d’enfance et comme tu le sais peut être, il travailla avec O’Brien sur Le Monde Perdu de 1925. J’aurais vraiment aimé rencontrer O’Brien mais il est mort quelques années avant que j’arrive à Hollywood. Cooper et moi sommes restés amis jusqu’à sa mort au début des années 70 et durant nos 7 ans d’amitié j’ai demandé à Cooper de clarifier de nombreuses rumeurs sur le tournage de King Kong, pour finalement découvrir que lui-même avait parfois déformé certains faits. Le temps à l’art de distordre les mémoires et Cooper était un peu confus sur plusieurs sujets, si bien que j’ai dû les corriger moi-même en parlant avec d’autres personnes qui avaient travaillé sur le film et en fouillant dans les dossiers perdus.

Durant les années 60, un ami et moi avons entendu parler d’un vieux projectionniste de Philadelphie à la retraite qui avait un sous-sol plein de vieilles bobines 35 mm en nitrate. Nous étions grands collectionneurs de films à l’époque, donc nous sommes allé le rencontrer. Parmi l’amoncellement de vieilleries nous avons découvert une bobine 35mm en nitrate de King Kong contenant des scènes qui avaient été retirées d’une copie faite en 1938. A cette époque, quand un studio donnait l’ordre de supprimer quelque chose, il était plus facile et économique de couper directement dans la pellicule plutôt que revenir en arrière, modifier le négatif original et retirer une nouvelle copie. Des années en arrière, le projectionniste avait tranché dans la copie du film et collé ensemble les scènes retirées pour en faire une bobine. Celle-ci fut stockée dans la salle de projection pendant des années avant qu’il décide de la ramener chez lui. Quand nous avons réalisé ce que nous tenions – j’avais une copie de réduction inversible 16mm avec deux négatifs inversibles qui sont toujours en ma possession. La copie inversible est aussi proche que possible de l’originale et elle est magnifique. Quand Cooper découvrit que je possédais ces scènes, il m’en demanda aussitôt une copie. Du fait que j’étais impliqué dans la redécouverte des scènes censurées, la question principale que me posaient fréquemment les gens concernaient la scène des araignées, notamment si je savais si elle existait toujours, quelque part. Voici ce que je sais à propos de la scène des araignées, d’après mes conversations avec Cooper et d’une des lettres qu’il m’a envoyé…

La scène a bien été filmée, Cooper et plusieurs autres personnes me l’ont confirmé. D’après ce que j’ai recueillis de Cooper, elle faisait parti du montage de la bobine d’essais puis du montage original du film mais, à la vue du résultat, il ne fut pas satisfait de la fluidité du film. La scène ralentissait l’action et déviait l’attention du public pour Kong, donc il l’a supprima. Ceci fut fait avant que le film sorte et que la musique soit composée. D’après toutes les indications que nous avons, elle n’a jamais été montrée dans un cinéma. Quand Cooper me demanda de lui faire une copie des scènes que nous avions retrouvé, je lui ai naturellement posé des questions sur la scène des araignées… il n’était pas intéressé par la scène car elle ne faisait pas partie du montage final mais il précisa que, aussi loin qu’il s’en souvienne, elle fut stockée dans un entrepôt de la RKO et détruite dans un incendie que subit le studio dans les années 50. Il m’écrivit plus tard une lettre de trois pages concernant la scène, lettre que je possède toujours ainsi que quelques autres qu’il m’envoya durant les 7 ans où nous nous sommes fréquenté. A l’occasion, de temps en temps, j’en propose des copies sur eBay. Il y a encore quelques années, les accessoires, croquis et modèles n’étaient pas considérés comme des objets rares ou ayant beaucoup de valeur, du moins pas collectionnés comme ils peuvent l’être de nos jours donc, si quelqu’un du studio, ou un ami d’une personne travaillant pour le studio, voyait une chose qu’il désirait, il suffisait de demander s’il pouvait l’avoir et, 9 fois sur 10, le studio l’autorisait à le prendre. C’est comme ça que certains modèles de dinosaures et de nombreux accessoires du film ont survécus. J’ai réussi à glaner de nombreuses informations de première main de la part de Cooper sur le tournage de King Kong et, en plus de ses lettres, il fut enchanté de me donner quelques objets en rapport avec le film. Malheureusement, il s’agissait uniquement de reproductions, aucun document original. Cooper lui-même ne possédait pas d’originaux.

En 2001, j’ai été contacté par Peter Jackson qui m’a acheté de nombreuses photos ainsi que des copies des lettres de Cooper. Il fait référence à l’une d’elles dans l’édition double DVD du King Kong original sorti chez Turner, dans la section se rapportant au tournage du film. En 2007, Jackson est venu à Philadelphie pour le tournage de son film Lovely Bones. Sur place, il demanda à me voir et je fus invité sur le plateau où j’ai rencontré Jackson et Bob Burns, l’homme qui possède désormais l’armature originale du modèle de Kong. J’étais impressionné que Jackson me considère à la fois comme une autorité sur King Kong et la personne à contacter pour obtenir du matériel sur le film. Parmi les nombreux objets que je possède sur Kong, se trouve un exemplaire du scénario original de Ruth Rose datant de 1932, plus de 350 photos, le programme de la première au Grauman’s Chinese Theatre, des dessins de production et bien d’autres encore, dont un certain nombre que j’ai proposé sur eBay dans le passé. Voilà tout ce que je peux dire, j’espère que tout ça te donnera une meilleur idée de ma relation avec la plus grande aventure fantastique de tous les temps : King Kong.


(Mail daté du 15.12.2008)

Dès la publication de Métaluna # 5, j’ai envoyé à Jack un exemplaire de la revue. Ne lisant pas le français, il n’a pas pu en apprécier le contenu mais il a beaucoup aimé la mise en page. Avec son équipe, il conçoit régulièrement de nouvelles créations sur King Kong : posters, lobby cards, figurines etc. Certaines de ces créations sont parfois des commandes de fans. Je ne sais pas si il est toujours en activité (voilà 8 ans que je n’ai plus de nouvelles) mais si c’est le cas, vous pouvez lui écrire et demander ce que vous voulez, il le fabriquera dans la mesure du possible (attention, ça n’est pas donné non plus). Pour les photos, c’est pareil. Il vous suffit de préciser quels genres d’images vous cherchez et il vous envoie des planches avec des exemples de photos numérotées, vous n’avez plus qu’à choisir. En voici une concernant la scène des araignées :





Voici quelques exemples de ses créations, des posters que vous ne verrez pas ailleurs et un décor miniature de la scène des araignées :













Voici l'adresse de son site :

http://www.jackpolitocollectibles.com/history.asp


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